La vie du groupe de prière : la communion avec tous

La vie du groupe de prière : la communion. Sommaire :

Introduction

Fiche n° 1 : Travail biblique à partir des Actes des apôtres et de l’évangile de Marc, par Régine Maire

Fiche n° 2 : La communion dans le groupe de prière, par le Père Patrice Eon, Bernard de Fornel, et le Frère Jean-Baptiste Fady

Fiche n° 3 : Communion entre groupes de prière et à l’intérieur du Renouveau, par le Père Alain Bandelier

Fiche n° 4 : La dimension œcuménique, par le Cardinal Walter Kasper, et le Pasteur Kurt Meader Prière du rassemblement de Charlety (1998)

Fiche n° 5 : Les conflits dans le groupe de prière, retrouver la communion , par J. et E. Whitehead

Fiche n° 6 : Le berger serviteur de la communion, par Bernard de Fornel

Fiche n° 7 : Fiche pédagogique par Guy Noël

_____________________________________________________________________________

Fraternité Pentecôte, Service national des groupes de prière du Renouveau Charismatique, a vocation d’aider les groupes de prière à vivre pleinement la grâce propre du Renouveau. Pour cela elle organise des rassemblements et des sessions de formation.

Ayant constaté que le besoin se faisait sentir de donner des points de repères “éprouvés” sur lesquels se fonde la vie charismatique et s’organisent les groupes de prière, Fraternité Pentecôte a jugé bon de constituer une série d’articles à cet effet.

Comment ?

L’élaboration de ces fiches de travail a été confiée à Régine Maire, membre du Renouveau Charismatique depuis 1972 et au service du diocèse de Lyon pour la formation et les relations œcuméniques. Son travail a consisté à rechercher d’abord un texte biblique sur lequel s’enracine la réflexion, puis, dans la documentation déjà parue sur le sujet, à sélectionner quelques articles de base. Des membres de la Fraternité Pentecôte ont mis en forme ces différents documents, les ont actualisés et complétés. Elles sont accompagnées de propositions de temps de formation.

Pour qui ?

Les destinataires de ces fiches sont les responsables engagés dans le Renouveau Charismatique et qui portent particulièrement le souci de la formation : principalement les membres des équipes diocésaines ainsi que les équipes régionales, qui organisent des rencontres de formation, mais aussi les responsables des groupes de prière et plus particulièrement les plus récents dans ce service. Le renouvellement des responsables et participants à ces groupes de prière demande de rappeler en permanence les fondements de la vie charismatique.

Quels documents ?

Les articles choisis peuvent présenter plusieurs niveaux de lecture :

  • Certains, plus immédiatement accessibles, serviront de base à la réflexion.

  • D’autres paraîtront peut-être d’un abord plus difficile et seront alors réservés à ceux qui désirent un approfondissement des questions.

Comment utiliser ces fiches de travail ?

Ces fiches visent à aider à la formation de ceux qui sont en responsabilité actuelle ou à venir dans les groupes de prière du Renouveau Charismatique, et notamment les bergers et membres des noyaux.

Elles seront aussi une aide pour tous ceux qui doivent effectuer des enseignements dans leur groupe de prière.

De ce fait elles pourront être travaillées :

  • Dans des rencontres de formation (journées, week-ends, …)

  • En noyau, voire en noyau élargi à d’autres membres du groupe A titre personnel, bien que cela limite leur intérêt

Ces fiches ont 2 objectifs :

  • Fournir des documents de travail et de réflexion pour les responsables de formation,

  • Proposer des éléments pédagogiques pour animer des temps de formation.

  • En ce sens elles ne proposent pas un cadre rigide, mais plutôt des pistes et des documents que le ou les formateurs devront adapter au public, au temps disponible ainsi qu’aux buts de la formation. Il est bien compréhensible qu’une formation pour des “nouveaux” responsables sera différente de celle pour des responsables plus anciens. De même la pédagogie devra s’adapter au vécu, aux problèmes et aux attentes des participants.

De ce fait, le contenu, le déroulement et la pédagogie des temps de formation devront être repensés à chaque fois.

  • De même, tous les documents proposés ne sont à utiliser ni systématiquement, ni dans leur totalité à chaque formation. Leur variété permet justement de choisir les passages et les thèmes qui seront les plus pertinents face aux buts recherchés.

  • Une des utilisations possibles est de fournir aux responsables de la formation des éléments solides pour assurer eux-mêmes des temps d’enseignement. En ce cas il ne s’agit pas pour l’enseignant de lire aux participants le ou les textes proposés, mais de les redonner, après un travail personnel, avec la grâce et la pédagogie qui est la sienne. Certes pour les débutants en ce domaine, ce ne sera pas parfait la première fois, mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Jésus lui-même n’a pas craint de donner des responsabilités à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16).

Puissent ces fiches aider ceux qui dans les diocèses et les groupes ont ce souci de la formation. Que l’Esprit Saint guide votre travail !

A noter : Deux dossiers pour un titre commun : La vie du groupe de prière

Pour des facilités d’utilisation et de travail, nous publions deux dossiers. Mais ils sont complémentaires pour aborder des aspects essentiels de la vie d’un groupe de prière : la communion et la mission.

Premier dossier : La vie du groupe de prière : la communion

Deuxième dossier : La vie du groupe de prière : la mission

_________________________________________________________________________________

La vie du groupe de prière : la communion.             Fiche n°1

(Par Régine Maire)

Travail biblique à partir des Actes des Apôtres et de l’évangile de Marc

(Traduction : la Bible en français courant)

Une dynamique : conversion – communion – mission

Luc dans les Actes des Apôtres fait une relecture de la vie de la première communauté : l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte conduit à la conversion, à la vie communautaire, à l’évangélisation. C’est l’originalité de la réponse des premiers croyants.

Actes 2, 42-47 Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.  La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commuIls vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.”

Pour travailler le texte :

La Pentecôte porte un fruit essentiel : le témoignage et la naissance de la première communauté, une « nouveauté de vie qui se voit et qui frappe … »

Quel est le sens du mot “témoin” ? Et pour vous ? Notez les quatre piliers de la communauté

Les points qui caractérisent la vie de la communauté. Cela ressemble-t-il à ce que Jésus demandait à ses disciples ?

Quels appels pour vous et la communauté chrétienne à travers ces textes ? Quels points vous semblent décisifs pour la communauté chrétienne aujourd’hui ? En quoi ces textes vous rejoignent-ils ? Qu’est-ce qu’ils vous suggèrent ?

On peut aussi comparer avec ce que nous rapporte l’évangile du début de la mission de Jésus :

En particulier, dans l’évangile de Marc, chapitre 1, versets 9 à 11 et 14 à 17.: Or, en ces jours là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir »… / … Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Evangile de Dieu et disait : Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile ». Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit « Venez à ma suite … »

___________________________________________________________________________________________

La vie du groupe de prière : la communion.           Fiche n°2

(par le Père Patrice Eon, Bernard de Fornel, et le Frère Jean-Baptiste Fady)

La communion dans le groupe de prière

Colossiens, 3, 12-17 (traduction Bible en français courant)  : “Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonnés, faites de même. Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. Vivez dans l’action de grâces. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse : par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâces à Dieu le Père.”

 

 

D’avant Pentecôte … ou d’après Pentecôte …

(Par le Père Patrice Eon, diocèse de Nantes)

Quelle communion vivons-nous ?

Sommes-nous fidèles à vivre une communion nourrie de la grâce de Pentecôte ? Une bonne question qui peut nous aider à regarder ce point de plus près !

A la Pentecôte, l’Esprit communique aux disciples la vie intime du Ressuscité, cet amour brûlant que Jésus partage avec son Père et qui fait de lui un brasier ardent.

Au Cénacle, avant la Pentecôte, c’était bien l’amour qui liait les disciples entre eux : pendant trois ans, Jésus avait patiemment déposé en leur cœur une petite étincelle de son amour. Par son exemple, son enseignement, il avait formé en eux cet amour. Il y avait donc une certaine communion qui unissait les disciples mais cette communion restait fragile, comme une petite braise qui n’attendait qu’à embraser le monde entier. « Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » avait dit Jésus. Le feu couvait… Mais il fallait que le vent de l’Esprit vienne enflammer les cœurs des disciples pour que cette première communauté devienne, elle aussi, un buisson ardent. Il y a donc une communion d’avant Pentecôte et une communion d’après Pentecôte. C’est cela que je voudrais voir avec vous pendant cet enseignement : comment la grâce de Pentecôte peutelle transformer la communion au sein d’un groupe de disciples ? Quelles sont les caractéristiques d’une communion lorsque celle-ci est vraiment vécue dans la grâce de Pentecôte ? Bien sûr, cette question, je la pose tout spécialement aux groupes de prière.

 

Une communion touchée par la brûlure de l’Esprit ?

On le sait tous, cette grâce de Pentecôte quand elle saisit une personne ou un groupe, enflamme les cœurs, apporte une jeunesse de la foi, renouvelle l’enthousiasme, libère un nouveau dynamisme. Et puis vient l’épreuve de la durée où il faut enraciner cette expérience. Nos groupes mûrissent, nos groupes vieillissent, peut-être s’assoupissent-ils un peu ? Alors surgit cette question : est-ce que la sagesse, la maturité, le réalisme qu’ont acquis nos groupes de prière au fil des ans, viennent de l’Esprit ou de notre tiédeur ? Est-ce une grâce de Pentecôte ou non ? Autrement dit : est-ce que la communion fraternelle qui nous lie est une communion d’avant la Pentecôte ou est-ce que c’est une communion qui a été touchée par la brûlure de l’Esprit ? Répondre à cette question dépasse mes capacités… Je me permets juste de donner deux points de repère, deux caractéristiques d’une communion qui est vécue dans l’Esprit de Pentecôte.

Une communion de pauvres

La petite communauté des apôtres au Cénacle, qui est l’Eglise naissante, est soulevée par l’Esprit pour être intégrée à la communion trinitaire qui est une communion de pauvres. Voilà la première caractéristique d’une communion vécue dans la grâce de Pentecôte. C’est une communion de pauvres, une communion où se vit la folie de la béatitude des pauvres qui résume toutes les autres béatitudes. Quand on lit la description de la première communauté chrétienne issue de la Pentecôte, c’est très frappant (cf. Ac 2, 44 et 4, 32). Il y a vraiment une dépossession de soi au profit de l’autre qui s’exprime par un partage matériel, mais c’est avant tout une attitude spirituelle : se déposséder de soi, vider son cœur, pour accueillir l’autre comme don de Dieu et lui donner en mon cœur toute la place qu’il mérite. Cela signifie quelque chose de très important : que celui qui est au centre de la communion de notre groupe de prière, c’est le plus petit, le plus pauvre. (…). Nos groupes de prière vivent une pauvreté. Est-ce que nous l’aimons, cette pauvreté ? est-ce que nous vivons notre “précarité spirituelle” comme un fardeau ou est-ce que nous la recevons comme une grâce de Pentecôte ? Bien sûr, si la pauvreté de nos groupes vient de notre médiocrité, elle n’est pas un don de l’Esprit ! Mais si elle vient de l’Esprit accueillons-la. Gardons vive cette grâce de pauvreté qui est une grâce de Pentecôte ; c’est ainsi que la communion sera réalisée dans nos groupes, à la manière du Christ et non à notre manière.

