COMPTE LES BIENFAITS DE DIEU! Témoignage de Anne et Bernard Mathiot

Anne et Bernard habitent aujourd’hui dans les Ardennes. ils ont 4 enfants et 9 petits-enfants. Ancien drogué, déserteur de la Légion étrangère, Bernard a fait une rencontre fulgurante qui a transformé sa vie et petit à petit, de guérison en guérison, dans la douceur de l’Esprit-Saint et comme il aime dire, dans la fragilité de son être, il s’est mis au service de celui qui l’a appelé. Quand à Anne, elle témoigne aussi de ce que la rencontre du Christ vivant a transformé sa vie spirituelle, sa connaissance du Christ passant comme elle aime aussi le dire de sa tête à son cœur. Merveilles que le Seigneur a faites en eux et par eux, qu’ aujourd’hui ils partagent comme un testament spirituel.

« Qui offre le sacrifice d’action de grâce, celui-là me rend gloire : 

Sur le chemin qu’il aura pris, je lui ferais voir le salut de Dieu » (Ps 49,23)

ENFANCE

Je suis né en 1952, un 29 septembre, jour de la St Michel. Aujourd’hui, j’ai 68 ans et je me permets un retour sur ce que fut ma vie jusqu’à ce jour, non en nostalgie d’un je ne sais quoi qui m’aurait échappé mais pour rendre grâce au Seigneur de tous ses bienfaits. Comme le dit ce vieux chant réformé : « compte les bienfaits de Dieu, mets-les tous devant tes yeux, tu verras, en adorant, combien leur nombre en est grand ». Oui, le Seigneur a racheté Jacob et l’a délivré d’un plus fort que lui. Le Seigneur m’a racheté et m’a délivré d’un plus fort que moi.

Je suis le troisième d’une fratrie de 6 garçons, né dans une famille protestante, mes parents étaient des chrétiens convaincus et pratiquants et de fait, nous avons reçu une éducation religieuse : école de dimanche, culte et dans les premiers temps, prière en famille tous les soirs. J’aurais pu très bien évoluer sans problème dans cette atmosphère familiale mais il y avait en moi un petit quelque chose qui m’empêchait d’évoluer pleinement. Ce ne fut que bien des années plus tard lors d’une retraite de guérison intérieure que je compris.

De mon enfance, je n’ai pas beaucoup de souvenirs et je ne pense pas, bien au contraire, avoir été malheureux. Un de mes plus anciens souvenirs, c’est ma première entrée en maternelle et l’émerveillement que cela a été. Que de jouets , que de jouets. J’avais découvert la caverne d’Ali Baba.

Avec trois de mes frères

Un père militaire implique des déménagements et mon enfance fut ponctuée par les différents lieux où nous arrivions: Rochefort, St Dizier, Reims, Offenburg et Lahr en Allemagne puis Nancy. Pas le temps de lier de véritable amitié et la cohabitation de plusieurs frères n’est pas toujours simple. De plus en plus, je me retranchais dans ma chambre, recherchais la solitude et là, seul, j’aimais jouer avec ma ferme. Je pouvais y rester des heures entières. Puis vint le temps de l’école primaire qui m’a laissé de mauvais souvenirs. Je découvris l’horreur du français, de l’histoire et de la géographie mais la splendeur des mathématiques et des sciences naturelles (on dirait aujourd’hui SVT). Maman passait beaucoup de temps à me faire apprendre mes leçons, à me faire des dictées mais rien n’y faisait et ce qui devait arriver arriva. Je dus redoubler mon « CM2 » et entrer en 6e avec un an de retard. A l’école du dimanche, j’accrochais bien avec ce qui été enseigné et dans ma tête d’enfant, je m’imaginais avec les apôtres, faisant des guérisons et des miracles, je rêvais que j’étais fils de Dieu ce que je découvris à ma conversion.

UNE LENTE DESCENTE AUX ENFERS

Il y avait aussi des querelles entre frangins avec ces bagarres mais autant que je me souvienne, nous faisions bloc contre toutes intrusions violentes extérieures. Je vous raconte tout cela, car dès notre enfance, nous sommes blessés et ces blessures nous empêchent d’être les hommes, les femmes que nous sommes appelés à être. Des blessures dans son amour propre mais aussi dans son for intérieur. A Reims, vers l’âge de 8-9 ans, alors que nous habitions rue du Général Carré, il y avait aussi une autre famille avec des enfants qui passaient leur temps à nous embêter tandis que nous jouions au ballon. Avec mes frères, nous leur donnèrent une bonne correction mais ce qui n’avait pas été prévu c’est que leur mère vint trouver la nôtre pour se plaindre et maman, au lieu de nous défendre, comme je l’espérais, nous punit. J’ai reçu cela comme une injustice et cela a été pour moi un sentiment d’abandon. Qui est cette femme qui ne défend pas ses enfants? Il y a eu comme une brisure dans ma relation d’amour avec ma mère. C’est à ce moment de ma vie que mon père pour je ne sais quelle raison valide décida que les moments de prière à la maison allaient cesser, car cela devenait une routine. Mais par contre, l’école du dimanche ainsi que le culte continuaient à ponctuer nos semaines . En plus, nous étions engagés dans le scoutisme que j’appréciais d’ailleurs énormément.

Très vite me vint un réflexe: tout ce qui faisait obstacle à ma vie, je le supprimais ; par exemple, un de mes frères ne me laissait pas tranquille, dans ma tête il mourrait; un tel m’exaspérait, vite fait bien fait, dans ma tête il n’existait plus, accident ou mort naturelle. Combien de personnes ai-je tuées comme cela ? Je ne saurais le dire mais ce que je sais c’est que cela, sur le moment, me faisait du bien. Mort, le danger disparaissait.

A l’école, cela n’allait toujours pas mieux sauf pour quelques matières et toujours les mêmes. La 6e se passa quand même sans trop de difficulté mais en 5e…. ce fut la catastrophe, même les maths ne m’intéressaient plus. Pardon pour mes frères et sœurs profs, mais j’eus une prof de français qui manquait terriblement de pédagogie. Alors que lors d’une dictée, il était question d’un salon, et que j’avais mis un « p » au lieu du « n » à la fin, elle écrivit sur ma copie que j’étais un grand dégueulasse. Elle aussi, dans ma tête mourrait. Mais une blessure profonde prit naissance dans mon cœur. De toute façon, je n’y arriverais pas, ce n’est même plus la peine d’essayer. De plus, pour les contrôle de récitation, j’avais de la chance, je tirais à chaque fois une fable de La Fontaine que je connaissais par cœur ( normal, il était question d’animaux) jusqu’au jour où ma mère alla trouver la prof pour lui demander de me faire tirer un autre papier si je tombais encore sur cette fable, ce que fit la prof bien évidemment. Vous pouvez imaginer l’amertume envers ma mère et envers la prof. Je dus donc refaire une deuxième fois ma 5e mais sans plus de succès. La solution: quitter le lycée pour entrer en CET (collège d’enseignement technique). Etant bon en math, ce fut dans la filière électromécanique que je m’engageais.

J’arrivais à l’âge de 14 ans et ce fut un énième déménagement qui m’amena à Nancy. Inscrit au CET la première année fut assez agréable, plus d’histoire ni de géographie, malheureusement plus de sciences naturelles. Plus qu’un heure de français par semaine, plus de langue étrangère mais maths , physique chimie, technologie. Enfin du sérieux et du concret.

Temple protestant de Nancy

Je continuais d’accompagner mes parents au culte juste pour ne pas entrer en conflit avec eux. Je ne peux pas dire que je ne croyais plus mais le christianisme ne m’apportait rien de rien. Juste une morale avec les « il faut et il ne faut pas ». Ce que je préférais c’était sortir avec mes copains, aller boire un verre autour du jukebox. C’était l’époque des cheveux longs mais à la maison, coupe réglementaire… Un jour sortant du salon de coiffure avec les cheveux à peine raccourcis, il n’a pas fallu plus de 10 minutes pour que je retourne me faire tondre, humilié, en colère, plein d’amertume.

