Témoignage de Marthe Chenot : “Il était au rendez-vous !”
Ce fait s’est passé il y a presque cinquante ans : et il est toujours une lumière dans ma vie. Je n’ai pas retenu la date.
J’ai alors environ trente ans. Je suis institutrice. J’ai suivi une école d’oraison et j’ai décidé de réserver chaque matin, une demi-heure pour Dieu. Depuis peut-être deux ans, je n’ai jamais manqué ce rendez-vous. Le plus souvent, je ne ressens rien, mais je fais confiance à ce qu’on nous a enseigné : l’important n’est pas ce que nousressentons, mais la présence de Dieu. Ce temps lui est offert et lui, vient transformer notre vie.
Ce jour-là, au saut du lit, je suis saisie par le froid. Le petit fourneau à fioul avec lequel je me chauffe s’est éteint pendant la nuit, faute de carburant. Je réalise que j’ai oublié d’en remplir le réservoir la veille au soir. Or, je sais que le rallumer va prendre un certain temps, et je ne dois pas être en retard à l’école.
Je saisis précipitamment l’arrosoir de fioul, et je commence à verser le liquide dans le fourneau en disant au Seigneur :
– ‘’Aujourd’hui, je ne prie pas. Je n’ai pas le temps, je rallume le feu !’’
Et voilà que j’entends en moi, aussi distinctement que si c’était avec mes oreilles :
– ‘’Ton feu, je m’en occupe, toi, prie.’’
Cette voix n’est pas autoritaire, mais claire, nette et décidée.
Et quelle n’est pas ma surprise : je vois, dans le foyer, de belles flammes, comme si le fourneau ne s’était jamais éteint. Je n’ai pas saisi une allumette, d’ailleurs, j’ai encore l’arrosoir en mains, je n’ai sorti aucun petit cube d’allume-feu. Le fioul est passé instantanément du réservoir dans le foyer, ce qui n’arrive jamais, et le feu a pris tout seul, à l’instant même, dans toute sa puissance.
Depuis des mois, Dieu restait silencieux. J’aurais pu le croire absent. Non seulement il était au rendez-vous, mais, ce jour-là, il me manifestait combien ce moment était précieux à ses yeux.
Il bénissait ce temps offert chaque matin à sa présence qui exprimait mon désir de vivre la journée avec lui. Jour après jour, insensiblement, il viendrait habiter ma vie.
Cette intervention de Dieu valait tous les enseignements de toutes les écoles d’oraison du monde ! Elle allait être pour moi inoubliable. Ne venait-il pas de me dire de façon extraordinaire et tellement personnelle ce que Jésus dit à chacun de nous dans l’évangile : « Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.’’


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