Une communion qui rayonne

C’est la deuxième caractéristique d’une communion vécue dans la grâce de Pentecôte : elle est rayonnante. C’est-à-dire qu’elle se propage, qu’elle est ouverte, contagieuse. Déjà, avant la Pentecôte et avant la résurrection, quand on regarde la manière dont Jésus a posé les fondements de sa communauté pendant ses trois années de ministère public, comment il a commencé à tisser la communion avec ses disciples, on s’aperçoit que cette communion est ouverte et s’élargit sans cesse en cercles concentriques. Au centre il y a Jésus. Et puis, autour de Jésus, Pierre, Jacques et Jean. Ensuite les apôtres. Puis les soixante-douze, tous les disciples et enfin la foule.

Une communauté qui ne serait pas rayonnante ne vivrait plus de la grâce de Pentecôte. Un feu qui ne se propage plus s’éteint. Une communion qui n’est plus contagieuse s’atrophie. Une communion qui reste confinée au Cénacle n’est plus une communion pentecostale. La communion qui est vraiment mue par l’Esprit cherche à se dilater. Cela doit interroger nos groupes de prière : estce que notre communion est rayonnante, ouverte ? Quelques questions peuvent nous aider à faire le point :

Vis à vis de la foule : Est-ce que notre groupe a gardé vivace le désir d’évangéliser, c’est-à-dire de faire entrer dans cette grâce de Pentecôte ? Cela peut prendre différentes formes : en osant inviter personnellement une personne à venir au groupe, en organisant une assemblée de prière (à plusieurs groupes peut-être) de temps en temps dans une église de centre-ville, toutes portes ouvertes, en participant à une mission paroissiale etc…

Vis à vis des autres disciples : vivre la communion avec les autres communautés charismatiques, pour se réjouir du charisme de l’autre, pour l’accueillir sans le critiquer, sans le jalouser ; avec l’Eglise diocésaine, avec tous les baptisés qu’ils soient protestants, orthodoxes, catholiques…

Vis à vis de tous ceux qui exercent le ministère apostolique : prêtres, diacres, évêques…

Que la Vierge Marie, qui était au Cénacle avec les apôtres, appelle sans cesse sur nos groupes de prière l’Esprit Saint pour qu’il vienne enflammer notre communion.

L’expérience de la Communion de l’Olivier,

(par Bernard de Fornel)

La communion dans le groupe de prière n’est jamais acquise. C’est un don que Dieu nous fait et sans son aide nous ne pouvons l’obtenir. Mais il nous demande aussi de prendre les moyens de faire grandir cette communion entre nous. La “Communion de l’Olivier” nous partage ici son témoignage. Il ne s’agit pas de vouloir copier cette expérience mais de se laisser interpeler par une démarche qui montre l’importance de travailler à la communion. Sachons être inventifs pour vivre dans notre groupe de prière les temps et activités qui nous enracineront dans une communion toujours plus profonde.

Sur le diocèse de Toulouse, depuis de nombreuses années, les groupes de prière, au nombre de neuf, se sont regroupés au sein de la “Communion de l’Olivier”. Animée par le “Service de communion” et le « Conseil des bergers des groupes », elle permet le développement d’une réelle communion entre les personnes de groupes différents et la mise en commun de plusieurs services. En vue du renouvellement du “Service de Communion”, un échange entre les membres actuels et les bergers, a été proposé sur ce que signifiaient pour chacun la communion et la manière dont elle était vécue.

Deux questions étaient posées :

Comment chacun de nous perçoit-il et vit-il la communion au sein de l’Olivier, l’Olivier en tant que “communion” de groupes et services ?

Comment mon groupe vit-il la Communion ?

Trois points principaux sont ressortis des différentes interventions :

La vie fraternelle, de communion

  • Une vie de “famille”, un “corps”, avec des frères et des sœurs différents, mais tous importants

  • Confiance, amitié, fraternité

  • Prière les uns pour les autres non seulement au niveau du groupe mais au niveau de la Communion L’engagement et la formation

  • les engagements déjà vécus ou à prendre peuvent être discernés avec la communion

  • la formation au discernement spirituel, le ressourcement par l’accompagnement et les retraites, la formation à la prière sont proposés par la communion

  • la vie en Église diocésaine et universelle est plus forte, plus audacieuse car elle est proposée par la communion

  • les bergers ne sont plus isolés : ils se soutiennent et partagent entre eux expériences et questions

  • La Communion est un lieu spirituel et un soutien dans l’engagement au sein de la Communion ou dans l’Église Les services

  • Des services impossibles sans la Communion ont été mis en place : temps communautaires, célébrations de la miséricorde, retraites spirituelles, préparations à l’effusion de l’Esprit, adorations, intercessions, un lieu d’accueil et d’écoute appelé Le Puits de Jacob.

  • Complémentarité des charismes au niveau des services

  • Une vigilance est nécessaire car la communion n’est jamais acquise : les difficultés sont à reconnaître, les moyens à mettre en œuvre

Les échanges ont aussi fait apparaître 2 mots-clés :

Prière et Miséricorde

  • « Prier avec la Parole », prier les uns pour les autres, intercéder, former à la prière

  • Veiller” dans la prière pour l’ensemble de la Communion

  • Espérer” car on voit Dieu agir à travers nos petits et pauvres moyens

  • la Miséricorde de Dieu est manifestée à travers plusieurs services

_

____________________________________________________________________________________________

La vie du groupe de prière : la communion.                                Fiche n°3

(par le Père Alain Bandelier)

Communion entre groupes de prière et à l’intérieur du Renouveau

Il est difficile de vivre le Renouveau tout seul ; il est facile de retomber dans la léthargie intérieure. Les amis qui m’avaient mis dans le bain au cours de l’été me disaient tous : de retour dans ta paroisse, lance un groupe de prière. Je suis rentré un dimanche, le vendredi précédent un groupe de prière avait commencé ; humour du Seigneur !

J’ai pris conscience ensuite avec quelques anciens de mon groupe et des groupes voisins que nous devions partager aussi de groupe à groupe. Certes, nous recevions beaucoup de bonnes choses dans les week-ends régionaux et dans les sessions d’été. Mais cela ne remplaçait pas un travail de communion, de formation, d’enracinement, de rayonnement dans notre environnement propre, au cœur de notre Église locale, c’est-à-dire notre diocèse. Comprenons bien : l’enjeu n’était pas d’avoir notre nom dans l’annuaire officiel, ou de mettre sur pied une organisation pour encadrer le Saint Esprit ! Mais on sait qu’une des tentations dans l’Eglise comme dans la société, c’est ce que j’appellerais le “groupisme” : je ne vois et je ne vis que par mon groupe. Les autres n’existent pas.

Vivre dans une Église locale

Il faut préciser ce qu’on entend par Église locale. L’unique Église du Christ, c’est l’Église universelle qui traverse le temps et l’espace. Mais comment est-elle perceptible et accessible, aussi bien pour les fidèles qui sont entrés dans le mystère du Christ que pour “ceux du dehors” qui sont appelés à le rencontrer un jour ? “L’Église” doit s’inscrire dans un lieu déterminé, un temps, une culture, un peuple, et former ainsi “une Église”. Je crois que cela est vrai dans toutes les confessions chrétiennes. Dans la tradition orthodoxe ou catholique, cette Église locale ou particulière, c’est le diocèse : assemblée des fidèles unie à l’évêque, successeur des Apôtres, et par lui rattachée à toutes les Églises, dans une “symphonie” qui déborde les aires géographiques et les époques historiques. Cela dit, voyons comment les groupes charismatiques peuvent accueillir cette grâce ecclésiale.

La fraternité des groupes de prière dans le diocèse

Partageant la même grâce du Renouveau dans l’Esprit, et essayant de répondre au même appel d’une évangélisation dans l’Esprit, nous sommes conduits à nous lier les uns aux autres. Des appartenances ou des références à tel courant, telle communauté, telle personnalité du Renouveau sont normales. Mais il serait dommage qu’elles nous rendent étrangers à nos voisins (le groupe de la ville à côté, parfois le groupe X de la même ville, alors que moi je suis dans le groupe Y) et absents des temps forts diocésains.

Concrètement cette fraternité entre les groupes de prière va passer par quelques chemins tout simples :

D’abord on apprend à se connaître, on se rencontre, on se visite.

Puis on se rend service ; de même que dans un groupe donné il y a une diversité de charismes et de ministères, de même d’un groupe à l’autre il y a des richesses, des expériences, des dons différents, qu’on peut mettre à la disposition les uns des autres.

Enfin on peut mener des actions communes, tantôt visant les membres du Renouveau (comme les journées de formation), tantôt allant au-delà (comme des initiatives pour l’évangélisation).

La fraternité des groupes de prière avec le diocèse

Comme toute réalité nouvelle dans l’Eglise, le Renouveau a eu du mal à être accueilli ou à se faire accueillir. Il en a été de même, en leur temps, pour le scoutisme ou pour l’Action catholique. Ceux qui jadis avaient souffert d’incompréhension, voire d’exclusion, furent parfois ceux qui à leur tour nous font souffrir ; c’est humain. Dans beaucoup d’endroits, le chemin a été laborieux pour passer du soupçon à la confiance. Il faut avouer d’ailleurs que le préjugé défavorable a pu se rencontrer d’un côté comme de l’autre.

Concrètement, les groupes de prière entrent en fraternité avec les autres réalités ecclésiales selon deux démarches principales :

La plus courante, c’est tout simplement le dialogue. C’est ainsi que l’on surmonte la distance initiale, qu’elle s’exprime par une opposition militante ou par une indifférence polie. Même dans les régions où il y a un esprit d’ouverture mutuelle, la communion grandit lorsqu’on est capable de s’intéresser positivement à ce que les autres vivent comme recherche, échec, élan. Cet intérêt n’est pas à sens unique. Parfois nous nous plaignons que “les autres” ne nous accueillent pas ; mais quelle estime leur témoignons-nous nous-mêmes, à eux et à leur action ?

