
Par ClaudeTurck-Soclet (Coordinateur Régional Midi-Pyrénées)
Dans mes années de judo, j’ai appris une technique de respiration qui procurait une profonde détente. Je ne pensais pas alors que, bien des années plus tard, ce même souffle deviendrait pour moi une porte d’entrée dans la prière.
Aujourd’hui, cette respiration n’est plus seulement un exercice de relaxation : elle est devenue une manière d’ouvrir mon cœur à la présence de Dieu.
Je suis heureux de la relier aujourd’hui à une belle forme de prière.
Prendre soin de son “temple” (le corps) tout en gardant son cœur ancré dans la Source (Dieu) : En approfondissant cette réflexion, je met l’accent sur le discernement entre technique et communion.
1. Une distinction fondamentale : Outil versus Salut
La sophrologie utilise cette technique de relaxation comme un outil.
La foi chrétienne peut l’utiliser comme une prière dans une relation d’amour.
La confusion survient lorsque la technique prétend répondre à la soif spirituelle.
| Sophrologie (Outil) | Vie dans l’Esprit (Relation) | |
| Objectif | Détente, gestion du stress, calme. | Paix profonde, sainteté, charité. |
| Moyen | Respiration, volonté, mental. | Grâce, abandon, prière. |
| Source | Les ressources propres de l’individu. | Le don gratuit de Dieu. |
2. Le corps comme “Temple de l’Esprit”
D’un point de vue chrétien, prendre soin de son corps par la respiration n’est pas seulement autorisé, c’est une forme de gratitude envers le Créateur.
En hébreu, plusieurs mots sont utilisés pour parler du souffle :
- Neshamah : souffle de vie donné par Dieu.
- Ruah : souffle, vent, Esprit.
- Nefesh : être vivant, personne.
Dans la Bible, le souffle est constamment associé à la vie donnée par Dieu. Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Gn 2,7.
Le calme obtenu grâce à cette respiration peut devenir le parvis de la prière. En faisant taire le bruit intérieur, nous devenons plus disponibles à l’écoute de la Parole.
3. Les points de vigilance (Le discernement)
La recherche du bien-être par des « techniques » quelles qu’elles soient doit faire l’objet d’un discernement.
Le risque est l’autocentrisme.
- L’illusion de l’autosuffisance : Si la séance de sophrologie devient le seul moment de “paix” et qu’on finit par se dire « J’ai tout en moi », on risque d’occulter le besoin du Sauveur.
- Le vocabulaire : La respiration ne fait pas venir Dieu. Dieu est déjà présent. La respiration nous aide simplement à devenir plus disponibles à sa présence. Attention, là où la “visualisation” (imaginer, voir des images) devient une forme de magie mentale ou de contact avec des “énergies” non définies.
4. Vers une pratique intégrée
Pour un chrétien, une technique corporelle peut préparer le corps et le cœur à entrer plus librement dans la prière lorsqu’elle est vécue dans la foi.
- Remercier Dieu pour son corps avant l’exercice.
- Transformer la respiration contrôlée en une prière silencieuse (ex: inspirer, s’ouvrir à la paix du Christ, expirer ses soucis).
- Visualiser non pas des concepts abstraits, mais concentrer son imagination sur des images paisibles, sur des scènes évangéliques ou la lumière de la Résurrection – une forme de contemplation chère à St Ignace de Loyola.
- Note importante : L’Église, notamment à travers le document Orationis Formas (1989), rappelle que les méthodes psychocorporelles peuvent être utiles à condition qu’elles ne dictent pas le contenu de la prière, mais servent simplement de préparation physique.
La technique
Inspiration : gonfler les poumons et retenir son souffle 3, 4 secondes.
Expiration : souffler par la bouche en vidant l’air au maximum et en rentrant le ventre (tenir 3, 4 secondes).
En sophrologie, on appelle cela la respiration abdominale avec rétention. Physiologiquement, la rétention (apnée poumons pleins) permet de mieux oxygéner le sang et de stabiliser le rythme cardiaque, tandis que l’expiration profonde stimule le nerf vague, responsable de la détente.
Cette respiration lente, associée à une expiration prolongée, favorise généralement la détente et contribue à apaiser le système nerveux.
La Respiration de l’Offrande
Cet exercice peut devenir une véritable « prière respiratoire »
Ces courtes phrases (jaculatoires) s’insèrent parfaitement dans le cycle
“Abandon”
Pendant l’expiration, on imagine vider sa propre volonté pour laisser toute la place à celle de Dieu. C’est le mouvement de l’humilité :
“Il faut qu’Il grandisse et que je diminue” (Jean 3, 30).
L’astuce est d’ancrer cette pratique dans les “charnières” de notre journée, ces moments de transition où l’on passe d’une activité à une autre.
Voici trois moments stratégiques pour intégrer nos 3 ou 4 cycles de respiration prière :
- Inspirer la lumière du jour nouveau, retenir pour remercier d’être en vie, et expirer toutes les appréhensions pour la journée à venir.
- Se recentrer pour ne pas vivre en “pilote automatique”. Passer de l’agitation du travail à la présence aux autres (famille, collègues) ou à la gratitude pour la nourriture. C’est une micro-retraite de 30 secondes.
- Le “Dépot du Fardeau, Le soir, une fois couch”, juste avant de fermer les yeux, remettre l’esprit et le corps dans les mains du Père (Lux 23, 46). En rentrant le ventre au maximum à l’expiration, visualiser que l’on vide son sac à dos de toutes les fatigues et contrariétés de la journée pour dormir dans la confiance.
Astuce pour ne pas oublier : “Le Signal de la Porte”
Choisir une porte que nous franchissons souvent (celle de son bureau, de sa cuisine ou de sa voiture).
Décider que chaque fois que l’on passe cette porte, nous faisons une seule respiration consciente avec une courte prière.
Respirer est un acte naturel. Prier est un acte surnaturel.
Alors chaque souffle peut devenir une discrète prière :
“Seigneur, je respire en Toi.”



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