GRANDIR DANS LA LOUANGE par Bernard Mathiot

Le groupe de prière est le lieu où on laisse Dieu en liberté

Bon! On va chauffer l’atmosphère…. Un bon quart d’heure de louange…. Allons-y: béni sois-tu Seigneur! Et ça démarre souvent lentement, très lentement, un peu comme un moteur diesel ou une vieille locomotive à charbon. Pourtant, nous sommes pleins de bonne volonté, mais nous avons oublié une chose: la louange n’est pas une mise en condition, elle est le fruit de la jubilation de l’Esprit-Saint en nous, comme pour Marie, Elisabeth et Jésus lui-mêmeLa louange n’est pas “un truc” pour créer un climat, même charismatique. Nous avons besoin d’être sans cesse purifiés par l’Esprit en ce domaine.  Si nous avons du mal à louer, ne serait-ce pas tout simplement parce que l’Esprit-Saint ne jubile pas en nous?

Nous avons pris l’habitude dans beaucoup de nos groupes de commencer par des chants de louange. Il me semble beaucoup plus opportun de commencer par demander à l’Esprit-Saint de venir louer en nous sans tarder car Il n’attend que cela. Nous ne louons pas pour recevoir l’Esprit-Saint mais c’est Lui qui nous entraîne dans la louange. Inscrivez cette vérité au fond de votre cœur, la louange n’est pas une préparation à la prédication, elle n’est pas une préparation aux charismes, elle n’est même pas pour nous, elle est pour le Seigneur et à chaque fois, la louange est gratuite, moment donné à Dieu.

Comme nous le rappelle St Paul en 1 Corinthiens 12 verset 3: “nul ne peut dire: Jésus est le Seigneur! si ce n’est par le Saint-Esprit” . Nos pères dans la foi l’avaient bien compris et c’est pourquoi les offices tant catholiques qu’orthodoxes commencent toujours par l’invocation à l’Esprit-Saint. Dans le rite latin : “Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange” et dans les rites orientaux, le “Roi céleste consolateur”. C’est l’Esprit qui fait jaillir la louange de nos cœurs. Et commencer par un chant à l’Esprit-Saint, c’est vivre ce moment de Pentecôte où l’Esprit nous donne de proclamer les merveilles de Dieu. Dans notre groupe, nous commençons quand même par un chant qui rassemble afin de laisser le temps aux “retardataires” d’arriver. Puis, juste après, le berger souhaite la bienvenue à tous et plus particulièrement aux nouveaux s’il y en a,  il peut aussi déposer les fardeaux de l’assemblée au pied de la croix. Beaucoup de groupes de prière n’ont pas de musiciens mais cela ne doit, en aucun cas, empêcher la louange . Nous avons tous les meilleurs instruments de musique, nos cordes vocales comme instruments à cordes et nos mains comme percussions.

Différentes louanges

Nous lisons dans le psaume 22 au verset 4« Mais Toi, le saint, Tu habites les louanges d’Israël » Que chantons-nous ? Tu habites les louanges et non la louange car il existe plusieurs louanges. Dans la Bible hébraïque, nous trouvons sept mots qui la désignent:

six qui semblent appartenir à l’homme, à sa volonté d’appeler Dieu et un qui semble appartenir à Dieu, sa réponse comme s’il disait : ” Je suis là”.

(Pour la traduction, je me suis servi de lexique-biblique.com)

 

HALAL: Célébrer à haute voix, avec émotion, extravagance voir délire (ils sont plein de vin doux).

C’est notre Alléluia. Il peut se traduire par: briller (de la faveur de Dieu), louer, se glorifier, être vantard, faire des folies, agir comme un insensé, comme un fou, vanter, célébrer, louer.

Juges 16: Et quand le peuple le vit, ils célébrèrent (Halal) leur Dieu, en disant : Notre Dieu a livré entre nos mains notre ennemi, celui qui ravageait notre pays, et qui multipliait nos morts

1 Chroniques 23,5: Quatre mille comme portiers, et quatre mille chargés de louer (Halal) l’Éternel avec des instruments que j’ai fait pour le célébrer (Halal)

YADAH : Lever les mains devant Dieu. 

Remercier, louer, célébrer, confesser un péché, avouer, confesser le Nom de Dieu, rendre grâces. 