La démarche la plus féconde, c’est le service. Tout change lorsqu’un groupe (du Renouveau ou pas) est moins préoccupé par sa réussite à lui que par la “réussite” de la mission de l’Église et qu’il y coopère pour sa part. C’est d’ailleurs une évolution caractéristique du “paysage pastoral français” : dans beaucoup d’endroits le Renouveau, par les groupes de prière ou les communautés, est engagé directement dans la pastorale paroissiale ou diocésaine. Évidemment, il faut demander à servir selon la grâce et les charismes qu’on a reçus et ne pas se laisser “récupérer” dans des schémas qui ne sont pas les nôtres ; sinon tout le monde y perd ; les “charismatiques” deviennent “asthmatiques” et les communautés chrétiennes s’enferment dans le conformisme au lieu de s’ouvrir à la “communion plurielle”.

Les structures nécessaires

On est passé d’une vision de l’Église pyramidale à une perception de l’Église-Communion. Cette perception est inscrite profondément dans le Concile Vatican Il. Cela ne veut pas dire qu’on renonce à l’unité et au ministère de l’unité. Communion ne veut pas dire chacun pour soi et Dieu pour tous. La Communion ecclésiale n’est pas une vague communion spirituelle entre de multiples églises personnelles réunies par un programme commun, ou un langage de la tribu, ou un leader fascinant. Inversement cette communion ne se réalise pas par un embrigadement, des slogans imposés et des structures contraignantes. Notons au passage que cette double tentation se rencontre à l’intérieur même du Renouveau, où l’on peut rencontrer une dérive groupusculaire (parfois entretenue par un “berger” qui est le Pape chez lui – bien sûr inamovible) comme une dérive autoritaire (renforcée par le besoin maladif de sécurité de notre époque, et aussi par un recours parfois abusif à « ce que le Saint Esprit m’a dit »). La réponse me semble à chercher en direction d’une “collégialité” construite dans l’amitié et tournée vers le service ; c’est en tout cas ce que nous essayons de vivre dans la “Fraternité Pentecôte”.

Une équipe diocésaine

Tout ce que j’ai suggéré plus haut montre la nécessité d’une structure diocésaine du Renouveau. Quelque chose de léger, de mobile, de sympathique. Mais il n’y a pas d’unité réelle sans des “ligaments” qui “unissent étroitement” (Eph 4, 16). Il faut donc une équipe diocésaine, un pluriel qui reflète et encourage la riche diversité des groupes, des dons, des appels. Dans cette équipe il faut un coordonnateur désigné (sinon on se soumet inconsciemment à un leader non reconnu). Sur les modalités de désignation de ces serviteurs diocésains je n’ai rien à dire ; sinon que ce choix relève de l’Esprit Saint et des membres du Renouveau ; il n’a pas à être dicté de l’extérieur ; d’ailleurs dans nos Églises aucune instance hiérarchique n’aurait l’idée de désigner d’autorité un chef scout ou un président d’action catholique ; le principe de subsidiarité doit jouer à plein. Dans la même ligne, la formation d’une équipe régionale et d’une équipe nationale est tout-à-fait logique ; on veille à ce que ces structures ne soient ni trop pesantes, ni trop inexistantes.

Un délégué diocésain

Chez les catholiques, il faut soigneusement distinguer le coordinateur diocésain et le délégué diocésain. Le délégué — tout le monde ne le sait pas — n’est pas un délégué du Renouveau, mais un délégué de l’Evêque au Renouveau. Il ne représente pas le Renouveau auprès de l’Evêque — cela fait partie de la responsabilité du coordonnateur diocésain — mais il représente l’évêque auprès du Renouveau. C’est pourquoi les groupes de prière n’ont pas à le choisir, même s’ils peuvent être consultés. C’est pourquoi également il peut être aussi bien issu du Renouveau que pris en dehors du Renouveau ; dans ce dernier cas, évidemment, on attend de lui un minimum de bienveillance et de communion.

Certains pourraient s’étonner devant une sorte de “double autorité”. Bien au contraire ; nous sommes là en face d’une “structure d’altérité” (excusez ce jargon !) qui est vitale pour l’Église. L’Église-Communion est dialogue, parole échangée. Une communauté qui ne se réfère pas à une Autorité extérieure se condamne au monologue ; ce n’est plus l’Église, c’est une chapelle. Une autorité qui ne dialogue pas avec les fidèles (et avec « ce que l’Esprit dit aux Églises » à travers la vie et l’expérience des fidèles) se condamne au monologue ; ce n’est plus une autorité, c’est un caporalisme.

Des instances œcuméniques

Tout ce qui précède s’inscrit explicitement dans le cadre d’une Église particulière. On ne peut y renoncer, du moins si l’on veille à ce que le Renouveau charismatique ne forme pas une nouvelle Église, c’est-à-dire une division de plus. Au contraire, nous le savons et nous le voyons, les charismatiques sont à la fois enracinés dans leur confession et engagés dans une grâce et dans une aventure commune. Ils sont porteurs d’une espérance qui traverse les Eglises. Ils ne peuvent pas, ils ne peuvent plus se passer les uns des autres.

C’est pourquoi le réseau de relations intra-ecclésial ou vertical que je viens d’évoquer se recoupe avec un réseau inter-ecclésial ou horizontal. A divers échelons, du plus local jusqu’au niveau continental et mondial, des rencontres s’organisent, des liens se tissent, des projets se multiplient. L’organigramme qui en résulte peut être complexe et ces appartenances multiples peuvent être inconfortables. Mais il faut bien voir que c’est la traduction institutionnelle inévitable d’une réalité extraordinaire. « Et on viendra du Levant et du Couchant, du nord et du midi, et on se mettra à table dans le Royaume de Dieu » (Luc 13, 29).


Votre groupe de prière cherche-t-il à tisser des relations et à vivre une communion avec l’Eglise locale et les autres réalités du Renouveau Charismatique du diocèse, de la Province et nationales ou internationales ?

Quels sont nos liens de communion avec la paroisse du lieu où se réunit le groupe ?

La même question peut être posée en ce qui concerne l’équipe diocésaine, le délégué diocésain, ainsi que les différents responsables de l’Eglise.

Quels moyens sont utilisés par votre groupe pour développer ces relations et cette communion ? Les frères et sœurs du groupe sont-ils exhortés à participer à des rencontres, des week-ends, des formations organisées sur le diocèse, la province ou sur le plan national ?

Quels bénéfices le groupe de prière retire-t-il de ces participations ?

Le berger et le noyau du groupe ont-ils le souci d’apporter des informations et des explications sur les différentes instances régionales, nationales et internationales, de faire connaître leurs publications (livres, journaux, articles) (voir suite de la fiche) Qu’en est-il de notre communion avec les groupes d’autres confessions chrétiennes ?

Le Renouveau charismatique catholique en France

ASSEMBLEE GENERALE et INSTANCE DE COMMUNION

(Par Jean Baptiste Bourguignon, alors coordinateur de l’Instance de communion)

L’Assemblée Générale du Renouveau se réunit chaque année en novembre pendant deux jours. Elle rassemble autour des évêques chargés d’accompagner le Renouveau : des représentants des communautés, des membres de Fraternité Pentecôte, des prêtres délégués diocésains et des invités. C’est le seul moment où toutes les “réalités” du Renouveau se retrouvent pour prier, échanger, partager expériences et témoignages, joies et souffrances et écouter ce que le Saint Esprit veut “nous dire”, particulièrement en ce temps des 40 ans d’existence : le temps de la maturité ! Il est bon de voir les fruits de communion fraternelle : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples ». Ainsi ce sont plus de 70 personnes qui se retrouvent ensemble. On peut rappeler que le Renouveau, dans ses deux composantes principales, a toute sa place au sein de l’Apostolat des laïcs.

L’Instance de communion qui est une “émanation” de l’Assemblée Générale comprend quatre membres issus des communautés — petites et grandes — et quatre issus des groupes de prière via Fraternité Pentecôte ; ils sont tous élus par l’Assemblée générale. S’y ajoutent deux délégués diocésains (issus de leur Bureau où ils ont été élus et se réunissant régulièrement pour échanger). L’Instance se réunit trois fois par an autour de l’évêque accompagnateur, de son adjoint, ainsi que d’un théologien et d’un secrétaire de l’Épiscopat. C’est un lieu de réflexion, soucieux de la communion au sein du Renouveau, avec l’Eglise de France et en lien avec les instances similaires dans le monde.

Les délégués diocésains au Renouveau Charismatique représentent l’évêque auprès des différentes composantes du Renouveau charismatique. Chaque année, début mai, ils se retrouvent à Paris pour une session de 36 heures de travail, de réflexion, de partage et de prière.

Fraternité Pentecôte

Instance de communion des groupes de prière

du Renouveau charismatique catholique en France.

(Par Pierre Chieux, alors coordinateur national de Fraternité Pentecôte)

Histoire

Fraternité Pentecôte est née en 1988 à la suite du rassemblement des groupes de prière, au Bourget. Le groupe de préparation, constitué de représentants des différentes régions de France, a entendu l’appel à ne pas se disperser et à poursuivre ce service de communion des groupes de prière non rattachés aux communautés du Renouveau et dont certains sont œcuméniques.

Ainsi est née Fraternité Pentecôte. Depuis, elle s’est employée à servir la communion, à proposer des sessions de formations théologiques ou de bergers-noyaux, à permettre des publications diverses comme Pentecôte Aujourd’hui, des dossiers de formation, affiches, plaquettes d’information.

Fraternité Pentecôte est membre de l’Instance de Communion du Renouveau en France, et de l’Assemblée générale du Renouveau, où elle représente les groupes de prière. Les membres de la Fraternité Pentecôte sont élus (ou cooptés) par les coordinateurs diocésains des diverses provinces. Elle a en son sein un prêtre qui l’accompagne.

Appel

La Fraternité n’est pas une instance de gouvernement, le Renouveau étant un courant de l’Esprit et non un mouvement, mais elle cherche à informer, servir, coordonner et répondre aux demandes exprimées par les responsables des groupes de prière. Elle a le souci constant de la communion fraternelle entre responsables de groupes et en particulier celui de développer de véritables fraternités de responsables, vivant des temps de Cénacle pour se rendre disponibles à l’évangélisation. Elle aide à organiser à tous niveaux (paroissial, diocésain, régional, national) des rencontres, parcours, week-ends, sessions de formation, rassemblements, y compris pour un public ouvert, et à dimension d’évangélisation. Elle a le souci d’articuler les temps forts avec le travail dans la durée et l’accueil vécus à la base dans les groupes.