De plus en plus replié sur moi-même, ma deuxième année de CET fut catastrophique et je fus mis à la porte. Gros soucis pour mes parents mais je m’en balançais complètement n’ayant plus le goût de faire quoi que ce soit. Il fallait quand même que je fasse quelque chose alors je commençais un apprentissage en électricité bâtiment . avec obligation d’aller le mercredi après-midi et le samedi en cours d’enseignement général. 36h de travail plus 10 h de cours, c’en était trop pour moi et je commençais à sécher le samedi pour aller plutôt au café ou faire de longues promenades dans la nature, jusqu’au moment où j’arrêtais même d’aller au travail. Je continuais d’accompagner mes parents au culte mais ceux-ci aussitôt entrés au temple, je retrouvais d’autres grands ados qui faisaient de même.

Ne voyant plus arriver mon salaire à la maison, mon père dit un jour : ” je vais prendre rendez-vous avec ton patron” . Catastrophe, je n’avais pas pensé à ça et deux solutions s’ouvraient devant, moi. Soit je disais la vérité à mon père, soit je prenais la fuite, ce que je fis.

ARRIVE EN ENFER

 J’ai donc maintenant 18 ans ; je rappelle qu’à cette époque la majorité était à 21 ans. La route s’ouvre devant moi. Ne sachant où aller, je décide de prendre la direction des Vosges puis direction le sud. J’ai un peu d’argent devant moi, c’est la fin du printemps et il fait beau. Quelle joie, libre de tout, je dors dehors la journée et je profite de la nature ; la nuit je reprends la marche afin d’éviter les gendarmes ou autre. Mes pas me mènent à Avignon au moment du festival. Très vite je fais connaissance avec d’autres « routards » qui m’invitent à les rejoindre sur leur lieu de couchage. Là, je fume mon premier joint, qui ne sera pas, hélas, le dernier. A trois, un soir alors que nous nous promenons dans les rues d’Avignon, l’un d’entre nous voit une voiture chargée, certainement des vacanciers qui s’apprêtaient à repartir chez eux tôt le lendemain matin. Je ne sais pourquoi mais je me suis laissé entraîner dans le vol des affaires. Casse d’une vitre, ouverture des portes et hop, tout ce qui il y avait d’intéressant se retrouve entre nos mains. Mais à peine une demi-heure après, interpellation des forces de l’ordre et direction la prison en préventif. Ce fut une première pour moi. Une semaine plus tard, mon père me rendit visite et là, je l’ai vu pleurer pour la première foi et plein d’amour, il me dit qu’il avait laissé de l’argent au pasteur afin que je puisse rejoindre la maison à ma sortie. Au bout d’un mois, je passe au tribunal : 1 mois ferme et 5 mois de sursis ; j’étais donc de nouveau libre mais laissant le pasteur et l’argent, je pris cette fois la route pour l’Allemagne.

Heidelberg, Francfort, Munich furent les villes que je fréquentais avec d’autres Français, faisant la connaissance de l’acide (LSD) et continuant le shit. Je me suis mis à en vendre pour me payer ma nourriture et mes doses. Durant cette période, il m’est arrivé d’en prendre un bonne dizaine de cachets par jour. Les ventes marchaient bien, je jouais à cache-cache avec la police et surtout la police militaire américaine, Munich avait une base américaine importante. Querelle avec une bande locale qui voyait d’un mauvais œil notre installation sur leurs plates-bandes. A quelques centimètre près, je recevais une balle dans la tête mais le Seigneur avait son heure.

Les jours passaient, le LSD faisait son effet et plus ça allait, plus ma vision se déformait. Par temps de phobies, je voyais des gyrophares de police sur chaque voiture , ma vision de la nature était aussi complètement faussée et toute végétation me paraissait être en plastique.

L’ ENFER N’EST PAS LE TERMINUS

Ainsi passaient les jours, traînant dans la rue, faisant mon commerce et allant même  jusqu’à manger chez les « Krishna » ou les « Jésus People »  jusqu’au moment où catastrophe, je me suis fait voler les cachets de LSD que j’avais en dépôt. 1000  cachets d’un coup que je ne pouvais rembourser. De nouveau la fuite et une fuite radicale, je m’engageais à la Légion Étrangère. Coup de tête embrouillée par le LSD, je ne savais vraiment pas ce que je faisais. Mais cela a été radical comme sevrage, plus de “came”, donc plus de consommation. Mais avec moi, car il y avait toujours un « mais », après mes 4 mois de classe au 2e RE à Corte en Corse et un peu plus d’un an au 2e REP à Calvi toujours en Corse, l’envie de partir fut plus forte que la peur de me faire reprendre. Profitant d’un passage à Aubagne près de Marseille, me voilà de nouveau sur la route. Connaissant les ficelles du routard, je pris un nom d’emprunt, celui d’un ami dont je connaissais à peu près la vie (qu’il me pardonne s’il lit ces mots et se réjouisse avec moi de ce que je suis devenu). Bref, la tactique réussit et j’eus même le culot d’aller à la police me faire faire une déclaration de perte de papiers. Complétement inconscient, mais ça a marché. Parfois je soupçonne le Seigneur d’avoir aveuglé la police pour mieux m’attirer à lui. Mes pas m’amenèrent  à Montpellier où, je ne sais pour quelle raison, j’eus peur que l’arnaque sur mon identité soit découverte et ayant toujours une belle opinion des chrétiens, j’écrivis sur mon jeans : « seul Dieu est mon maître » en me disant que si, lors d’un contrôle, on me prenait pour un chrétien, ma parole serait validée.

Idée folle d’un cerveau en ébullition ou parole prophétique que je ne mesurais pas encore ? Le jour même, alors que je me lavais les mains dans le square en face de la gare, une jeune passe et me demande si je suis chrétien. « Bien sûr ! » que je  lui réponds et du coup, elle m’invite pour le soir même chez elle pour un groupe de prière avec la promesse d’un bon repas avant. Comme une repas ne se refuse pas, me voici le soir chez elle. On discute un peu de tout et de rien et puis vint l’heure de la prière. Je me mets dans un coin et écoute. Ce n’était pas désagréable, ils parlaient à Dieu comme dans mon enfance et un chant en langue commença. Je n’en avais jamais entendu parler, mais il se passa une chose étrange en moi. Pendant ce chant, je me suis senti chez moi, tout ce que je recherchais était là, tout, j’étais arrivé à la maison. je ne me posais même pas de question, je n’étais plus seul, j’étais aimé. Jésus m’aimait.

Atelier Notre Dame
Françoise COUSTAURY

Jésus disait à ses disciples : «  Que pensez-vous de ceci ? Si un homme possède cent brebis et que l’une d’elle s’égare, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et s’il parvient à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit pour elle plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égaré. Ainsi, votre Père qui est au cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu. » (Matthieu 18, 12-14)

 

EN ROUTE VERS LE ROYAUME 

Je vais vous parler maintenant de ma conversion. Ne croyez pas que je vais vous dire que depuis ce jour tout a baigné dans l’huile même si c’est celle de l’Esprit-Saint. Non, il y a eu des hauts et des bas, des moments de grâces infinies mais aussi des moments douloureux.

« Je ne suis pour toi qu’un simple renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » (St Exupéry, Le Petit Prince).

En repensant à ce passage du Petit Prince,  je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec ce que Dieu a fait pour moi. Le Seigneur aurait pu me changer d’un coup de « baguette magique » mais non, en douceur, avec patience. Il fallait m’apprivoiser et cela a demandé du temps.  

2 Co 3, 17-18 : « Or, le Seigneur c’est l’Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous qui , le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur l’Esprit ».

J’ai toujours eu du mal avec les témoignages qui nous disent qu’à partir de la conversion il n’y a plus de problème. En tous cas, pour moi cela n’a pas été ça mais guérison après guérison, de libération en libération, le Seigneur me transforme, le Seigneur rétablit son image en moi. Comme l’enseignait St Séraphin de Sarov : « le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition du St Esprit ».