Genèse 29, 35: Elle devint encore enceinte, et enfanta un fils, et elle dit : « Cette fois, je louerai (Yadah) l’Eternel. C’est pourquoi elle lui donna le nom de Juda. Et elle cessa d’enfanter.

2 Samuel 22, 50: C’est pourquoi je te louerai (Yadah) parmi les nations, ô Éternel! Et je chanterai à la gloire de ton Nom.

Nombres 5, 7: Il confessa (Yadah) son péché, et il restituera dans son entier l’objet mal acquis, en y ajoutant un cinquième; il le remettra à celui envers qui il s’est rendu coupable.

TOWDA: Louer Dieu en confessant. 

Action de grâce dans des chants d’adoration liturgique, hymne de louange, chœur d’actions de grâces ou procession, sacrifice d’actions de grâces, confession

Lévitique 7, 12: Si quelqu’un l’offre par reconnaissance (Towdah), il offrira, avec le sacrifice d’action de grâce (Towdah), des gâteaux sans levain arrosés d’huile, et des gâteaux de fleur de farine frite et pétris à l’huile.

2 Chroniques 33,16: Il rétablit l’autel de l’Éternel et y offrit des sacrifices d’action de grâce et de reconnaissance (Towdah), et il ordonna à Juda de servir l’Éternel, le Dieu d’Israël.

BARAK: Bénir à genoux

Bénir, s’agenouiller, être béni, être adoré, faire s’agenouiller, louer, saluer.

Genèse 1, 22: Dieu les bénit (Barak), en disant: soyez féconds, multipliez-vous et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre.

Genèse 22, 18: Toutes les nations de la terre seront bénies (Barak) en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.

SCHABACH: Célébrer tranquillement, calmement mais volontairement, Proclamer avec assurance ce qui est vrai.

Psaume 145, 4: Que chaque génération célèbre tes louanges (Schabach).

Psaume 66, 17: Mes lèvres célèbrent tes louanges (Schabach), j’élèverai les mains (Yadha) en ton Nom.

ZAMAR: Frapper avec les doigts, scander, psalmodier comme du rap (David, premier rappeur de Dieu), chanter des louanges, faire de la musique, jouer d’un instrument de musique.

Juges 5, 3: Rois, écoutez! Princes des peuples, prêtez l’oreille! Je chanterai, oui, je chanterai (Zamar) à l’Éternel , je chanterai à l’Éternel, le Dieu d’Israël.

Psaume 9, 3: Je ferai de toi le sujet de ma joie et de mon allégresse, je chanterai (Zamar) ton Nom, Dieu très-Haut.

N’ayons pas peur, dans nos groupes de prière, de pratiquer ces différentes louanges. Louange exubérante comme Halal, en élevant les mains comme Yadah ou paisiblement comme Schabach. Ces différentes louanges permettent d’appeler Dieu, sa puissance et sa force au milieu de nous, son peuple. Par elles, nous pouvons partager et contempler la gloire que le Père à remise au Christ Jésus.

Quand nous louons, réunis en son Nom, nous élevons la terre au ciel et le ciel descend à nous, s’unit à nous. Dieu vient louer en nous et c’est: TEHILLAH

TEHILLAH: Louange, chant ou hymne de louange, adoration, action de grâce (envers Dieu), acte de louange générale ou publique, cantique, louange (apportée aux qualités, actions ou attributs de Dieu), renommée, gloire, objet de louange, chant en dehors du temps, chant inspiré. Dieu rejoint nos louanges et l’Esprit-Saint loue lui-même à travers nous comme des instruments abandonnés au grand vent et qui joueraient tout seuls. 

Exode 15,11 : Qui est comme toi parmi les dieux, ô Éternel? Qui est comme toi magnifique en sainteté, digne de louange (Thehillah), opérant des prodiges?

Psaumes 22,25: Tu seras dans la grande assemblée l’objet de mes louanges (Tehillah): j’accomplirai mes vœux en présence de ceux qui te craignent.

Pour Tehillah, il n’y a pas de chant prévu, les chants n’existent pas, ils sont en devenir puisqu’ils sont improvisés par l’Esprit de Dieu lui-même, c’est l’amour de Dieu en nous qui résonne. Cela ne vous rappelle-t-il pas notre chant en langue? J’aime beaucoup Tehillah, chanter en langue, laisser l’Esprit-Saint proclamer les louanges en nous et pour reprendre l’apôtre Paul, j’aimerais que vous parliez tous autant que moi en langue. J’aime dès le matin au réveil chanter en langue mais dans nos groupes, nous voulons bien faire et confondons souvent vitesse et précipitation… Nous désirons tellement contempler et chanter la gloire de notre Dieu que nous oublions que nous devons laisser le Seigneur nous faire parvenir à ce chant.