Pour préciser son appel au sein de l’Église, elle a prié et travaillé sur un texte qui souligne trois points :

Pentecôte : l’expérience de Pentecôte sans le feu de laquelle nous ne pouvons rien faire est pour nous fondatrice… Nous nous engageons, en toutes nos rencontres de fraternité et en tous nos services, à mettre le Seigneur et l’accueil du don de son Esprit à la première place, et à sans cesse chercher comment nous pouvons nous y disposer au mieux.

Service : notre service, vécu en Fraternité, s’incarne de façon particulièrement reconnue auprès des groupes de prière du Renouveau catholique non rattachés à des communautés et souvent paroissiaux. Nous sommes bien au service d’une grâce qui nous dépasse et qui, s’incarnant en des lieux et groupes précis, a portée universelle.

Fraternité : notre fraternité ne peut être fondée dans la chair, mais seulement par l’Esprit, en Christ, dans le Père. Elle ne peut d’elle-même se délimiter, se clore. Elle est appelée sans cesse à se recevoir du Seigneur et à ouvrir ses bras à ceux qui entendent l’appel à se mettre au service de la grâce de Pentecôte, en particulier les jeunes.

La Fraternité Pentecôte adhère pleinement à son niveau national, aux statuts accordés par le Conseil pontifical pour le laïcat, aux services internationaux pour le Renouveau charismatique, CHARIS dont vous trouverez toutes les explications sur ce site. (tapez CHARIS dans la barre « recherche » juste en dessous de « je participe à » mais aussi, pour en savoir davantage, Fraternité Pentecôte)

____________________________________

1 La vie du groupe de prière : la communion.                               Fiche n°4

La dimension œcuménique

(Par Kurt MAEDER, Pasteur de l’Eglise luthérienne)

Dès son commencement le Renouveau charismatique a touché toutes les Églises : c’est une grâce œcuménique, œuvre de l’Esprit. Cette grâce invite chaque tradition à s’ouvrir aux autres Églises et à leur richesse propre. Aujourd’hui ce désir est à raviver en commençant comme nous y invite ce texte du Cardinal Walter Kasper – alors Président du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens — à vivre partout où nous sommes un œcuménisme spirituel. Texte extrait de son ouvrage « Manuel d’œcuménisme spirituel, Ed. Nouvelle Cité, p. 1 »

Prier pour l’unité

Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l’unité des chrétiens, doivent être regardées comme l’âme de tout l’œcuménisme et appelées à bon droit œcuménisme spirituel. (Concile Vatican II, Décret sur l’œcuménisme UR, 8).

4) Le soir de sa passion et de sa mort, Jésus a prié pour « que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). Il est significatif que Jésus n’ait pas choisi d’exprimer son désir de l’unité en premier lieu dans un enseignement ou un commandement adressé à ses disciples, mais dans une prière à son Père. L’unité est un don d’en haut, qui nous vient de la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit Saint et qui grandit en elle. La prière chrétienne pour l’unité est une humble mais confiante participation à la prière de Jésus, qui a promis que toute prière adressée au Père en son nom serait exaucée. (Jn 15, 7.)

5) La prière pour l’unité est la porte royale de l’œcuménisme : elle conduit les chrétiens à regarder le Royaume de Dieu et l’unité de l’Église sous un jour nouveau ; elle approfondit leurs liens de communion et leur permet d’affronter courageusement les souvenirs douloureux, les difficultés sociales et les faiblesses humaines. À chaque période de l’histoire, les artisans principaux de la réconciliation et de l’unité ont été des hommes et des femmes de prière et de contemplation, qui ont encouragé des chrétiens divisés à reprendre le chemin de l’unité.

6) L’œcuménisme spirituel exige également une « conversion du cœur et une sainteté de vie », qui naissent de l’appel de Jésus à la conversion. (Mc 1, 14-15). Le chemin de la réconciliation et de la communion s’ouvre lorsque les chrétiens ressentent douloureusement dans leur cœur, dans leur esprit et dans leurs prières, les blessures de la division. Cette expérience leur fait prendre conscience de tout le mal causé par l’orgueil et l’égoïsme, par les polémiques et les condamnations, par le mépris et le soupçon. Elle suscite également en eux la volonté d’entreprendre un sérieux examen de conscience, en reconnaissant leurs fautes et en faisant confiance à la puissance réconciliatrice de l’Évangile. Ce n’est que dans la conversion et le renouvellement des esprits que les liens blessés de la communion pourront être guéris.

7) Enfin, l’œcuménisme spirituel est appelé « l’âme de tout l’œcuménisme ». Selon le Concile Vatican II, le mouvement œcuménique est né « sous le souffle de la grâce de l’Esprit Saint ». C’est un processus spirituel, accompli en humble obéissance au Père, conformément à la volonté du Christ, sous la conduite de l’Esprit Saint. Le travail œcuménique trouve donc ses racines dans les fondements de la spiritualité chrétienne. [… ]

Croître en communion

Ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église catholique. Assurément, des divergences variées entre eux et l’Église catholique sur des questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de l’Église, constituent nombre d’obstacles, parfois fort graves, à la pleine communion ecclésiale. Le mouvement œcuménique tend à les surmonter.

8) Les chrétiens peuvent dire avec joie et gratitude que « ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise ». Tous les chrétiens professent la foi en Dieu le Père tout-puissant, en Jésus Christ, Fils de Dieu et Sauveur, en l’Esprit Saint, le Défenseur, Celui qui donne la vie et la sainteté. Par le sacrement du baptême, ils sont nés de nouveau et unis au Christ. Ils honorent l’Écriture sainte comme Parole de Dieu et comme norme pour leur foi et leur vie. Ils prient ensemble et recourent à de nombreuses autres sources communes de la vie spirituelle. Beaucoup de chrétiens possèdent l’épiscopat, célèbrent l’eucharistie et ont une vraie dévotion à la Vierge Marie, Mère de Dieu. La puissance sanctifiante de l’Esprit Saint agit parmi eux tous et les affermit dans la sainteté.

C’est l’Esprit Saint qui a donné aux chrétiens de nombreuses traditions le courage d’affronter les persécutions, parfois même jusqu’au martyre. Ces éléments de communion, « provenant du Christ et conduisant à lui, appartiennent de droit à l’unique Église du Christ ».

9) Bien que n’étant pas en pleine communion avec l’Église catholique, d’autres Églises et Communautés ecclésiales gardent en réalité une certaine communion avec elle à divers degrés. Cette ecclésiologie de communion est le contexte dans lequel comprendre et favoriser l’œcuménisme, qui vise « à faire progresser la communion partielle existant entre les chrétiens, pour arriver à la pleine communion dans la vérité et la charité ».

10) Certains éléments du mystère chrétien ont parfois été mieux mis en valeur par d’autres Églises et Communautés ecclésiales. L’Esprit Saint leur a fait don de manières particulières de lire et de méditer l’Écriture sainte, d’autres formes de célébration liturgique et de dévotion personnelle, d’expressions variées de témoignage chrétien et de sainteté de vie. Tous ces trésors, en Orient et en Occident, au Nord comme au Sud, peuvent à bon droit être considérés comme dons de l’Esprit Saint à l’unique Église du Christ : « Tout ce qui est accompli par la grâce de l’Esprit Saint dans nos frères séparés peut contribuer à notre édification ».

« Sur la route œcuménique de l’unité, la priorité revient certainement à la prière commune, à l’union orante de ceux qui se rassemblent autour du Christ lui-même. Si, malgré leurs divisions, les chrétiens savent toujours plus s’unir dans une prière commune autour du Christ, alors se développera leur conscience des limites de ce qui les divise en comparaison de ce qui les unit. S’ils se rencontrent toujours plus souvent et plus assidûment devant le Christ dans la prière, ils pourront prendre courage pour faire face à toute la douloureuse et humaine réalité des divisions, et ils se retrouveront ensemble dans la communauté de l’Eglise que le

Christ forme sans cesse dans l’Esprit Saint, malgré toutes les faiblesses et malgré les limites humaines. »

(Jean-Paul II, Encyclique “Ut unum sint”, 25 mai 1995, Partie I, § 22, la priorité de la prière)

Kurt Maeder : Quatre convictions pour vivre l’œcuménisme :

Puisque ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise, nous sommes encouragés par le Seigneur à changer de regard envers l’autre ! Cette attitude d’unité spirituelle positive nous pousse à oser quatre démarches essentielles :

Toujours rester enracinés dans notre église confessionnelle. Demander de l’amour pour elle. Nous y engager concrètement !

Oser sortir de nos murs, de nos habitudes, pour découvrir chez les frères et sœurs d’autres confessions chrétiennes ce qui les anime. Quels sont les dons qu’ils ont reçus et pratiquent ? Toute la plénitude est dans le corps du Christ et non pas dans mon Eglise seulement !

En toute humilité, demander aux autres (ceux qui vivent la même foi autrement que moi) de partager avec moi ce que je n’ai pas reçu dans mon Église, de prier pour moi, de m’enrichir de leurs dons afin que la gloire de Dieu soit manifestée dans l’unité du corps du Christ.

Accepter que des frères et sœurs d’autres confessions chrétiennes puissent à certains moments vivre des valeurs de leur foi que je ne peux faire miennes. A eux d’avoir la sagesse de vivre ces moments avec modération pour ne pas blesser ou contrarier ceux qui ne peuvent adhérer à ces valeurs.

Il y a de la joie dans le ciel et de riches bénédictions sur terre chaque fois que les chrétiens prennent le risque de cette dynamique unitaire !

 

Est-ce que dans la fidélité à la prière de Jésus (Jn 17) notre groupe prie régulièrement pour l’unité des chrétiens ?

  • Est-ce que nous avons à cœur de connaître les autres Eglises présentes sur le diocèse ou la région pour éviter les idées fausses, le soupçon, l’ignorance, pour obéir à l’Esprit qui est Esprit d’unité ?

  • Savons-nous partager cette grâce d’unité avec toutes les paroisses et partager ce souci de réveil de toutes les Eglises ?

  • Quelle place dans notre prière à l’attente de la venue en gloire de Jésus ? Car c’est ensemble que nous attendons le Christ.

 

Ainsi un groupe de catholiques vit-il l’œcuménisme s’il prie pour l’unité. S’il accueille des membres d’autres Eglises, il vivra la prière avec le désir que tous puissent dire “Amen” et que la prière soit recevable par tous dans un esprit de respect, d’accueil, de partage. Si les décisions sont prises ensemble, que chacun puisse percevoir les questions des autres, les accueillir : tout ce que nous pouvons faire ensemble, faisons-le mais ne faisons pas ensemble quelque chose qui nous sépare…

ŒCUMENISME ET RENOUVEAU : UNE EXPERIENCE.