Je vous disais donc que pendant le chant en langue je me suis retrouvé comme chez moi, à la maison. Mais je vivais dans le mensonge et n’étais pas prêt à l’avouer. A la fin de la prière, ma nouvelle amie me donna l’adresse d’une petite communauté à La Française, non loin de Montauban, me disant que là-bas je pourrais trouver un toit pour me reposer. Ni une ni deux , me voici parti pour La Française, dans cette communauté où Georges le pasteur responsable m’accueillit avec beaucoup de gentillesse. Je ne lui disais rien de ma désertion ni de mon identité d’emprunt et il ne me demanda rien de ma vie. Je m’intégrais à la communauté d’autant plus que j’étais la réponse à sa prière. Il avait demandé au Seigneur un électricien car il préparait un festival de musique chrétienne. Alléluia, le Seigneur sait ce qu’il fait. Ce furent deux mois d’insouciance, aimant ce lieu, les temps de prière, faisant connaissance avec un groupe de musique :« Pâturage » et de frères d’un groupe de prière de Carcassonne. Le festival terminé, Georges me demanda de quitter la communauté. Je partis avec le groupe de Carcassonnais car c’était à leur tour d’avoir le groupe « Pâturage » chez eux pour un temps d’évangélisation à la cité de Carcassonne. Je mettais tout mon cœur à les aider ; évangélisant avec eux, je pense sincèrement, même si ma vie n’était pas en règle. J’avais vraiment découvert l’amour de Dieu mais un peu comme le jeune homme riche, j’étais riche de mes mensonges et ne pouvais pas les déposer pour le moment.  Tout a une fin, le mois d’août était commencé et il me fallait quitter Carcassonne. De nouveau sur la route, je rejoignis Nîmes et là, impossible d’aller plus loin. D’un côté de la ville comme d’un autre le stop ne marchait pas. Où aller ? Je ne savais plus et là, pour la première fois, je laissais jaillir une prière de mon cœur : Seigneur, si tu existes vraiment, donne-moi de rencontrer des chrétiens qui ne me connaissent pas afin que je puisse tout leur raconter. Prière à moitié exaucée, car quelques minutes après, coup de klaxon dans les rue de Nîmes. C’était des filles que j’avais rencontrées à Carcassonne et qui m’invitèrent à aller à Gagnières pour une session. Ne pouvant me prendre avec elles dans la voiture, elles étaient quatre dans une 2 CV, je repris le stop et merveille, la première voiture s’arrête et me mène presque jusqu’à Gagnières. Beaucoup de monde. Le lendemain matin, enseignement par un pasteur. C’était Thomas Robert qui enseignait et le thème : « le fils prodigue ». je buvais ses paroles mais quelque chose m’empêchait de me mettre à nu. La session finie, la conductrice de la 2 CV qui laissait deux de ses compagnes sur place me demanda où je voulais aller et je ne sais pourquoi je lui répondis Nancy. Elle remontait sur Charleville-Mézières et me proposa de m’y conduire, ce que j’acceptais. Juste avant de partir, un jeune arrive et lui demande s’il y a une place pour lui jusqu’à Nancy.  La route se fit en prière et arrivés à destination, le jeune et moi descendîmes de la voiture et là, sur le bord de la route, je lui racontais toute ma vie. Silence embarrassé de mon compagnon qui venait juste de se convertir à Gagnières. On se donne rendez-vous pour le lendemain. Le lendemain, il me dit qu’il a téléphoné à Charleville et qu’un pasteur m’attend là-bas pour prier pour moi et nous voilà parti tous les deux à Charleville.

MES PREMIERS PAS

Charleville, le pasteur Gaston m’attendait dans son bureau. Je lui racontais ma vie, déposant entre ses mains tout ce que j’avais à cœur. Il m’écouta sans m’interrompre puis m’imposant les mains, il pria pour que l’Esprit-Saint vienne en mon cœur, chassant en même temps quelques habitants qui y avaient fait demeure. Je pleurais de toutes mes larmes, larmes de repentance. Puis ce moment de prière finie, il me donna la marche à suivre pour régulariser ma situation par rapport à  ma désertion, me citant Romains 13 verset 1 : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu ». Il me proposa de me réconcilier avec mes parents, me demandant la permission de leur téléphoner. Acquiesçant  il le fit et la réponse de mon père fut claire. Je pouvais revenir à condition que je règle mes affaires avec la Légion. Voulant tout bien faire, me voici de retour chez moi et le soir même, papa m’accompagna au poste de la Légion de Nancy.

Libéré, délivré

Le lendemain, direction la prison des Baumettes où un quartier était aménagé pour les militaires . Un mois après, je passais au tribunal militaire, sûr d’être réformé. Quelle  ne fut pas ma surprise d’entendre le colonel juge me dire qu’il me laissait une chance et que je retournais à la Légion. Tu parles d’une chance, il n’avait rien compris au problème. La Légion, je n’en voulais pas, je n’étais pas fait pour elle ni elle pour moi. Je ne désirais qu’une chose, retrouver des frères et sœurs en Christ. Trois semaines plus tard, profitant d’une permission pour Marseille, j’étais alors au 1 RE à Aubagne attendant ma mutation pour Djibouti, je prenais la poudre d’escampette. Je repartais sur la route pour les Cévennes où vivait le groupe « Pâturage ». Ils me donnèrent l’adresse d’une petite communauté à Valence. Tu verras, me dirent- t-ils, il y a un jeune pasteur qui t’accueillera à bras ouverts.

 Valence : Je frappe à la porte et là, mon ami “Yoyo” que je connaissais de la paroisse de Nancy m’ouvrit la porte. Surprise pour l’un comme pour l’autre. C’était un vendredi soir, jour de shabbat. Le Seigneur me faisait entrer dans son repos. Il n’était pas question pour Yoyo que je retourne à la Légion pour le moment. Quelques jours plus tard, je rejoignais Marco et Mireille son épouse, qui avait quitté le presbytère qui devenait trop petit, pour un appartement non loin . Une fois installés là-bas, ils se souvinrent d’une parole qu’ils avaient eu confirmant le choix du déménagement : « Et quand l’ange qui lui parlait s’en fut allé, Corneille, ayant appelé deux de ses disciples et un soldat pieux… Le soldat pieux était parti avec les deux disciples. Depuis ce jour, je fus plus connu dans les milieux communautaires, Lion de Juda, Théophanie, Ste-Croix comme le « soldat pieux ».

Temps d’enfance spirituelle mais d’apprentissage de la vie dans l’Esprit. Apprentissage de la prière, des charismes. Alors que, lors des temps de prière, c’était Mireille qui avait des messages en langue et leurs interprétations, un soir quelque chose de bizarre se passait en moi. Il fallait que j’ouvre la bouche et que je dise n’importe quoi. J’ai combattu plusieurs minutes puis d’un seul coup, c’est sorti, Je disais des mots que je ne comprenais pas et j’ai eu du mal à m’arrêter. Puis, Mireille interpréta mon « parler en langue » et Yoyo vint me trouver à la fin de la prière pour m’encourager à continuer. Il me dit qu’il avait failli me faire taire. Mais l’Esprit-Saint lui avait montré qu’au milieu de toute mon émotion, il y avait quand même une part de l’Esprit-Saint, m’exhortant à le laisser purifier mon charisme. Ce temps passé à Valence fut vraiment un temps d’apprentissage et de mise en pratique de ce que le Seigneur m’enseignait.

LIBÉRÉDÉLIVRE

Des nouvelles aventures allaient s’ouvrir, Le presbytère de Valence était vraiment devenu trop petit, la communauté s’agrandissait. C’est là que nous décidâmes de partir dans le Tarn dans un couvent. Le déménagement fut assez vite fait, la première nuit je dormais dans le couvent afin de surveiller ce que nous avions déjà amené. Déménagement terminé, la vie communautaire reprit son cours, rythmée par les offices et le travail. Les gendarmes, curieux de voir ce qui se passait, venaient nous rendre visite de temps en temps. A leur arrivée, j’allais me cacher à la chaufferie et attendais patiemment leur départ. Mais cette vie ne pouvait pas durer. A la venue d’Alain, qui venait de terminer sa thèse en psychiatrie, il fut convenu que  j’irais me rendre à la gendarmerie et que lui écrirait au colonel médecin qu’à la suite de la prise de drogue, il me fallait un milieu sain et équilibré. A la gendarmerie, des frères et sœurs de la communauté vinrent pour prier avec moi et les gendarmes nous laissèrent dans un bureau. Le Seigneur est bon ! Deux des leurs m’accompagnèrent en train jusqu’à Marseille et le trajet fut assez pittoresque. J’avais une valise avec des autocollants dessus : « Un seul chemin, Jésus », « Jésus t’aime » et je ne passais pas inaperçu avec les menottes aux poignets. Un des gendarme, pour passer le temps, avait pris mon carnet de chants et le feuilletait tandis que l’autre m’expliquait qu’il n’allait pas souvent à la messe à cause du manque de temps, famille et travail. Je lui témoignais de ma conversion.