 

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

Pour ce chapitre, je me suis largement inspiré du livre de Claire Patier: “Le Cantique des cantiques” (Les petits traités spirituels, Edition des Béatitudes)

Il y a un père de l’Eglise que j’aime particulièrement, c’est Origène ; né à Alexandrie en 185 et mort à Tyr en 253 (à ne pas confondre avec un autre Origène, philosophe néoplatonicien et païen). Dans son commentaire sur le Cantique des cantiques, il énumère six cantiques avant d’entrer dans le Cantique des cantiques qui correspondent à notre marche spirituelle. Nous allons voir comment ces différentes formes de louanges se retrouvent dans notre vie spirituelle et dans nos groupes de prière. Notre vie spirituelle, notre groupe de prière doivent grandir, doivent passer de l’enfance spirituelle  à une vie spirituelle adulte. Dans nos groupes, s’ils sont vivants, nous avons des enfants et des adultes mais la louange harmonise le tout.

1 – Il te faut sortir d’Egypte (Exode 13,3), ce qui rappelle étrangement le moment de notre conversion, traverser la Mer Rouge pour pouvoir chanter le premier cantique en disant : “Chantons le Seigneur car il a été glorieusement magnifié” (Ex ode 15,1)

Cette prière est celle du Halal, de l’exultation : il m’a sauvé, il m’a libéré…..Au plus profond de moi, je pense que cette louange doit être la première dans nos assemblées, car aujourd’hui encore, Dieu me sauve, aujourd’hui encore, Dieu fait périr “mes égyptiens”.

La première rencontre avec le Seigneur se présente toujours comme la rencontre avec un Dieu sauveur. On ne peut comprendre la révélation de l’amour de Dieu si on n’a pas d’abord pris conscience que notre Dieu est celui qui nous sauve de tous les dangers, celui qui nous libère de l’esclavage. Je vous propose de faire cette démarche de sortir de notre pays d’Egypte, de traverser la Mer Rouge et d’y laisser tout ce qui nous tient en esclavage. En faisant mémoire de notre baptême, nous retraversons la Mer Rouge et nous chantons le Dieu libérateur.

2 – Le deuxième chant cité par Origène est chanté dans le désert, temps qui suit inévitablement la première rencontre avec Dieu. Toute expérience spirituelle se poursuit dans le désert de ce monde, désert où l’on meurt de soif si l’on ne s’installe pas auprès des eaux vives de la parole de Dieu

Alors Israël chanta ce cantique : Sur le puits qu’ont creusé des princes, qu’ont foré les chefs du peuple avec le sceptre, avec leurs bâton.(Nombres 21,17)

Ce puits a été creusé par les princes sur l’ordre de Dieu car il est le seul à pouvoir nous désaltérer dans nos déserts. C’est au sujet de ce puits que le Seigneur avait dit à Moïse : rassemble le peuple et je leur donnerai de l’eau. (Nombres 21,16). Que Jésus soit l’eau vive dans nos déserts, il l’a montré en rencontrant la Samaritaine (Jean 4,6-10

3 – Le troisième chant rappelle que si la présence de Dieu est comme un puits d’eau vive, elle est aussi comme la pluie bienfaisante qui vient féconder la terre. Cieux prêtez l’oreille, et je parlerai : terre écoute ce que je vais dire ! Que ma parole tombe comme la rosée, comme sur l’herbe verdoyante, comme les averses sur le gazon. (Deutéronome 32,1-2) 

Pour contempler le Bien-aimé présenté dans le cantique des cantiques, il faut avoir désiré, reçu et aimé sa Parole.  Les deuxième et troisième étapes nous font entrer dans l’amour de la Parole et ont leur place dans nos assemblées, quelle que soit la manière dont Elle est reçue et donnée.

4 – La quatrième étape évoque le combat spirituel qui fait partie intégrante de la vie avec le Seigneur et dans lequel on ne s’assure la victoire qu’en combattant sous les ordres de Jésus, comme le dit Origène: “Il est nécessaire que tu combattes sous les ordres de Jésus (Josué) et que tu possèdes en héritage la Terre sainte”. Puisqu’en Israël des guerriers ont dénoué leur chevelure, puisque le peuple s’est offert librement, bénissez le Seigneur (Juges 5,2).