(Par Pierre Lemaire, Membre de l’Olivier à Toulouse)

Histoire

Depuis ses origines, l’Olivier, communion de groupes de prières à Toulouse a participé à l’élaboration et l’animation d’une assemblée de prière charismatique œcuménique, chaque année, dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. En 2000, l’appel du Seigneur était clair : ne pas se contenter d’une rencontre annuelle. Nos oreilles ont mis deux ans à entendre cette parole ! En 2002, à quelques-uns, nous avons mis en place un “petit groupe” de prière, de rencontre et de partage ; groupe informel, à périodicité variable … composé de réformés, d’évangélistes, d’anglicans, de catholiques. Certes nous avons proposé d’autres rencontres que celles de janvier, mais surtout nous avons cheminé ensemble, en cherchant à accueillir chacun comme son ami.

Conviction

Nous avons approfondi ce qui nous rassemble ; et c’est au pied de la croix que la Parole de Dieu nous a conduits. « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » (Jean 19, 37). Voilà ce que réellement nous avons en commun : la contemplation du Fils dans son acte

suprême d’amour.

Mais nous avons été conduits aussi à une relecture des évènements qui ont déchiré Toulouse en mai 1562, en particulier en ce 17 mai, soir de la Pentecôte, où des chrétiens, pris dans la tourmente des divisions religieuses, se sont lâchement assassinés mutuellement. Notre “petit groupe” aurait-il la mission d’intercéder pour que la bénédiction du Seigneur guérisse la blessure de cette mortelle division ?

Chemin

A Villefranche-sur-Saône, lors du rassemblement national organisé par la Fraternité Pentecôte, je me suis engagé personnellement à avancer sur ce chemin de l’œcuménisme. Avec la mise en place du “petit groupe”, je me suis trouvé à prendre les initiatives nécessaires pour convoquer chacun, pour animer les rencontres, pour faire les comptes-rendus, et pour relancer chacun quand il y avait essoufflement. J’ai participé à des cultes dans les Églises des membres du “petit groupe” : quel accueil chaleureux chaque fois ! Il a fallu découvrir et accueillir les positions “ecclésiales” si diverses de chacun et parfois incompatibles !

Quant à la participation régulière aux rencontres, ce fut pour quelques-uns “mission impossible” ! Certes ces personnes soutenaient la démarche, mais de loin ! Chaque mois de juin fut terrible : on arrête tout, disait-on ! Mais la relation était devenue amitié forte et vraie : pas question donc d’abandonner. Car la soif de l’unité est bien réelle, et elle prend corps dans des histoires personnelles où la vie spirituelle est riche et féconde. Ma fidélité au Christ passe maintenant par ce chemin de fidélité à ces frères que l’histoire des hommes dans l’Eglise a éloignés.

Ce “petit groupe” est bien différent du Comité interconfessionnel auquel je participe depuis trois ans et qui rassemble les délégués des Eglises du diocèse, d’une manière officielle, avec des activités publiques. C’est un autre terrain pour l’unité.

Demain

Nous sommes quelques-uns à croire qu’il nous faut persévérer dans ce “petit groupe”. Nous espérons que nos responsables d’Eglises, sous le souffle de l’Esprit, vont trouver et prendre les chemins de l’unité dont les hommes ont tant besoin. Mais si chacun d’entre nous, simple membre du peuple de Dieu, nous n’accueillons pas l’autre comme un ami indispensable et si nous ne prenons pas le temps de reconnaître les trésors de grâce déposés en lui par le Seigneur, alors ces efforts d’unité seront vains.

« De quoi discutiez vous en chemin ? » Puissions-nous de plus en plus répondre à Jésus : « Celui que tu as choisi, et qui est dans une autre Eglise que la mienne, est un merveilleux cadeau que tu me fais ; sois béni Seigneur ! »

Prions

En septembre 1998, eut lieu au stade Charlety à Paris un rassemblement œcuménique d’une journée au cours de laquelle des chrétiens de différentes confessions échangèrent leur Bible personnelle. Et fut prononcée cette très belle prière de bénédiction et d’action de grâce. Elle fut précédée de la lecture d’un passage du livre des nombres (6, 22-27) et se termina par le Shema Israël :” Ecoute Israël”. Entre chaque action de grâce, était chanté le chant : “Je prie pour ton bonheur”.

Le Seigneur dit à Moïse : « Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse rayonner sur toi son visage et t’accorde sa grâce ! Que le Seigneur porte sur toi son regard et te donne sa paix !” Ils apposeront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai ».

Action de Grâce, pour chaque Église, pour un don que l’Esprit lui donne en vue du bien commun

Pour l’amour de la maison de l’Éternel, je prie pour le bonheur de mes frères et sœurs évangéliques. baptistes et pentecôtistes. Béni sois-tu, Père, pour leur zèle à propager l’Évangile de la paix, et leur audace, dans la puissance des charismes, à inviter les hommes à la conversion. Bénis-les, garde-les, conduis-les à approfondir leurs chemins.

Pour l’amour de la maison de l’Éternel, je prie pour le bonheur de mes frères et sœurs réformés et luthériens. Béni sois-tu, Père, pour leur amour de ta Parole, pour les pasteurs qu’à l’exemple du maître de maison de l’évangile, ne cessent de tirer du trésor de ta Parole de l’ancien et du nouveau. Merci pour ton Esprit Saint qui ouvre à l’intelligence des Écritures. Bénis-les, garde-les, conduisles à approfondir leurs chemins.

Pour l’amour de la maison de l’Éternel, je prie pour le bonheur de mes frères et sœurs orthodoxes répandus à travers le monde. Béni sois-tu, Père, pour leur fidélité à célébrer la Sainte Liturgie dans la puissance de ton Esprit Saint, à y puiser les dons de force pour témoigner de la résurrection de ton Fils au cœur de toutes les épreuves. Merci de leur courage tout au long des siècles pour garder et transmettre la prière du cœur. Bénis-les, garde-les, conduis-les à approfondir leurs chemins.

Pour l’amour de la maison de l’Éternel, je prie pour le bonheur de mes frères et sœurs anglicans. Béni sois-tu, Père, pour la grâce de l’Esprit Saint répandue en leur cœur, qui leur donne de bâtir inlassablement des ponts avec les autres communautés chrétiennes et de tisser les liens de communion dans la société. Bénis-les, garde-les, conduis-les à approfondir leurs chemins.

Pour l’amour de la maison de l’Éternel, je prie pour le bonheur de mes frères et sœurs catholiques. Béni sois-tu, Père, pour leur foi en la puissance de l’Esprit Saint dans les sacrements et pour leurs ministres qui célèbrent chaque jour l’Eucharistie ; merci pour la prière d’adoration. Bénis-les, garde-les, conduis-les à approfondir leurs chemins.

Ensemble bénissons Dieu pour le peuple de la promesse, le peuple juif : « Sh’ma Israël, Adonaï elokenu, Adonaï ehad » (4 fois)

« Écoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est un. »

Toi qui es la charité parfaite (Abbé Paul Couturier)

« Seigneur Jésus, à la veille de mourir pour nous, tu as prié pour que tous tes disciples soient parfaitement un, comme toi en ton Père et ton Père en toi.

Fais-nous donc ressentir jusqu’à la douleur l’infidélité de notre désunion.

Donne-nous la loyauté de reconnaître et le courage de rejeter ce qui se cache en nous d’indifférence, de méfiance, et même d’hostilité mutuelles.

Accorde-nous de nous rencontrer tous en toi, afin que monte incessamment, de nos âmes et de nos lèvres, ta prière pour l’unité des chrétiens, telle que tu la veux, par les moyens que tu veux.

En toi, qui es la charité parfaite, Fais-nous trouver la voie qui conduit à l’unité dans l’obéissance à ton amour et à ta vérité. »

(L’abbé Paul Couturier, Lyonnais, (1881 – 1953) fut un témoin et un précurseur d’un authentique œcuménisme spirituel. Il donna un souffle nouveau à la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et fonda le groupe des Dombes)

Vivre la communion

(Par le Frère Jean-Baptiste Fady, de la communauté de la Croix glorieuse)

dans le groupe de prière

Reprendre dans l’article du père Eon les caractéristiques d’une communion d’après Pentecôte : communion de pauvres, communion qui rayonne. Ces caractéristiques se retrouvent-elles dans la vie de notre groupe ?

Que nous suggère l’expérience de l’Olivier de Toulouse ? Dans quels aspects nous reconnaissons-nous ?

Sommes-nous bien d’accord sur la finalité du groupe de prière ? Si certains désirent un groupe charismatique et d’autres pas, cela entravera lourdement la communion dans le groupe.

L’importance du nom : notre groupe a-t-il un nom ?

— Si non, ne serait-il pas temps de le recevoir ? Cela ne se fait pas à la légère, mais demande du temps, des échanges et de la prière bien entendu. Donner un nom à un groupe permet de reconnaître la grâce fondamentale qui lui est propre.

— Si oui, le nom aide-t-il le groupe et ses membres à vivre la grâce qui lui est associée ?

  • avec les autres groupes

Quelles relations notre groupe et ses membres ont-ils avec les autres groupes de prière des environs ?

Le vécu de soirées de louange, d’intercession, de temps d’évangélisation, l’organisation de rencontres d’une journée ou d’un week-end, etc. sont autant d’occasion de tisser des liens de communion entre nos groupes de prière.Certains secteurs organisent aussi des rencontres régulières — tous les 2 mois par exemple — entre les responsables des groupes.

Il arrive aussi que dans un même secteur, plusieurs petits groupes “vivotent”. Ne serait-il pas profitable pour chacun de se regrouper et de mettre ainsi les différents dons, charismes et moyens en commun, au service de tous.

Extraits du livre de Christian de Chergé “L’invincible espérance”

Il n’y a rien de tel que la vie commune, la vie en société, la vie en famille, pour découvrir parfois où le meurtre peut se loger. Ici la langue française vient à notre aide ; on dit bien qu’il y a des paroles blessantes, qu’il y a des petites phrases assassines, des silences lourds de menaces, des regards foudroyants, des yeux comme des revolvers, des gestes fratricides… et puis on piétine, on tranche, on coupe, on élimine… Il y a tant de façons de blesser, et parfois mortellement.