Les Baumettes

Je fus réformé P4, « violent mais pas dangereux » mais passais quand même 4 mois aux « Baumettes » pour désertion. Nous étions entre déserteurs de la Légion. Pour témoigner, je portais aussi un T-shirt avec le logo: « un seul chemin Jésus » ce qui ne m’a pas fait que des copains. Mes deux codétenus ne me laissaient pas tranquille jusqu’au moment où j’écrivis au directeur pour changer de cellule. Quelques jours plus tard, je fus transféré dans une autre cellule. Là mon compagnon me dit qu’il ne croyait pas, qu’il avait prié mais reçu aucune réponse et je lui répondis : « mais la réponse, c’est moi », peut-être un peu gonflé mais cela a marché. Les quatre mois sont quand même vite passés surtout avec deux jours de remise de peine par mois pour bonne conduite, ce qui fait que je suis sorti avec une semaine d’avance. Libre, j’étais libre et retournais à la communauté. Le train s’arrêtait à Carmaux, la gare la plus proche et là je courus chez un ami de la communauté qui y habitait. Quelle joie de se retrouver ! Il m’emmena à Cordes et ce fut une explosion d’ »Alléluias », en plein repas en silence. Marco, ni une ni deux, se lève et vient se jeter dans mes bras sous l’œil ahuri des nouveaux qui ne me connaissaient pas. Ce moment d’allégresse passé, la vie communautaire reprit.

LE SEIGNEUR N’ABANDONNE PAS SON ENFANT

  Je m’installais dans cette vie que j’appréciais. Mais « l’homme ne vit pas seulement de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » mais aussi de pain. « Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus-Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement.(2 Thessaloniciens 3,12) ». Aussi je fus embauché par un maçon comme manœuvre et j’appris les rigueurs du travail. Nous étions plusieurs dans ce cas tandis que des frères et sœurs restaient à la communauté pour l’accueil, ménage, cuisine, secrétariat…. L’Eglise est vraiment un corps où chacun a sa place.

Un jour pourtant, la communauté n’allait pas bien, il se passait quelque chose d’étrange et il fut décidé de prendre une journée de prière afin de discerner le malaise. Ne pouvant pas arrêter mon travail, je partis donc pour la journée. De retour le soir, j’allais trouver un des responsables et lui avouais que depuis quelques temps, j’avais beaucoup de mal à prononcer le nom de Jésus, mais à la place, j’avais celui de « « Krishna ». Il me dit que pendant la prière de la journée, ils avaient eu l’image d’une statue d’une divinité hindoue. Je vous raconte cela car notre Dieu nous appelle à la sainteté.  Pendant ma vie de routard, j’ avais dansé devant Krishna avant de prendre mon repas. J’avais adoré sans le savoir un dieu étranger et cela

Cordes sur ciel

empêchait la communauté d’évoluer. Je vous témoigne de cela car je m’aperçois aujourd’hui encore, dans nos groupes de prière, certains d’entre nous pratiquent des méthodes non conformes à la vie chrétienne et cela gêne leur croissance spirituelle mais aussi celle du groupe auquel ils appartiennent. Pour moi, je m’en suis repenti, « l’esprit de Krishna »fut chassé et tout redevint normal. Quelque temps plus tard, Yoyo qui avait quitté ce surnom et avait pris le nom d’Ephraïm vint me trouver pour me dire que la communauté venait d’acheter une ferme non loin et que, me dit-il, il avait pensé à moi pour y aller avec Marco et Mireille ainsi que deux autres frères célibataires. « N’est-ce pas ce que tu as toujours désiré? » me demanda-t-il. Je dus bien avouer ce désir que j’avais laissé enfoui en moi par peur de moqueries. Je partis donc à La Bouisse m’occuper de 30 chèvres et 5 vaches. Le week-end, nous rejoignions Cordes.

Pourtant, un jour me trouvant vraiment trop minable spirituellement parlant, et une petite voix me disant que je n’avais pas ma place parmi mes frères et sœurs, je repartis sur la route. Quelques kilomètres plus loin, alors que tout en marchant je priais à l’aide de mon « chotki » (chapelet orthodoxe de la prière de cœur), une voiture s’arrêta et le chauffeur, voyant mon chotki me demanda si j’étais orthodoxe. Je lui répondis que non mais que je venais de Cordes. Quelle fut ma surprise lorsqu’il me dit qu’il était à la communauté de la Théophanie et que, si je voulais, il m’amenait là-bas pour rencontrer « Jacques le diacre », l’un des fondateurs de cette communauté. Acceptant, me voilà en route pour St Guilhem le désert.

JE NE SUIS PAS ENCORE AU BUT, JE NE SUIS PAS ENCORE UN PARFAIT, MAIS JE POURSUIS MA COURSE .( Philippiens 3,12)

Saint Guilhem le Désert, le lendemain de mon arrivée, je rencontrais “Jacques le diacre” que je connaissais vu les liens qui unissaient les communautés. « Repose-toi me dit-il et prie » ! Tels furent les « devoirs » à faire et je les fis. La Parole de Dieu jaillit dans mon cœur : « Frères, je ne me crois pas déjà qualifié, mais je reste tendu de l’avant sans plus penser à ce que je laisse derrière, et je cours les yeux fixés sur le prix de la vocation divine, je veux dire de l’appel de Dieu dans le Christ Jésus ». (Phi  3, 13-14). C’est ainsi que je m’installais à la Théophanie. Très vite, je rejoignis une petite fraternité de frères célibataires dans le quartier des Cévennes à Montpellier, et trouvais du travail chez les petites sœurs des pauvres comme homme d’entretien. Les journées étaient rythmées par les offices et le travail. Le samedi soir toute la communauté se rassemblait, si mes souvenirs sont exacts, à l’église St Matthieu pour célébrer les vêpres de la résurrection. Nous nous retrouvions aussi le jeudi soir pour les « agapes », repas où chacun de nous partageait sa semaine à la lumière d’une parole biblique que nous avions reçue.

            La vie communautaire n’étant pas monotone, loin de là, je fus envoyé pour aider à la fondation d’une fraternité dans l’Aude à « Cantauque » (Villebazy). Entre temps, j’étais entré au noviciat. Avant de nous engager dans la communauté, il y avait les étapes comme dans un monastère : postulat, noviciat, engagement. L’appel de la communauté était triple : vie communautaire, vie liturgique dans le rite byzantin (gréco-catholique) et vie charismatique.

            Cantauque était un grand domaine agricole. j’y avais rejoint trois couples déjà installés. Je travaillais sur place comme maçon et un de mes premiers travaux fut d’installer un camping destiné à accueillir des sessions en été. C’est là que je fis connaissance, à travers la liturgie, des

Chantier du camping

Pères de l’Eglise avec un faible pour les Pères orientaux : Ephrem le Syrien, Jean Chrysostome entre autres. Cela venait compléter mes lectures beaucoup plus protestantes : Watchman Nee, mère Basiléa Schlink, Monsieur Pentecôte pour ne citer qu’eux. J’ai omis de vous dire qu’à Cordes j’étais entré dans l’Eglise Catholique, reçu par Monseigneur Coffy, Évêque d’Albi. Celui-ci m’avait donné comme mission « de rester protestant dans l’église catholique » (sic). Paradoxalement, la lecture des Pères m’ éclairait sur ce que j’avais appris à l’école du dimanche puis au catéchisme durant mon enfance et mon adolescence. Ce qui me sert aujourd’hui encore, c’est le fait que pour les laudes et pour les vêpres, à tour de rôle pendant une semaine complète c’était l’un de nous qui commentions la Parole du jour. C’était l’apprentissage d’un ministère d’enseignant.

La vie continuait jour après jour et plus cela allait, plus je ressentais le besoin de m’engager dans la vie de prière et me sentais appelé à la vie monastique. J’en parlais à Frère Macaire, un ami ermite de la communauté qui me répondit : «C’est possible, mais ce sera dur » que je traduisis tout naturellement que ce n’était pas forcement mon appel mais quand même peut-être.

