Au feu !

Edito : “Au feu !”

 

M.-H. Martin, du pôle communication de FP

sur une suggestion de Pierre Chieux, ancien coordinateur national de FP

 

Au cœur de cet été caniculaire, alors que l’actualité était focalisée sur les incendies de forêt qui ravageaient diverses régions de France, il était un peu troublant d’entendre Jésus exprimer son vif désir, voire son impatience, de voir déjà allumé le feu qu’il apportait sur la terre (Luc 12, 49, évangile du 20e dimanche ordinaire).

Jésus incendiaire, Jésus pyromane ? Alors que c’était plutôt à des images d’enfer que se référaient les témoins des « méga-feux », à cette géhenne où le feu ne s’éteint pas (Mc 9, 43), à cette fournaise sans fin destinée à dévorer les mécréants et les rebelles (Is 33, 14)… Mais c’est que, comme souvent, les métaphores dont use le langage biblique sont à double sens.

Et si Dieu se présente à Moïse comme étant lui-même un feu dévorant (Dt 4, 24), n’oublions pas que le buisson ardent dans lequel il lui est apparu brûlait sans se consumer (Ex 3, 2) : c’est précisément ce phénomène paradoxal qui a suscité la curiosité de Moïse et l’a conduit à découvrir le Seigneur.

 

Ce thème du feu a été au cœur de l’homélie que le pape François a donnée le 27 août, lors du consistoire pour la création de 20 nouveaux cardinaux, à partir de cette même phrase de Jésus : comme je voudrais que ce feu soit déjà allumé ! [1] Le pape décline cette image du feu de deux manières, qui rejoignent chacune un aspect de la vie charismatique que nous essayons de mener dans la grâce de Pentecôte. La première manière est liée à la propagation du feu, à sa capacité spectaculaire de s’étendre en embrasant tout ce qu’il trouve sur son passage.

Et on y reconnaît ce souffle brûlant de l’Esprit de Pentecôte, cet Amour passionné qui purifie, régénère, et transfigure tout, cette miséricorde du Père qui brûle dans le cœur de Jésus.

Le zèle missionnaire dont a fait preuve saint Paul, entre autres, est activée par ce feu puissant ; et en le transmettant comme un flambeau à ses cardinaux, le pape s’adresse en fait à toute l’Église, à tout homme qui a au cœur l’ardeur évangélisatrice, et qui partage l’impatience de Jésus, son désir que le Père soit connu et aimé jusqu’aux extrémités de la terre.

 

La deuxième manière est plus inattendue ; mais de même que Dieu peut se manifester dans la brise quand on l’attend dans l’ouragan (1 Rois 19, 12), le feu puissant et impétueux peut demeurer actif sous la forme des braises, un feu doux et caché, qui dure longtemps, et qui sert à préparer les repas, comme ces poissons que Jésus ressuscité a apprêtés pour ses disciples au bord du lac (Jean 21). Le pape François développe cette seconde manière de représenter le feu en l’associant à la douceur, la fidélité, la proximité, la tendresse, à tout ce qui nous fait goûter dans la simplicité du quotidien la présence de Jésus vivant au milieu de nous.

Ce feu brûle particulièrement dans la prière d’adoration, lorsque nous sommes en silence près de l’Eucharistie, et que nous goûtons la présence humble, discrète et cachée du Seigneur, de telle sorte que cette présence devient une nourriture pour notre vie quotidienne.

Le petit plat mijoté à feu doux devient le symbole même de la charité que chacun peut exercer dans son entourage, geste bien simple et bien concret, mais enrichi de tout l’amour qu’on met à le préparer. Ce feu de braises, ou pour prendre une autre image de feu paisible, ces petites veilleuses qu’on allume au moment d’entrer en prière, il nous revient de l’entretenir au jour le jour pour que sa douce chaleur irradie ceux qui nous sont proches, et ceux dont nous nous faisons prochains. Et nos assemblées de prière sont un des lieux où nous pouvons remettre de l’huile dans notre lampe, afin que la flamme ne s’éteigne pas.

 

Si donc les cataclysmes naturels, les effets dramatiques des conflits à travers le monde, ou les discours apocalyptiques nous font craindre de nous retrouver comme les trois enfants au milieu de la fournaise (Daniel 3), pensons à l’expression de « baptême du feu » et à la façon dont Jésus a vécu ce baptême de feu  sur la croix, lorsque plongé dans le mystère du mal, de la souffrance et de la mort, il a remporté sur eux la victoire.

Nous avons été baptisés dans le feu de l’Esprit de Dieu, dont le fruit est joie, amour, paix, douceur  (Gal 5, 23). Si ce feu ne brûle plus en nous, il est urgent que nous recherchions pourquoi, et que nous trouvions où et comment il peut être rallumé. Car le don de l’Esprit de Pentecôte est répandu pour allumer un feu de louange au cœur même de toutes les épreuves auxquelles sont soumises les disciples du Seigneur, en particulier  les combats pour le témoignage de notre foi .

Comme les trois enfants du livre de Daniel, par notre foi et notre espérance inébranlable en sa victoire sur le mal, allumons le contre-feu de la louange, et nous en éprouverons une fraîcheur de brise et de rosée !

 

[1]Texte complet sur https://www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2022/documents/20220827-omelia-concistoro.html

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