Est-ce que nous prions assez, tous azimuts, sans frontières, pour les uns et pour les autres ? Saint Paul nous dit bien dans l’épître aux Romains : « aux jours d’épreuve, tenez bon, priez avec persévérance ». Nous ne pouvons tenir là que si nous prions. Et prier, notamment, en confessant ce qu’il y a en nous de violence, de parti pris, de rejet. (p. 313)

Dans nos relations quotidiennes, prenons ouvertement le parti de l’amour, du pardon, de la communion, contre la haine, la vengeance, la violence (p. 314)

Résumons : ne pas tuer.

Ne pas se tuer soi-même : se demander, peut-être aujourd’hui, est-ce que je m’aime assez ? Est-ce que je ne me détruis pas ?

Ne pas tuer le temps : est-ce que je respecte assez les délais de Dieu ?

Ne pas tuer la confiance : on a si vite dit : je ne lui fais pas confiance ; or celui qui n’a plus la confiance de quelqu’un meurt.

Ne pas tuer la mort : c’est- à-dire ne pas la banaliser ; la mort est toujours la mort de quelqu’un. Et ne pas l’évacuer, même pas sa propre mort ; ma propre mort qui fait partie de ma vie… . .

Ne pas tuer l’Église, notre Église : çà peut se faire par des petites phrases assassines (p. 316).

________________________________________________________________________________________________________

La vie du groupe de prière : la communion.                              Fiche n°5

Les conflits dans le groupe : retrouver la communion

Cette fiche apporte des éléments de réflexion sur les situations de conflits que nous rencontrons tous un jour ou l’autre.

A partir d’un ouvrage de J et E Whitehead, l’article ci-dessous vous propose d’examiner les diverses facettes d’une situation de conflit.

I – La confrontation, un art de la communication

La confrontation contribue de façon décisive à la communauté. Pour la plupart d’entre nous, le mot “confrontation” implique celui de conflit. Mais nous utilisons ici le mot avec un sens qui dépasse cette connotation étroite et, très souvent, négative. L’aptitude à la confrontation inclut la force psychologique de donner (et de recevoir) une information de manière à entraîner le désir d’un approfondissement plutôt qu’une attitude défensive. Dire “je vous aime”, c’est partager une information affectivement significative. Et le fait d’apprendre que quelqu’un nous aime peut nous placer en situation de confrontation. De façon similaire, faire un compliment, c’est partager affectivement une information significative. Et certains se défendent contre les compliments aussi énergiquement que d’autres le font contre des reproches ! Mais le plus souvent, la confrontation gênante se produit devant une information négative.

Décrire ou juger ?

Quand nous avons acquis l’art de la confrontation, cette communication pénible nous conduit à examiner la difficulté plutôt qu’à nous défendre nous-mêmes les uns contre les autres. Notre capacité a une confrontation réelle est effectivement augmentée quand nous pouvons parler en décrivant plutôt qu’en portant des jugements. Dire à un collaborateur que nous avons manqué une rencontre importante parce qu’il avait pris la voiture de l’équipe et l’avait ramenée trop tard, c’est décrire. Mais dire qu’il est égoïste ou léger, c’est juger. Si les deux messages sont durs à entendre pour notre collègue, l’un a plus de chance que l’autre de provoquer une dispute. Le jugement n’est pas inopportun dans une confrontation, mais un jugement prématuré court-circuite le processus d’exploration et de compréhension mutuelle. Peut-être en effet des circonstances imprévues ont-elles été cause de son retard. Peut-être est-il sincèrement désolé d’avoir causé cet ennui et a-t-il l’intention de le réparer. Une attaque sur son égoïsme ne laisse pas de place à une réponse positive de sa part. Au contraire, il va se défendre contre notre accusation, peut-être en évoquant des exemples de notre propre égoïsme ou peut-être en quittant complètement la scène. En aucun de ces cas, la communication n’a progressé entre nous.

D’autres comportements rendent notre confrontation plus efficace et lui donnent plus de chance d’accroître la communication entre nous. Ils comportent la capacité d’accepter les sentiments de colère en nous-mêmes et chez les autres, et la capacité de manifester du respect même quand nous ne sommes pas d’accord. Ces capacités deviennent particulièrement importantes lorsqu’il s’agit de traiter un conflit dans le cadre d’une communauté.

II – Communauté et conflit

Le conflit est un aspect de la communauté chrétienne à propos duquel le langage ordinaire peut induire en erreur. Dans nos cérémonies et nos sermons, nous mettons l’accent sur des images d’unité, de paix et de joie. Ces images d’une vie chrétienne partagée sont importantes et vraies, mais partiales. Quand, comme communauté croyante, nous refusons de parler d’expériences plus ambiguës de colère, de frustration ou de malentendus, nous négligeons de dire la vérité sur notre vie commune.

Elément normal et prévisible, le conflit crée une dynamique

Le conflit et l’hostilité ne sont certes pas les buts d’une communauté. Mais ils n’indiquent pas non plus automatiquement qu’une paroisse ou une équipe pastorale ou une communauté religieuse sont sérieusement troublées. Élément normal et prévisible d’une relation (que ce soit une relation entre amis, dans une équipe ou en famille), le conflit rapproche les gens et les engage dans leurs valeurs et exigences significatives. Lorsque l’on se rencontre régulièrement, et spécialement quand l’enjeu est important, l’on peut s’attendre à ce que des divergences et des désaccords apparaissent et qu’une dispute puisse surgir. Le défi pour la communauté n’est pas simplement de supprimer ces signes de conflit ou, ce qui est pire, de refuser de les reconnaître quand ils apparaissent. On peut plutôt tenter d’apprendre les manières d’identifier ces lieux de conflit potentiel pour nous et de traiter ces problèmes et ces émotions de façon à fortifier plutôt qu’à détruire les liens mutuels.

Ainsi le conflit est-il une dynamique normale dans les relations

Nous pouvons nous attendre à le trouver dans les communautés parce que ces groupes se caractérisent par la diversité tout autant que par l’unité. La diversité peut quelquefois conduire à expérimenter la discordance. Et ordinairement, le conflit apparaît en réaction à la discordance. Celle-ci peut concerner l’interprétation (nous donnons tous une signification différente au même événement), elle peut aussi concerner les prévisions (les choses ne tournent pas comme nous l’attendions, les autres n’agissent pas comme nous pensions qu’ils agiraient), ou les besoins (ayant différents points de départ, nous cherchons différents aboutissements).

La présence du conflit entre nous peut donc être une invitation à explorer le désaccord et nous apprendre ainsi beaucoup sur nousmêmes et sur les autres. Si nous pouvons découvrir le noyau du conflit, nous sommes en meilleure position pour nous laisser instruire par lui et pour lui trouver une solution. Mais cette occasion de s’instruire et de trouver une solution se perd si nous ne sommes pas capables d’examiner Ie conflit et si, au lieu de cela, nous adoptons une attitude d’autodéfense ou de reproches.

Le conflit, plus souvent un signe de santé dans un groupe qu’un symptôme de maladie

La présence d’un conflit indique que l’on touche quelque chose qui parait assez important pour engendrer les troubles et les tensions que l’on éprouve. Il indique aussi que la relation entre les personnes a une certaine force. Or nous pouvons mobiliser cette énergie. Il n’est pas nécessaire qu’elle travaille contre nous ! Les groupes qui n’ont aucun combat important à mener risquent plus de mourir que les groupes où il se produit quelque dissension. L’indifférence est un plus grand ennemi de la communication que le conflit.

Le conflit, une étape vers la résolution d’une tension

Nous pouvons donc reconnaître dans le conflit une étape vers la résolution d’une tension, une impulsion dont le but est la réconciliation. Mais la puissance du conflit est ambiguë : il peut mener non à une résolution mais à une hostilité accrue, et finalement, à la désintégration du groupe. Beaucoup d’entre nous connaissent et redoutent ces douloureux aboutissements. Le climat du conflit se dégrade. Nous nous sentons irrités ou blessés. Les autres se sentent rejetés ou pleins de ressentiment. Audelà de ces émotions négatives, le conflit conduit à une détérioration des relations. Parfois la rupture se produit immédiatement. Parfois on essaie de continuer ensemble, mais un fardeau d’amertume accumulée brise finalement les liens entre les membres du groupe. Le souvenir de telles désolations provoque l’inquiétude devant les inévitables conflits auxquels il faut s’attendre dans nos communautés.

Mais cette zone sombre n’est pas le tableau tout entier. Les groupes qui ne prévoient pas le conflit, qui ne comprennent pas sa contribution potentielle, risquent plus que d’autres d’en éprouver les effets négatifs. Ceux qui apprennent à l’affronter, qui développent des stratégies précises pour reconnaître et résoudre les désaccords, ont plus de chance d’en récolter les bienfaits.

III – Affronter le conflit

Affronter ensemble un conflit, en amitié, est une expérience qui donne une plus grande confiance. Une relation a été mise à l’épreuve et a survécu. Tout en restant une dynamique ambiguë, le conflit peut aussi avoir cet effet positif dans la vie d’une communauté. Cependant, si son apparition n’indique pas nécessairement une perturbation de la relation, il n’aboutit pas non plus automatiquement à une conscience nouvelle et à un engagement plus profond. L’issue positive ou négative dépend pour une large part des réactions qu’il suscite.

Pour traiter avec cette puissance ambiguë, il convient d’abord d’examiner si cette force peut être autre que purement négative. Cela demande d’être persuadé que l’on peut continuer à travailler ensemble, malgré la difficulté, et qu’il vaut la peine de supporter le trouble et l’inconfort liés a cette situation. II faut ensuite développer les ressources d’une maturité personnelle qui rende capable de faire face à une émotion forte, de s’examiner soi-même d’une nouvelle manière et de changer. Enfin il s’agit de trouver des manières de faire adaptées qui aident à traiter les uns avec les autres, même dans la fièvre d’un désaccord.

IV – Résoudre un conflit

Reconnaître les faits

C’est par la vigilance, la reconnaissance des faits et l’orientation vers l’avenir que la force ambiguë d’un conflit se met au service d’un groupe. Pour mobiliser cette énergie, nous devons attendre qu’il se produise et que sa présence soit positive. L’espoir de pouvoir le gérer alors aide à garder une approche positive.

Nous pouvons aussi apprendre à reconnaître nos propres conceptions du conflit, les problèmes ou circonstances ou échanges qui le font surgir, les réactions (dérobade, reproche, contrôle) que notre groupe a tendance à lui apporter. Nous pouvons enfin nous mettre d’accord sur des manières plus efficaces de traiter les divergences et les oppositions, en nous considérant nous-mêmes et considérant les autres comme tenus d’utiliser ces stratégies pour gérer le conflit quand il surgira. Les moyens pour cela sont variés, depuis les techniques de base de la communication jusqu’à des formes plus élaborées de résolution de problèmes et de négociation.