   Eté 1979,  j’organisais un camp itinérant pour les jeunes de 10-13 ans de la communauté. Tour des châteaux cathares à pied et tout azimut (cartes IGN et boussole). Il ne me semblait pas possible, vu que les jeunes marcheraient à travers bois et champs, qu’ils portent aussi des bagages. Je recherchais un frère disponible qui voudrait bien se charger des bagages, de l’intendance et de la popote. Père Jean, prêtre ami de la communauté était du voyage. La veille du départ, toujours aucun volontaire. Le soir même, alors qu’une session battait son plein, nous étions tous réunis pour les vêpres de la résurrection. Mon cher frère Jean-Jacques pria pour demander au Seigneur un chauffeur : « Seigneur » dit-il « inspire le cœur d’un frère », et après un temps de pause et d’une voix beaucoup plus forte : « ou d’une sœur » pour accompagner nos jeunes durant le camp ». Et c’est là que …

J’ AI TROUVE CELUI QUE MON CŒUR AIME. JE L’AI SAISI, JE NE LE LÂCHERAI PAS  

(Cantique des cantiques 3, 4)

Et c’est là que … Je ne voudrais pas faire durer le suspens trop longtemps, donc c’est là que j’apparus dans le paysage de Bernard! Etant présente durant la prière, je me suis proposée pour accompagner ce camp de jeunes. Mais pourquoi j’étais là cet été 1979 à Cantauque ?

          Je vais revenir au point de départ : 1951 à Lille : c’est là que je suis née, la première de la famille ; puis sont arrivés dans la fratrie quatre frères et une sœur. Ma famille, catholique était croyante, pratiquante et engagée dans la paroisse. Nous allions tous dans des écoles privées. J’étais de santé fragile et d’un caractère très timide. Engagée chez les Guides de France, j’aimais beaucoup les camps dans la nature. Plus tard, étudiante, j’ai rejoint une fraternité franciscaine de jeunes. J’aimais beaucoup la vie fraternelle, la spiritualité de saint François, les voyages à Assise. Mais j’étais toujours très mal quand on me faisait remarquer que j’étais « tellement timide » (comme si je ne le savais pas et j’en souffrais tellement !).

            Après mes études (un BTS de secrétariat de direction), je commençais à travailler et perdais de vue une bonne part de mes amis, j’habitais toujours chez mes parents et j’avais 24 ans. La vie me paraissait bien monotone, rythmée surtout par les événements de la vie familiale.

            Un jour d’automne 75, Maman est revenue enthousiaste d’un week-end qu’elle avait passé avec une amie à une rencontre spirituelle.  « Anne, je ne peux pas te raconter, mais le mois prochain, il faut que tu viennes avec moi ! » J’ai donc suivi Maman et là ce fut une grande surprise : des personnes qui priaient, louaient, chantaient ; c’était une rencontre du Renouveau Charismatique. Régulièrement, pendant la soirée et même la nuit, des personnes s’avançaient à cet appel : « Qui veut recevoir l’Esprit-Saint ? donner sa vie à Jésus ? ». J’ai bataillé jusqu’au lendemain, je ne pensais pas que c’était pour moi. Et puis, à la fin de la messe, une parole donnée m’a touché le cœur. Alors qu’aucun appel n’avait lieu, ce fut pour moi LE moment. D’habitude si réservée, je me suis levée, je me suis avancée, j’ai traversé une bonne partie de l’église et j’ai demandé à recevoir cette effusion. Je sentais que c’était la réponse à un désir  profond de tout mon être. Le Seigneur m’a comblée et dès l’après-midi je chantais en langues (pour moi c’était le chant des anges) Maman… aux anges elle aussi ! Il m’a semblé que tout ce que je savais, tout ce que j’avais appris sur Dieu passait de ma tête à mon cœur.

 Après cette merveilleuse expérience, je sentais bien que rien ne serait comme avant, même si ma vie de tous les jours ne changeait pas beaucoup. Je fréquentais un groupe de prière, j’allais à des rencontres du Renouveau. Je redécouvrais avec des yeux neufs la Parole de Dieu ; elle est devenue vivante pour moi, vivante et agissante. Un jour je suis allée à une rencontre proposée par la communauté de la Théophanie, installée à Mouvaux, dans le Nord, pas loin de chez moi.

La Théophanie était l’une de ces communautés, à l’époque dites « nouvelles », issues de la grâce de Pentecôte, au début des années 70. On y vivait de cette grâce, mais la Théophanie avait choisi la liturgie des Eglises catholiques d’Orient pour ses offices entre autres. J’y suis très facilement entrée et même je m’y sentais vraiment à l’aise, sans compter la vie communautaire. J’ai donc postulé et vécu pendant un peu plus d’un an à Mouvaux. En 1979, la maison de Mouvaux a fermé. J’ai suivi la communauté à Montpellier. Avant d’y arriver, petit passage dans l’Aude, à Cantauque où on m’avait demandé de participer au service de la cuisine à la session d’été sur le camping. Nous y voilà ! Avant d’accepter le service de « chauffeuse-cuisinière et un peu nounou » du camp de Bernard, je dois vous dire qu’au début de la session, il était venu au camping pour donner son témoignage…. Je savais quel avait été son parcours.

NOTRE VOCATION ÉTAIT LE MARIAGE         

Me voilà donc prêt pour le départ du camp avec une sœur pour nous accompagner, pour le plus grand soulagement des mamans qui laissaient partir leurs enfants. Cette présence féminine les rassurait. Le camp se déroula sans grand problème et lors de la venue du père Jacob (Jacques « le diacre » ayant était ordonné prêtre et engagé dans la vie monastique avait pris le nom de Jacob), les enfants prophétisaient déjà notre mariage.A la fin du camp, de retour à Cantauque, direction Lagrasse pour le chapitre annuel. Toutes les fraternités de la « Théophanie » étaient présentes pour prier, discerner et se détendre. Dans mon cœur je combattais, Anne m’attirait et j’hésitais entre le mariage et la vie monastique. A la fin du chapitre, ma décision était prise et j’allais trouver Anne qui n’hésita pas une minute.

Trois mois plus tard, nous nous sommes fiancés. Durant ces fiançailles, nous nous retrouvions un week-end sur deux soit à Montpellier, soit à Cantauque. La fraternité de Montpellier était en pleine effervescence, avec les Eglises Évangéliques et Pentecôtiste, elle préparait la venue de Nicky Cruz . Nicky, ancien chef de gang new-yorkais et auteur du livre : « La croix et le poignard », venait à Montpellier pour témoigner des merveilles de Dieu dans sa vie. Nous avons passé notre week-end non pas à faire les boutiques mais à tracter toutes boites aux lettres. Cette rencontre dépassa ce que l’on imaginait, le Palais des sports était plein et nombreux sont ceux qui se sont avancés pour donner leur vie à Jésus dont une certain René-Luc (www.dieuenpleincoeur.com).

L’année suivante, le 19 avril 1980, ce fut le grand jour. 

UN MARIAGE DANS L’EGLISE GRECQUE-CATHOLIQUE

Vous goûterez les débordement de sa gloire (Esaïe 66,11)

 C’est maintenant le grand jour, la communauté avait tout pris en charge et nous étions « persona non grata » à la cuisine et à la grange transformée en salle de banquet.  Evidemment, il y eut d’abord la mairie puis direction la chapelle qui était encore en travaux mais qu’importe. Le sacrement du mariage célébré dans le rite  byzantin est vraiment beau.

l’entrée dans la chapelle encore en travaux

Ephésiens 11-12 « C’est Lui encore qui a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ. » Dans une traduction plus juste, il ne nous donne pas d’être apôtres, prophètes… mais il nous donne comme apôtres, prophètes,…

Lors de notre mariage dans le rite grec-catholique (Nous étions alors à la communauté de la Théophanie), durant le rite du couronnement, l’époux et l’épouse se donnent l’un à l’autre comme témoin, donc martyr.

 

Le rite du couronnement

Au cours de la célébration eucharistique, l’épiclèse est la prière qui demande à Dieu d’envoyer son Saint-Esprit sur le pain et sur le vin. Au cours de la célébration du mariage, elle est la prière qui demande à Dieu d’envoyer son Saint-Esprit sur l’homme et sur la femme « pour les couronner de gloire et d’honneur ». C’est à ce moment que le prêtre pose les couronnes sur la tête des époux, pour transformer le couple en cellule vivante du Corps du Christ. Le Saint-Esprit vient en effet par sa présence couronner leur amour, le rattacher à la source de l’Amour, à Dieu lui-même (Dieu est vivant, catéchisme pour les familles, Ed du Cerf).