Les cheveux dénoués sont un signe de consécration à Dieu et de libre offrande au Seigneur. Il sera consacré et laissera croître librement sa chevelure. (Nombres 6,5). L’appel à se consacrer à Dieu fait partie du cheminement vers le Cantique des cantiques, et quittons cette idée qui s’est installée petit à petit dans notre Eglise catholique que la consécration n’est que pour les prêtres, les diacres, les moines et moniales, les religieux et religieuses. Non, la consécration est pour tous. (Consécration= sacré avec. Mis à part avec). En Jésus, l’Eglise est mise à part pour l’œuvre de Dieu. Chaque baptisé, membre de l’Eglise, membre du corps du Christ est consacré. Cette étape n’est pas à négliger, moment de consécration ou pour reprendre un terme plus charismatique, moment où l’on donne ou redonne sa vie à Jésus, moment crucial pour l’effusion de l’Esprit. Moment de la seconde conversion.

5 – Le cinquième cantique est chanté par David, quand il échappa aux mains de tous ses ennemis et à la main de Saul. Le Seigneur est mon soutien, ma force, mon refuge, mon libérateur (2 Samuel 22,2). Notre véritable force est dans le Nom du Seigneur. Tu viens vers moi avec une épée, une lance et un cimeterre, mais moi je viens vers toi au Nom du Seigneur, Dieu de armées (1 Samuel 17,45). Pour entrer dans le Cantique des cantiques, il faut avoir franchi cette étape qui nous enseigne l’humilité. Je m’abandonne complètement, oui, le Seigneur est mon soutien, ma force, mon refuge, mon libérateur. A la sortie d’Egypte, le Seigneur m’a libéré de mes esclavages, mais ici, il me libère non plus de mes esclavages mais de ce qui me fait la guerre, de ce qui veut ma mort spirituelle. C’est ma propre maison qui me fait la guerre, c’est un combat contre moi-même que l’on ne peut gagner qu’au Nom du Seigneur des armées.

Un jour, alors que j’étais à la communauté du Lion de Judas (les Béatitudes), je passais la nuit en prière, seul dans la chapelle et au bout de quelques heures, je voyais des démons autour de moi et j’ai eu peur. Je me suis mis au pied de l’icône de Marie et m’endormais. Le lendemain, j’en parlais à Ephraïm qui m’a simplement dit : « Aujourd’hui, tu les vois autour de toi mais un jour, c’est dans ton cœur que tu devras mener ce combat » Et il n’y a pas longtemps seulement que j’ai compris ce qu’était ce combat. Combat qu’a mené St Silouane de l’Athos dans sa forme la plus radicale lorsque le Seigneur lui répondit : “Garde ton âme en enfer car c’est là que je la veux pour le moment”.

6 – Origène nous propose comme ultime étape le chapitre 5 du prophète Isaïe où il est dit : 

“Que je chante à mon bien aimé le chant de ma vigne” (Isaïe 5,1). C’est déjà le chant du bien-aimé qui nous conduit tout naturellement au Cantique des cantiques où Dieu choisit d’être appelé « Bien-aimé ». Tout au long du Cantique des cantiques, Dieu s’occupe de sa vigne, la soigne. L’épouse crie vers son Bien-aimé  Qu’il m’embrasse des baisers de sa bouche (Cantique  1,2), ce qui signifie que mon Bien-aimé reprenne possession de sa vigne . Je m’abandonne totalement à mon bien-aimé et l’épouse va donner de nouveau des fruits délicieux, répondant à l’attente du bien-aimé.

Que tu es belle, que tu es charmante,

Ô amour, ô délices !

Dans ton élan tu ressembles au palmier,

Tes seins en sont les grappes,

J’ai dit : Je monterai au palmier

J’en saisirai les palmes.

Tes seins qu’ils soient des grappes de raisins,

Le parfum de ton souffle, celui des pommes

(Cantiques des cantiques 7,7-9)

 

Ces différentes louanges, ces différentes étapes sont pour chacun de nous mais aussi pour nos groupes :

“L’Esprit et l’épouse disent: “viens!”. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement.” (Apocalypse 22, 17)

 

        

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