Accepter le conflit

Pour que les communautés s’épanouissent au-delà de la période initiale d’enthousiasme, il leur est donc indispensable de développer le sens de la normalité ou du moins du caractère inévitable du conflit, et une compréhension commune de la manière de le traiter. De telles méthodes font mieux qu’anticiper les problèmes. Elles peuvent servir de canaux à travers lesquels la riche diversité qui le constitue vient à la conscience du groupe et se met à son service.

Clarifier, négocier, imaginer et célébrer

Bien entendu, le conflit ne saurait être la seule ou la principale dynamique d’un groupe. Ceux d’entre nous qui participent à des communautés, spécialement ceux qui sont au service de communautés, doivent développer une pratique efficace en eux et chez les autres. II faut acquérir un art, celui de donner une information ouverte sur nous-mêmes, sur nos besoins et nos attentes, sur nos propres images et conceptions de la communauté. Pour intégrer effectivement la diversité dans nos groupes, il faut aussi développer l’art de la négociation et de la recherche de solutions. Être capables de rêver, au-delà des désaccords qui nous séparent, à une solution nouvelle qui puisse nous rassembler, cela exige savoir-faire et imagination. Pouvoir célébrer à la fois en notre diversité et en notre unité est également nécessaire. Ces divers moyens : clarification, négociation, imagination et célébration, ne sont évidemment pas tout ce qui est requis pour bâtir une communauté de foi. Mais sans ces “outils”, trop souvent négliges, la tache devient trop lourde.

 

1) Les conflits sont inévitables dans une communauté ou un groupe de prière. Quelle est notre attitude face à des conflits : refuser de les voir, les étouffer ou bien les assumer ?

2) En considérant un exemple de conflit ou de confrontation qui a apporté des fruits positifs, à votre communauté :

    • quelles ont été les attitudes, les paroles des protagonistes qui ont provoqué ce conflit ?

    • par quels moyens a-t-il été géré ?

    • quelle dynamique nouvelle a-t-il apporté dans les relations au sein de la communauté ?33)

    • quels fruits spirituels a-t-il fait grandir ?

    • quelle a été la place de la prière et de la célébration dans ce conflit

3) En prenant l’exemple d’un conflit qui a provoqué des divisions, des ruptures ou des relations détériorées dans votre communauté :

    • quels sont les comportements et les jugements qui ont occasionné ce conflit et l’ont envenimé ?

    • quelles sont les raisons des échecs dans la gestion du conflit ?

    • quelles ont été les conséquences de ce conflit ? Auraient-elles pu être évitées ? Comment ?

4) En cas de conflit, pensons-nous à faire appel à une aide extérieure : délégué diocésain, coordination diocésaine, anciens, personnalité extérieure…

5) Comment sont répartis les pouvoirs dans le groupe ? Sont-ils tous concentrés dans les mains du responsable ? Est-il possible de faire d’autres   propositions, d’attirer l’attention sur des dysfonctionnements ? Quels sont les échanges, les soutiens mutuels entre les membres ?

 

Pour vivre ensemble n’oublions pas que l’humour est l’envers de l’amour

(Madeleine Delbrel, mystique pour notre temps nous a laissé à travers son personnage d’Alcide quelques maximes …)

Rentre tes angles… tu te cogneras moins

N’appelle pas chez le voisin susceptibilité ce que tu appelles chez toi sensibilité N’essaie pas de te taire mais écoute

Si on te compte pour du beurre, n’oublie pas que sans beurre la cuisine brûle

Passe dans la peau des autres, ne les mets pas de force dans la tienne

Briller n’est pas éclairer

Si ta voix est un clairon, ton frère haïra la musique

Si tu veux devenir petit, ne méprise pas la grandeur des autres

Si tu découvres que tu es petit, n’en conclus pas que tu es une perle

Pense que tu as raison, ne le crois pas

Si tu aimes le désert, n’oublie pas que Dieu lui préfère les hommes

Pour qui cherche Dieu comme Moïse, un escalier peut tenir lieu de Sinaï Mon Dieu, si vous êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ?

N’oublie pas que vivre avec toi peut suffire aux autres pour gagner le ciel

Ton frère est brutal mais, toi, tu es sûrement fragile

Se désarmer (Olivier Clément, Dialogues avec le patriarche Athénagoras)

Mais je fais la guerre à moi-même pour me désarmer… Il faut mener la guerre la plus dure, qui est la guerre contre soimême. Il faut arriver à se désarmer.

J’ai mené cette guerre. Pendant des années et des années. Elle a été terrible. Mais maintenant, je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car « l’amour chasse la peur ».

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage ; je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, je les accepte sans regret. Ou plutôt, non pas meilleurs mais bons. Vous le savez, j’ai renoncé au comparatif… Ce qui est bon, vrai, réel, où que ce soit, est toujours, pour moi, le meilleur. C’est pourquoi je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur. « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? »

 

___________________________________________________________________________________________

La vie du groupe de prière : la communion.                               Fiche n°6

Le berger serviteur de la communion

Le renouvellement du berger

(Par Bernard de Fornel, Communion de l’olivier, Toulouse)

 

Choisir un berger, constituer un noyau ?

Les réflexions, données ci-dessous, ne prétendent pas apporter une solution satisfaisante à 100% dans toutes les situations. Chaque groupe de prière a ses spécificités, son histoire, celle de ses membres… chaque groupe est unique et il serait illusoire de penser que les mêmes pratiques, les mêmes méthodes seraient les mieux adaptées pour tous les groupes. Cependant, une vigilance est nécessaire vis à vis de certaines pratiques ou de situations qui freinent la communion fraternelle, génèrent des conflits d’autorité et provoquent des dégâts humains chez les membres du groupe.

Est-il nécessaire de choisir un berger, un noyau dans un groupe qui n’en est pas pourvu ? Si oui, comment faire ? Si le groupe a un berger, un noyau depuis un certain temps, doit-il envisager leur remplacement d’une manière régulière ? Quelles sont donc les pratiques actuelles dans les groupes de prière et quels éléments de réflexion pouvons-nous partager pour améliorer, si nécessaire, nos manières de faire ?

1. – Les pratiques dans les groupes

Beaucoup de groupes ont mis en place des méthodes de renouvellement de berger et de noyau. Le choix du berger et du noyau s’effectue, en général, selon l’une des modalités suivantes :

  • soit les membres du groupe procèdent à l’élection du noyau. Dans un deuxième temps, le noyau choisit en son sein un berger,
  • soit ils procèdent à l’élection du berger qui choisit ensuite quelques frères et sœurs pour former le noyau,
  • soit, mais plus rarement, le berger et le noyau sont élus au cours du même vote, le nom du berger souhaité étant souligné dans la liste des noms proposés.

Plusieurs semaines avant, le groupe est averti de cette échéance et invité à la préparer dans la prière. Dans la plupart des cas, le choix a lieu au cours d’une assemblée de prière ou d’un temps d’adoration devant le Saint Sacrement. Quelquefois il est précédé par un enseignement sur la mission du berger et du noyau donné par une personne extérieure au groupe. Celle-ci procède au dépouillement des bulletins ce qui permet aux membres retenus ou non d’ignorer le nombre de voix qu’ils ont obtenu, évitant toute amertume ou jalousie.

Une pratique retenue dans certains grands groupes consiste en un choix en deux temps :

– une consultation générale de tout le groupe permettant l’émergence d’une liste de noms,

– un vote des anciens, de ceux qui ont demandé l’effusion de l’Esprit Saint à partir de la liste proposée par l’ensemble

Cette procédure en deux temps peut paraître compliquée mais elle présente les avantages suivants :

– de réserver le choix du berger et du noyau aux anciens

– de consulter tout le groupe qui se sentira ainsi plus concerné par le choix définitif.

Durant les premières années du Renouveau, les changements de bergers et de noyaux se faisaient par cooptations successives. Cette pratique s’est perpétuée dans certains groupes où tel frère ou telle sœur est appelé(e) à rejoindre le noyau selon ses charismes, ses disponibilités… sachant que l’exercice des charismes de prophétie, d’enseignement ou autres dans le groupe n’est pas réservé aux membres du noyau.

2. – Avantages et inconvénients de ces pratiques

Donner un avis comparatif sur les diverses pratiques usitées dans les groupes de prière, ne signifie pas en choisir une seule et rejeter les autres, car il convient de tout nuancer en fonction de la taille et de l’histoire du groupe ainsi que de l’engagement communautaire qui, parfois, lie entre eux les membres du groupe et éventuellement d’autres critères à définir.

La cooptation présente, à mon sens, un double danger qui peut creuser un fossé entre les membres du groupe d’une part et ceux du noyau et le berger d’autre part :

  • le noyau existant risque de choisir de préférence les personnes avec lesquelles il s’entend le mieux, qui épousent les mêmes idées sur la conduite du groupe, de préférence à celles pouvant apporter une autre approche, un autre regard, un sang neuf.
  • les membres choisis dans le noyau peuvent être perçus comme les “spécialistes”, les “pros” des charismes et les autres membres être relégués au rang de “spectateurs” de l’assemblée de prière.

Des élections régulières peuvent faire émerger des nouveaux auxquels on n’aurait pas pensé naturellement dans une cooptation selon des critères préétablis.

La procédure où le noyau élu choisit en son sein un berger met l’accent sur le « gouvernement » confié à un groupe de serviteurs, donc sur une dimension collégiale de l’animation. Le berger est alors celui ou celle qui a pour mission la communion du noyau et la responsabilité de l’animation du groupe, alors que l’élection d’un berger qui choisit un noyau insiste plus sur le “charisme du berger”.

La mise en exergue de ce “charisme de berger”, participation à la mission du Seul et Unique Berger qu’est le Christ, peut créer ou renforcer une communion profonde du groupe autour du berger, choisi par tous. Mais, à contrario, cela peut amener le berger à exercer un pouvoir sans partage sur le groupe, les membres du noyau n’étant plus alors en quelque sorte que les “courtisans” du berger.

L’élection simultanée du berger et du noyau peut rendre difficile l’unité entre le berger et le noyau, puisque tous deux sont choisis séparément par le groupe.