Couronnés de gloire et d’honneur

Dans l’évangile, la gloire achève toute œuvre en Christ, son accomplissement est manifesté, glorifié par l’Esprit-Saint. Les fiancés reçoivent la gloire qui achève la constitution de leur être unique, et le prêtre les élève à cette dignité par l’épiclèse du sacrement : « Seigneur notre Dieu, couronne-les de gloire et d’honneur ». C’est le moment effectif du sacrement, le temps de la Pentecôte

Tu as mis sur leurs têtes des couronnes de pierres précieuses, ils t’ont demandé la vie et tu la leur a donnée. (chant du couronnement)

conjugale, la descente de l’Esprit faisant la créature nouvelle.

Prenant alors les couronnes, le prêtre couronne d’abord le marié en disant : « le serviteur de Dieu (Bernard) reçoit pour couronne la servante de Dieu (Anne). Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Puis, il couronne la mariée en disant : « la servante de Dieu (Anne) reçoit pour couronne le serviteur de Dieu (Bernard). Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Et il les bénit trois fois, disant : « Seigneur notre Dieu, de gloire et d’honneur, couronne-les tous deux. »

 

Danse de joie, danse pour ton Dieu

Danse de joie

La joie explose alors en une triple danse autour de l’évangile, présence réelle et mystérieuse du Christ posé sur l’autel. L’assemblée invoque Isaïe, à qui l’on demande de « danser d’allégresse », car sa prophétie est accomplie : « voici la Vierge est enceinte et enfantera un fils qu’elle appellera Emmanuel, Dieu avec nous. » Isaïe, 7,14. Le nouveau couple couronné et sanctifié accueille à son tour l’Emmanuel : la Parole de Dieu est devenue présente, elle s’incarne dans le couple qui devient ainsi une église domestique.

Dieu donne l’époux à son épouse et il donne l’épouse à son époux afin de parvenir ensemble à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu et à constituer cet homme parfait dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ. (Éphésiens, 4,13) (Sacrement de l’amour, Paul Evdokimov, Ed de l’Epi)

L’église domestique

La vie conjugale implique un dur combat, un renoncement permanent à l’égoïsme, une véritable et joyeuse croix. Jour après jour, nous apprenons à nous recevoir tels que nous sommes jusque dans les moindres détails de la vie courante, à nous recevoir comme don du Père et ce don n’est pas pour nous-mêmes mais pour l’œuvre du Christ.

L’homme et la femme forment la première cellule d’Eglise, l’église domestique, et c’est dans cette église que nous nous donnons et que nous nous recevons avec nos charismes propres. Ne faisant plus qu’une seule chair, le couple a son charisme propre, mais sans confusion des personnes et toujours dans l’acceptation du ministère du conjoint. « organisant ainsi les saints pour l’oeuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ. » (le sacrement de l’amour, Paul Evdokimov, Ed. De l’Epi) Voilà à quoi nous étions et sommes toujours appelés, à manifester l’amour de l’ Eglise pour le Christ et du Christ pour son Eglise. Je profite de ce chapitre sur notre mariage pour vous partager ce que nous avons appris de ces quarante ans. Quarante ans, cette année de grâce 2020, le 19 avril, il paraît que c’est le moment de sortir du désert pour entrer dans la terre promise. Ce qui nous a fait tenir, c’est notre engagement mutuel au service de Jésus, mais aussi, et cela est primordial, dans une vie de couple, c’est de ne pas nous tromper sur Celui qui peut nous donner le vrai bonheur. Beaucoup de couples se déchirent car l’un ou l’autre attend de son conjoint ce que seul Dieu peut donner. Cela s’appelle de l’idolâtrie et le couple ne peut tenir. Mais, si au lieu de demander à son conjoint ce qu’il ne peut donner, le couple se tourne ensemble vers Celui qui est la source de toutes grâces, alors cela change tout. Cela n’exclut quand même pas les divergences de vues et le fait de s’accepter avec nos blessures réciproques.

NOS PREMIERS PAS, NOS PREMIÈRES BENEDICT IONS           

Il était d’usage à la communauté que le jeune couple parte un an pour fonder leur famille et discerner s’il était bien appelé à la vie communautaire. Nous partîmes nous installer à Limoux à 17 km du domaine de Cantauque, ce qui me permettait de garder mon emploi dans l’entreprise de maçonnerie que nous avions créée et de continuer à aller à la Divine Liturgie ( la messe) le dimanche.

            Le seul hic, c’est que ne n’avions, entre autres, pas de voiture. Alors en bons charismatiques que nous sommes, nous nous sommes mis à prier et d’un seul coup, j’ai eu à cœur de demander une 2 CV camionnette bleue. Deux jours après, nous recevions notre 2 CV camionnette … Alléluia elle était … bleue!! le Seigneur est bon pour ses enfants. Par la suite, on m’a plusieurs fois demandé pourquoi une 2 CV ? Et je ne peux répondre encore aujourd’hui : parce que c’est cette voiture que le Seigneur avait en stock pour nous ! Plusieurs amis de la communauté habitaient Limoux et nous commençâmes un groupe de prière et célébrions les agapes chez nous le jeudi soir.

Une autre merveille du Seigneur fut lorsqu’Anne se retrouva enceinte. Nous n’avions comme machine à laver qu’une  boule japonaise, une espèce de gros ballon de rugby qui faisait office de tambour de machine à laver et d’ une manivelle qui faisait office de moteur. Anne, vers la fin de sa grossesse, n’en pouvait plus, surtout que le linge que je lui donnais était des bleus de travail de maçon avec le ciment et le plâtre en prime. Alors, tout naturellement, nous avons demandé une machine à laver à notre Père des cieux . « Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. (Philippiens 4,6) ». Le lendemain, un des responsables de la communauté vint me trouver avec un chèque et me dit qu’en reprenant les comptes de l’association de la Théophanie de l’année 1979, il s’était aperçu que je n’avais pas eu tous mes congés payés et venait me les donner. Le Seigneur avait mis cet argent de côté pour que nous puissions acheter la machine à laver.  Alléluia !!!

OH! QU’IL EST DOUX POUR DES FRÈRES DE DEMEURER ENSEMBLE  (Psaume 133,1)

Notre année à Limoux terminée, notre seul désir fut de retourner à la communauté surtout qu’il était question d’aller aider une famille à fonder une fraternité à Jérusalem. Nous avions commencé à apprendre l’hébreu et nous avions trouvé un travail et une maison. Mais les projets de Dieu sur nous ne sont pas  forcément nos projets et il fut discerné que nous devions rejoindre Lagrasse où la communauté venait d’acheter une abbaye.

A la communauté, la vie monastique prenait de l’ampleur et de plus en plus le dessus. La vie charismatique perdait de sa ferveur. Pour le père Jacob, le but était maintenant d’être reconnu par Rome comme faisant partie de l’Eglise Melkite (grecque catholique) et pour cela il fallait « bien présenter ». Petit à petit, moines et moniales se sont installés sur le domaine de Cantauque et les différentes fraternités furent fermées pour que les familles se retrouvent à l’abbaye de Lagrasse. Nous racontons cela sans rancœur et dans la paix, mais ce n’était plus la communauté qui nous avait attirés. Pourtant, le Seigneur nous avait mis en contact avec les « hommes d’affaires du plein Évangile » qui avaient relancé un peu notre vie charismatique. Le Seigneur continuait à bénir notre famille malgré notre tiédeur. A la naissance de Martin, notre deuxième enfant, nous nous sommes aperçus que  notre aîné qui avait un an et demi se mettait à marcher en boitant. Après examens médicaux le verdict est tombé : luxation de la hanche avec interdiction de lui permettre de le laisser marcher. Comme Kim Collins était de passage dans le coin, nous n’avons pas hésité longtemps. La soirée prière, louange,  guérison était belle et Kim Collins pria pour Dimitri. J’étais plein de confiance mais force fut de constater que Dimitri boitait toujours. Il a fallu se rendre à l’évidence et le conduire à l’hôpital. Jésus voulait nous faire faire un pas de plus dans la foi et nous attendait ailleurs. La peur que j’avais, c’était que Dimitri se sente rejeté, remplacé par Martin. Nous avons beaucoup prié et la solution est venue. Le professeur Joyeux, ami de la communauté, se mit en rapport avec un de ses amis pour que je puisse travailler à Montpellier quelques mois. Un couple ami nous donna asile pendant ce temps. Jacques et Françoise habitaient à côté de l’hôpital et Anne pouvait rendre visite à Dimitri tous les jours pendant la sieste de Martin. Un Jour, le professeur qui avait opéré Dimitri nous dit qu’il avait de nouveau ouvert le haut de la cuisse car c’était le seul moyen pour savoir si la greffe osseuse avait prise. Il nous dit qu’il ne comprenait pas car d’habitude il faut au minimum un an pour retirer la broche mais que là, il avait pu le faire tout de suite. Pour la petite histoire, plus grand Dimitri à fait du rollers hockey et du rugby.  Anne m’avoua aussi après coup que ce temps passé hors de la communauté lui avait fait du bien. Alléluia !

La vie communautaire reprit ses droits jusqu’au jour où nous la quittâmes,  ne trouvant plus chez elle ce que nous recherchions. Cela a correspondu à un moment où j’eus un accident de travail avec éclatement d’un ligament croisé du genou et interdiction par la Médecine du Travail de continuer la maçonnerie. Rassurez-vous, le Seigneur n’abandonne pas ses enfants et j’eus vite trouvé un autre travail mais cette fois à Calais. Je vécus « bienvenue chez les chtis » avant le film. Parle pour toi me dit Anne qui, elle, retrouvait son « ch’nord ».

POUR MOI, JE REGARDERAI VERS LE SEIGNEUR,

JE METTRAI MON ESPÉRANCE DANS LE DIEU DE MON SALUT. (Michée 7,7)

 Laissant Anne et les enfants, me voici à Calais pour les trois mois d’essai dans une entreprise de palettes, logeant chez mon beau-frère et ma belle-sœur. Faisant l’affaire, il ne me restait plus qu’à trouver une maison. Comme d’habitude, cela fut remis entre les mains du Seigneur. Coulogne, le long du canal, une belle maison avec un grand jardin nous attendait. Oui, qu’il est bon de mettre son espérance en Dieu. Peu de temps après, Anne me rejoignait et la vie continuait. Le plus dur pour nous à cette époque, c’était d’atterrir. Une paroisse n’est pas une communauté et l’Eglise latine, que je connaissais peu, n’est pas l’Eglise melkite. Plus de belles  et grandes liturgies, pas de vie communautaire. Par « orgueil » communautaire, le groupe de prière de Calais ne nous attirait pas. Il faut bien admettre que l’on avait, en communauté, un certain sentiment de supériorité. Le cœur de l’homme a vraiment besoin en tout temps d’être purifié . Nous finîmes quand même par rejoindre le groupe  mais vraiment nous avions soif de plus. Partageant cette soif avec des frères et sœurs du groupe, le Seigneur nous mit à cœur de commencer quelque chose de

Le grain de sénevé fête la St Jean d’été

nouveau. Un nouveau groupe était né « le Grain de Sénevé ». Nous avions transformé notre véranda en chapelle. Très vite, un autre couple vint nous retrouver avec une célibataire. Nous étions maintenant 12 à nous rassembler le mercredi et une petite vie fraternelle prenait naissance. Nos enfants avaient le même âge et nous nous rencontrions aussi le dimanche pour partager le repas. Nous rassemblions aussi les enfants pour le catéchisme. Ces temps de fondation sont toujours des temps bénis ; et bénis, nous l’étions malgré les épreuves que la vie peut nous apporter. Au travail, mon genou relâcha et de nouveau le chômage mais, car il y a toujours un « mais » avec le Seigneur, Alain, un des membres du groupe démarrait une entreprise de transport d’enfants handicapés et m’embaucha. C’était loin d’être un plein temps mais nous avions décidé, dès notre mariage, de ne pas gagner plus que le SMIG, marqués par un des enseignements de St Jean Chrysostome sur les richesses : « Si tu as deux paires de sandales et que ton frère n’en a pas, c’est que tu lui en a volé une paire » Nous avions traduit en langage moderne : « Si un couple a deux emplois alors qu’un autre n’en a pas, c’est qu’il lui a volé son emploi ». Je parle de cela sans aucun jugement, seulement une route que nous avions choisie. Je rends grâce au Seigneur, car jamais il ne nous a laissé tomber. Malgré ce que nous vivions à Calais, la vie communautaire nous manquait et en 1993, nous partîmes pour une petite communauté dans l’Aisne. Nous retrouvâmes la vie communautaire, les offices d’André Gouzes que nous aimions particulièrement et la vie charismatique avec ses sessions. Nous avons beaucoup appris en un an dans cette communauté sur l’exercice des charismes. Manque de discernement diront les uns, manque de chance diront d’autres, mais au bout d’un an, suite à une mésentente des fondateurs, un moine et un couple, l’évêque ferma la communauté ou plutôt lui redonna son intuition initiale : une communauté monastique charismatique et non une communauté nouvelle avec des couples. Re-case départ, je travaillais à la communauté ainsi qu’Anne et il nous fallait trouver un travail et une maison. C’était l’été et la rentrée scolaire approchait. Un soir, Anne, je ne sais si c’est dans un acte de foi ou d’exaspération, tapa du poing sur la table et cria vers le Seigneur : « Maintenant, Seigneur, il faut que tu fasses quelque chose! ». Le Seigneur aime ces prières et quelques jours plus tard, un prêtre que nous n’avions vu que deux ou trois fois vint nous trouver et nous proposa une maison. Il venait de la recevoir en héritage de la part d’une « laïque consacrée » qui voulait que sa maison reste au service du Seigneur. Alléluia ! Nous prîmes quand même un temps de discernement, demandant à un prêtre de passage de nous aider à discerner. Celui-ci confirma et nous dit même d’appeler la maison : « Notre Dame de la joie ». Ouvrant la Bible, Anne tomba sur ce passage dans le livre de Michée, chapitre 7, verset 14 : « Seigneur, avec ta houlette, sois le pasteur de ton peuple, du troupeau qui t’appartient, qui demeure isolé dans le maquis, entouré de vergers ». A croire que ce verset a été écrit pour nous. La maison, une vieille ferme (sans toilettes et sans eau chaude !) avec des dépendances, à La Hardoye, petit village des Ardennes de 60 habitants, nous attendait entourée de vergers. A l’entrée, une petite statue de Marie nous accueillait.

VOUS HABITEREZ LE PAYS QUE J’AI DONNE A VOS PÈRES,

VOUS SEREZ MON PEUPLE, ET MOI, JE SERAI VOTRE DIEU.(Ezéchiel 36, 28)

 La Hardoye, petit village des Ardennes avec ses 60 habitants, avec notre arrivée, la population augmenta de 10% ! Il était prévu de ne pas payer de loyer. En échange, selon nos moyens, nous aménagions la maison et les premiers travaux furent une salle de bain et des WC. Comme il y avait du terrain, nous achetâmes 3 brebis et un bélier. Quelques temps après, je me suis vu proposer un C.E.S. pour entretenir le village ou plutôt 4 villages qui étaient associés. Voyant mon parcours en maçonnerie, il me fut confié la restauration d’une église. Comme tout C.E.S., c’était un emploi à mi-temps mais c’était déjà un début. Puis la place de fontainier s’étant libérée, je postulais et fut embauché. J’avais à gérer l’entretien du réseau d’eau potable d’un petit syndicat regroupant huit communes puis onze.

Réparations de fuites sur le réseau, poses des compteurs d’eau, relevé des index pour facturation, contrôle des châteaux d’eau… Le travail était varié et me plaisait bien. Je passais beaucoup de temps en plein air. Pendant se temps Anne était à la maison bien occupée elle aussi avec les quatre garçons. Nous avions rejoint le groupe de prière de Rethel à 25 km de chez nous et repris  les offices familiaux. Nous montions pour Noël et pour Pâques à Bruxelles où subsistait une fraternité de la Théophanie qui, sur conseil de l’évêque, s’était rattachée à la paroisse melkite. Un jour, nous décidâmes de lancer un groupe dans nos villages. Il s’est vite joint à nous un autre couple et une célibataire mais durant l’année, pas une parole ne sortit de leur bouche et je dois avouer que c’était dur. Durant les vacances d’été, le groupe fut fermé et nous avons rejoint celui de Charleville-Mézières, à 50 km, ayant à

Le petit groupe de Charleville

cœur que c’était là-bas que le Seigneur nous appelait. Très vite, nous fûmes appelés à rejoindre le noyau. C’est là-bas que nous avons fait connaissance de la « Fraternité Pentecôte » par l’intermédiaire de notre sœur bien-aimée Odile. Nous avons été appelés à la coordination diocésaine de la « frat »  puis à la coordination régionale en remplacement d’Odile. IL y a trois ans maintenant, nous avons eu à cœur de refaire un groupe sur notre paroisse. Mais avant de nous lancer dans cette nouvelle aventure, nous avons demandé de l’aide au Seigneur, en le priant de nous envoyer quelqu’un du « renouveau ». Nous ne voulions pas avoir les mêmes déboires que lors de notre première tentative. Et c’est là que Sandrine  est apparue, revenant dans les Ardennes et ayant passé plusieurs années dans un groupe de prière. Elle avait déjà entendu parler de nous et très vite, nous commençâmes un groupe, « le Val du Baumier (psaume 84)». Un autre couple nous a rejoint. A la demande de notre curé, j’ai rejoint le « Service Évangélique des Malades » et nous avons continué à nous investir dans la « Fraternité Pentecôte » en ayant même fait un passage de trois ans à «  l’instance de communion », qui réunit des membres élus des communautés et des groupes de prière autour des deux évêques qui suivent le courant de grâce du renouveau charismatique.