Pour procéder au choix ou au renouvellement du berger et du noyau, plusieurs conditions me paraissent devoir être soulignées comme essentielles pour discerner et mettre en œuvre le désir de Dieu pour le groupe :

  • donner une grande place à la prière avant, pendant et après (action de grâces) le choix,
  • éviter toute campagne électorale qui pourrait dénaturer le choix et les motivations des personnes à accueillir l’appel du Seigneur pour servir leurs frères,
  • veiller à fixer une durée limitée des “mandats”, éventuellement renouvelables, de manière à permettre à un maximum de frères et soeurs d’accepter de tels services, donc les sacrifices correspondants dans leur vie familiale et professionnelle. La limitation dans le temps permet d’éviter de mettre la main sur ces services.
  • s’assurer au cours du vote que les personnes sont choisies par un large consensus de sorte que le berger et le noyau soient reconnus par l’ensemble du groupe (la majorité à 50,5 % n’est pas souhaitable).
3. – Les situations de non-renouvellement

Dans certains groupes, il n’existe malheureusement pas de procédures pour réaliser le changement du noyau et du berger qui peuvent être en place depuis 10, 15 ans ou même plus. Dans certains groupes, on ne sait comment s’y prendre et, dans d’autres, il y a plutôt un refus de quitter la place. Le service du berger risque alors d’être identifié à la personne qui assure cette fonction au point de ne pouvoir imaginer que quelqu’un d’autre puisse s’en charger. Comment trouver un autre berger aussi bien, aussi dévoué et pourvu d’autant de charismes ?

On entend même quelquefois parler du groupe de Monsieur X ou de Madame Y. Cette forte personnalisation peut rendre caduque tout essai de transformation. La bonne volonté, le dévouement et la générosité des personnes ne sont, en général, pas en cause ni contestables mais ces qualités sont autant de freins au changement et le groupe peut même faire pression sur le berger et le noyau, quelquefois même par la culpabilisation, pour maintenir la situation. La peur du vote perçu comme sanction ou désaveu de l’équipe en place constitue également un frein.

Si le berger et les membres du noyau prennent conscience de la nécessité d’un changement, une solution consiste pour le berger à mettre un terme à sa mission et à aider le groupe à organiser une élection pour son remplacement et celui du noyau. Par crainte de laisser le groupe orphelin, le berger n’ose pas aborder cette démarche. Une explication et un temps de préparation peuvent aider le groupe à accueillir cette démarche. Le service de berger ou de membre du noyau relève de l’exercice de charismes, or :

  • le charisme est confié par l’Esprit Saint à qui Il veut, quand Il veut, pour un temps donné et une communauté donnée et non à vie.
  • le charisme peut précéder et fonder la mission, mais le service et la mission peuvent être soutenus par les charismes nécessaires donnés alors par l’Esprit Saint pour assurer effectivement ce service.
  • Il ne faut pas confondre charisme, grâce éphémère, et ministère ordonné.
  • Dans de nombreuses communautés religieuses, les supérieurs sont élus ou choisis pour une durée limitée avec un nombre de renouvellements eux-mêmes limités.

L’Esprit Saint peut agir dans et à travers une élection réalisée dans la prière et selon les critères énumérés ci-dessus.

Si le berger et le noyau ont mis la main sur le groupe et le gouvernent sans partage, n’est-on pas dans une situation semblable à celle dénoncée par Ezéchiel où les mauvais bergers pillent le troupeau qui leur est confié. On peut assister impuissant à des dégâts qui blessent profondément des personnes et sont dommageables au Renouveau dans son ensemble. La seule issue envisageable est que les personnes du groupe, insatisfaites de la situation, fassent appel à des personnes extérieures au groupe (délégué diocésain, animateur diocésain ou régional).

 

Le renouvellement régulier des bergers et noyaux est non seulement nécessaire mais vital pour différentes raisons :

– même si le berger et le noyau actuels sont reconduits dans un nouveau mandat, le fait d’être choisis à nouveau par le groupe leur apporte un soutien très précieux pour continuer le service confié, alors que quelquefois c’est plutôt la lassitude d’âme et le découragement qui les tentent.

l’arrivée de nouveaux serviteurs est une chance pour le groupe car ils apportent du sang frais, des idées neuves, une autre approche, d’autres charismes. Mais ce renouvellement ne doit pas amener à se priver des talents, compétences, expériences des anciens. Faisons preuve d’imagination pour confier aux anciens bergers et membres de noyaux d’autres services de formation, d’accompagnement ou d’accueil spirituel selon leurs charismes. Combien quittent les groupes car ils se sentent inutiles après de longues années de bons et loyaux services !

– la remise régulière de son service entre les mains des frères et sœurs permet de le vivre dans un certain dépouillement, de reconnaître qu’il ne nous appartient pas, mais qu’il nous est confié par le Seigneur pour un temps.

L’accompagnement du groupe par un frère ou une sœur extérieure au groupe est une aide précieuse pour permettre de résoudre ces différents problèmes.

 

  1. 1- Quelles sont les méthodes pratiquées dans votre groupe de prière pour le choix du berger et le renouvellement du noyau ? Comment et pourquoi ces méthodes ont-elles été choisies ? Quels sont les points de vigilance qui ont guidé ces choix ?

2- Y a-t-il eu des changements dans les pratiques au cours de l’histoire du groupe ? Quelles situations ou quels événements ont provoqué ces changements ?

3- Quels sont les charismes qui vous paraissent nécessaires pour remplir au mieux votre service de berger ou de membre du noyau ?

4- Si votre groupe est petit (moins de dix membres), ces pratiques peuvent vous paraître inadaptées, mais la grâce du berger pour un groupe est importante. Comment procédez-vous ? Avez-vous choisi la désignation ou l’élection ? Pourquoi ?

__________________________________________________________________________________________

 

La vie du groupe de prière : la communion.                           Fiche n°7

Propositions pédagogiques (par Guy Noël, alors délégué diocésain, Metz)

Remarques préliminaires
  • Préparer un temps de rencontre avec un groupe demande toujours que la préparation soit vécue dans la prière, dans la disponibilité à l’Esprit Saint, et ceci, quelle qu’en soit la durée : un petit enseignement d’une dizaine de minutes dans le cadre de l’assemblée de prière, une journée ou tout un week-end.

  • Les durées ne sont données qu’à titre indicatif et doivent être adaptées à chaque rencontre. Elles ne concernent que les activités proprement dites. Il faut aussi tenir compte des temps nécessaires pour les reprises, les informations, les déplacements, …

  • Revoir dans l’introduction le paragraphe « Comment utiliser ces fiches de travail ». En effet, les propositions qui suivent doivent rester une aide pour l’organisation de la rencontre. A chacun de les adapter en fonction des circonstances.

  • De même, durant la rencontre elle-même, les animateurs devront accepter de se laisser bousculer par l’Esprit, que ce soit au niveau du programme, de leur préparation ou des horaires. L’important est de rester disponible aux motions de l’Esprit. Une petite équipe d’animation permet de les reconnaître et de les discerner.

Rencontre d’un samedi après-midi : 14 h 30 – 21 h 30
« La communion dans le groupe de prière »
  • Objectif : comment se vit la communion dans le groupe de prière ? (La même rencontre peut se vivre avec un thème différent : la mission du groupe de prière, le service dans le groupe, …)

  • Public : les membres du groupe de prière

  • Axes de la pédagogie :

  • avant : questionnaire pour réfléchir et prier avant la rencontre

  •  pendant : partage et mise en commun

Une semaine ou deux avant la rencontre distribuer un petit questionnaire. Cela permet aux différentes personnes de prendre, dans la prière, un temps de réflexion plus important que s’il est distribué le jour même. Voici quelques questions et pistes possibles :

  • Sur le nom du groupe :

    • Connaît-on le nom du groupe ? comment a-t-il été donné ?
    • Que signifie-t-il ? Fait-il référence à un passage biblique, à un lieu, à une personne, à un saint, au nom de la paroisse, … Ce nom me parle-t-il ?
  • Quelle est ma participation aux différentes activités du groupe en plus de l’assemblée de prière : évangélisation, soirées miséricorde, fête de la musique, rencontres œcuméniques, formations, week-end, sessions, temps amicaux et fraternels (repas, goûters, …), …

  • Est-ce que je rencontre ou contacte des personnes du groupe en dehors de l’assemblée de prière ? Si oui pourquoi et qu’estce que j’en retire ? Si non pourquoi ?

  • Est-ce que je sais ce qu’est l’équipe diocésaine et qui en fait partie ?
  • Qu’est-ce que le délégué diocésain pour le Renouveau ? Qui est-ce ?

  • Suis-je concerné ou non par l’œcuménisme ?

  • Ai-je déjà assisté à la soirée de prière d’un autre groupe ?

  • Ai-je des problèmes au niveau de la communion dans le groupe : je me sens seul, ignoré, je suis en conflit avec des personnes, j’ai été blessé par des paroles ou des attitudes à mon égard, … ?

  • … Etc …

Déroulement de la rencontre

o Temps d’accueil et de louange (30 mn)

o Introduction (15 mn)

La nécessité de la communion dans le groupe, à partir des fiches 1, 2, 3 et 5

Le but est d’introduire le temps de partage qui suit en montrant l’importance de la communion.

o Groupes de partages (60 mn)

Par groupe de 4 à 5 personnes.

Partage à partir du questionnaire remis avant la rencontre.

    • Pause (30 mn)

La pause et le vécu fraternel sont des temps importants pour construire la communion. o Remontée des groupes de partage (30 mn)

Une personne par groupe redonne les points principaux retenus dans le groupe de partage.

    • Enseignement (45 mn)

« La communion dans le groupe de prière et dans l’Eglise » A partir des fiches 1, 2, 3 et 5.

Essayer d’intégrer au maximum les remontées effectuées juste avant. Ceci est un exercice un peu difficile, mais il faut oser se lancer, surtout dans le cadre restreint et fraternel du groupe de prière.

    • Adoration (30 mn)

Permet de se tourner et d’adorer Jésus, lui qui est la source de notre communion.

    • Repas

Le repas peut être réalisé sous forme d’un buffet où chacun met en commun ce qu’il apporte. C’est aussi un signe de communion.

    • Assemblée de prière (1 h 15)

Vivre une prière charismatique habituelle. Il serait cependant surprenant que le thème de la communion n’apparaisse pas durant la prière. Il est possible de proposer alors un temps de pardon et de réconciliation entre les membres du groupe. Ceux qui le souhaitent sont invités à rencontrer une personne avec laquelle il y a un problème et sans grand discours demander que la paix revienne dans leur relation. Pour que cette démarche se fasse dans la discrétion il est bon de proposer que l’on s’adresse aussi à ceux avec qui l’on n’a pas de problème d’appeler sur eux la bénédiction. Appeler la bénédiction sur l’autre est un signe de communion.

Ces propositions ne sont que des pistes. A chacun de les adapter au niveau du contenu et des horaires, ceci en fonction de la taille et du vécu du groupe ainsi que des possibilités des animateurs.

 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*