Aujourd’hui, le Seigneur nous appelle aussi à aller animer des week-ends dans les différents diocèses, pour redonner à nos frères et sœurs ce que nous avons reçu. Nous sommes aussi appelés à travailler avec nos sœurs de la communauté de l’Alliance de Trois-Rivières (Québec) à la formation à la prière de guérison et à animer les retraites de  Merville dans le Nord, retraite de guérison intérieure.

Que de chemin parcouru, mais combien de bénédictions ! Notre âme bénit l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits. Que de chemins de guérisons le Seigneur nous a fait prendre!

           

GUÉRIS-MOI,SEIGNEUR, ET JE SERAI GUÉRIS; SAUVE-MOI, ET JE SERAI SAUVE, CAR TU ES MA GLOIRE!  (Jérémie 17, 14)

Je voudrais vous partager quelques guérisons que le Seigneur m’a données. La vie spirituelle est une vie de croissance et d’abandon, notre guérison faisant partie de cette croissance. Ne croyez pas que notre conversion initiale nous donne déjà la stature d’homme ou de femme spirituel. Non, mais c’est jour après jour, de chutes en relèvements que nous marchons. Car, si tout est déjà accompli comme le dit Jésus à la croix, cet accomplissement doit prendre chair en chacun de nous. Comme l’écrivais  St Irénée de Lyon : ” Ne sois pas impatient…. C’est précisément en ceci que Dieu diffère de l’homme : Dieu fait, tandis que l’homme est fait. Celui qui fait est toujours le même, tandis que celui qui est fait reçoit obligatoirement un commencement, un état secondaire et une maturité… Dieu pouvait, quand à lui, donner dès le commencement la perfection à l’homme, mais l’homme était incapable de la recevoir, car il n’était qu’un petit enfant”. (La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, Trésor du Christianisme page 87-88)

            A travers notre témoignage, je désire vous encourager à ne pas baisser les bras quand nous faisons fausse route, quand notre vieil homme ou notre vieille femme prend encore le dessus. Si je suis ce que je suis aujourd’hui, c’est parce que le Seigneur m’a guéri d’une multitude de choses, parce que petit à petit, je le laisse prendre vie dans mon cœur. Il y a une image que Mgr Boishu, alors évêque auxiliaire de Reims, a donnée un jour et que je trouve très parlante. A notre conversion, nous donnons toute notre vie au Seigneur, nous lui remettons le sac de nos vies mais lui, jour après jour, plonge la main dans le sac pour en ressortir un objet, une situation et nous demande : « Me donnes-tu vraiment cela ?». Il y a l’intuition initiale de tout donner et le Seigneur s’en réjouit et il y a la réalisation qui prend du temps. Je suis de nature méfiante et je me méfie toujours lorsque quelqu’un témoigne que, depuis sa conversion, il n’ a plus de problèmes. Non, des problèmes existent toujours mais nous apprenons au fur et à mesure à laisser l’Esprit-Saint s’en occuper.

 Une des premières guérisons que j’ai reçue est celle d’avoir été libéré de la drogue et de ses effets en moi. J’ai eu ma « dernière remontée d’acide » plusieurs années après avoir arrêté d’en prendre. Il y a eu celle d’une sciatique à la jambe droite. J’avais demandé la prière des frères, j’avais été voir le corps médical mais rien n’y faisait. Les médecins ne trouvaient rien et à l’hôpital où j’avais fait des examens, le médecin me considérait même comme quelqu’un qui cherchait des excuses pour ne pas travailler. Un jour, je téléphone à ma chère belle-mère pour qu’elle prie pour moi, ce qu’elle fit dans son groupe de prière. Le lendemain de la prière, elle me téléphone et me dit : « Nous avons reçu que tu as un pardon à donner à ta maman ». Cette parole me toucha le cœur et sans aller la trouver, je lui pardonnais  et ma sciatique disparut. Alors qu’à chaque fois que nous allions avec Anne chez mes parents, c’était toujours un peu tendu, depuis ce jour, la relation a été apaisée. Attention ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ce n’est pas parce que tu as aussi une sciatique que la cause est un manque de pardon. Elle peut tout à fait venir aussi d’une cause physique. (discernement, discernement!)

Je témoigne aussi parce que souvent dans nos groupes de prière, nous ne parlons pas de notre guérison spirituelle, nous n’entrons pas dans cette démarche pourtant si importante. Avant notre conversion, tout au long de notre vie, par un réflexe d’auto-défense, de survie, nous nous formons une carapace pour ne pas souffrir des blessures que nous recevons. Tout le travail de la guérison intérieure sera de laisser le Seigneur briser notre carapace pour que Lui-même puisse panser nos blessures. Après ma première désertion, alors que j’attendais dans un couloir d’être reçu par le colonel, un caporal est passé. Me voyant, il s’approcha de moi et me donna un coup dans le visage si fort qu’une de mes dents tomba à terre. Cela m’avait humilié et si j’avais pu, je l’aurais étripé. J’ai désiré sa mort. Pendant longtemps, je priais pour que le Seigneur me donne la capacité de lui pardonner, mais rien à faire. C’est au cours d’une formation à la prière de guérison avec la Communauté de l’Alliance que la solution est venue. Je désirais vraiment pardonner mais le Seigneur m’a fait comprendre que la réaction que j’avais eue n’était pas spirituelle, je lui en avais voulu à mort. J’ai demandé pardon pour ma réaction et j’ai pu, dans la foulée, pardonner. Alléluia !

            Je terminerais par un autre témoignage. J’étais donc un enfant timide, renfermé et je ne trouvais pas ma place. Dans la prière, le Seigneur me révéla que tout petit, j’avais fait un « serment intérieur ». Alors que j’étais le troisième enfant en trois ans, j’ai vite ressenti, certainement à tort, mais ressenti quand même, que j’étais un poids pour Maman. Je me suis fait cette promesse : « je ne  dérangerais jamais Maman, je ne serais pas un poids pour elle ». Cette promesse a pénétré mon cœur et a porté le fruit qu’elle devait porter. Je ne prends pas de place, je suis transparent. Du fait, même les autres ne me voyaient pas. Comme me l’a si bien dit un responsable de communauté alors que je demandais pourquoi je n’entrais pas au noviciat : « mais toi » me dit-il « tu fais partie des meubles » et le pire, c’est que cette réponse me satisfaisait. C’est quelques années plus tard que le Seigneur brisa cette promesse que je m’étais faite. Et depuis, j’ai pu prendre « ma place » dans l’Eglise.

Le Seigneur nous rejoint à chaque fois que nous l’appelons mais pas toujours comme nous le souhaitons. Il y a dix ans, j’ai fait un infarctus et la sentence tomba : je devais avoir un triple pontage. Espérant contre toute espérance, j’ai demandé le sacrement des malades. J’y croyais dur, le Seigneur est le Dieu qui guérit mais ma guérison a été autre. J’avais une appréhension vis-à-vis de l’anesthésie et je fus guéri de cette appréhension. J’ ai pu aller me faire opérer dans une grande paix. Je sais bien qu’il me reste encore des blessures et je sais aussi que ma guérison  sera totale dans le Royaume, dans la Jérusalem céleste. Tout ceci n’est qu’un échantillon des merveilles du Seigneur pour moi, J’ai reçu bien d’autres guérisons intérieures, et la plus belle, c’est celle d’être réconcilié avec moi-même, d’être réconcilié avec les hommes et d’être réconcilié avec Dieu.

            2 Corinthiens 5, 17-21 : « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu ».

Amen ! Amen ! Amen !

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