Deux citoyennetés, un seul cœur : l’équilibre du disciple

Par ClaudeTurck-Soclet (Coordinateur Régional Midi-Pyrénées)

« Rendez à César ce qui est à César, à Dieu, ce qui est à Dieu ». Cette parole célèbre de Jésus-Christ (Matthieu 22,21, Marc 12,17, Luc 20,25) constitue l’un des piliers de la pensée politique et éthique occidentale. Elle pose la distinction fondamentale entre le spirituel et le temporel.

Aujourd’hui, au cœur d’une démocratie en crise de confiance, nous nous sentons souvent écartelés. Sommes-nous condamnés à choisir entre la loi de « César » et la loi de Dieu ? Cette tension, si elle est vécue avec lucidité, n’est pas un signe de défaite, mais le lieu même où s’exerce notre liberté de disciples.

 

1. La technocratisation de l’éthique et l’appel à la prophétie

Nos institutions contemporaines tendent à gérer les questions morales par le consensus technique (comités d’éthique, administration), évacuant souvent le mystère. En tant que groupe de prière, nous percevons cette « froideur » comme une perte de sens de la dignité humaine.

  • Le danger : La gestion administrative des questions de vie, de mort et de filiation peut nous donner le sentiment d’être dépossédés de la parole.
  • Notre réponse : Dans le Renouveau, nous ne sommes pas appelés à être des technocrates, mais des prophètes. Notre mission n’est pas de produire des arguments structurés, mais de porter la dimension spirituelle et tragique des sujets humains devant Dieu, dans une intercession qui refuse que l’homme soit réduit à une simple donnée.

2. Le « grand écart » du chrétien

Le fossé s’élargit entre la loi civile et nos convictions. Face à une société qui fragmente ses récits, nous aspirons à une unité retrouvée dans l’Esprit.

  • L a résistance du « bunker » : La tentation est forte de se replier sur notre groupe comme sur une citadelle. Pourtant, le Christ nous envoie au large.
  • L’unité par la communion : Là où le monde se divise, notre groupe est appelé à être un laboratoire de communion. Nous ne cherchons pas à imposer une loi, mais à vivre une fraternité qui témoigne, par sa seule existence, qu’une autre manière de s’écouter et de s’aimer est possible.

3. La double citoyenneté : ni sujet, ni rebelle

La distinction des ordres est un héritage universel qui prend une coloration particulière dans notre France laïque. Nous ne sommes ni des sujets soumis passivement à la loi, ni des rebelles cherchant la confrontation. Nous sommes des doubles citoyens.

  • Citoyens de la Cité : Nous participons au débat, nous respectons les institutions et nous servons le bien commun avec humilité.
  • Citoyens du Ciel : Notre allégeance première est à Dieu. C’est ce qui nous donne la liberté de dire « non » lorsque la loi s’oppose à la dignité de la personne, mais toujours sans agressivité.

Cette tension entre la loi civile et la conscience est un chemin de sanctification. Notre espérance ne repose pas dans la loi, mais dans la Grâce.

4. Vers une « écoute prophétique » : notre méthode

Avoir une “conversation spirituelle”. Pour éliminer les débats stériles et pour ne pas rester dans l’impuissance, nous devons transformer notre manière de partager. Notre objectif est d’éliminer les débats stériles afin de créer une communion dans le regard à porter sur les problèmes de la société. Passer du débat d’idées à l’accueil des personnes.

  • Voila blessure : Apprendre à regarder la situation sociale non sous l’angle de l’opinion, mais sous celui de la souffrance humaine réelle.
  • Discerner dans l’Esprit : Remplacer le « Il faudrait que » (jugement) par le « Je vois, je ressens » (témoignage). Nous renonçons à la posture de ‘juge’ pour celle de ‘témoin’.
  • Servir dans l’invisible : Faire de notre groupe un lieu d’envoi concret. Chaque partage doit se conclure par une question : « Quelle action de service, si minime soit-elle, pourrions-nous poser cette semaine pour rejoindre un visage blessé par la situation que nous avons évoquée ? »

Application aux grands enjeux :

  • Sur l’Immigration : Au lieu de débattre sur les chiffres, nous cherchons à voir le visage de celui qui souffre dans son exil.
  • Sur la Fin de vie : Plutôt que de s’enfermer dans un débat idéologique, nous nous concentrons sur la blessure de la solitude et de la peur, en offrant une présence fraternelle.
  • Sur le Réchauffement climatique : Nous délaissons les polémiques pour contempler la souffrance des populations les plus pauvres, en choisissant la sobriété et la solidarité concrète.

Conclusion

Le fossé entre la loi et la conscience est le signe qu’une démocratie est encore vivante : les citoyens questionnent et s’écartèlent. En tant que groupe de prière, soyons des « ferments d’humanité ». Si nous apprenons à écouter les blessures de nos contemporains avec le cœur de Dieu, notre parole retrouvera de la crédibilité. César a besoin de gens qui prient pour lui, mais il a surtout besoin de citoyens qui témoignent que l’Amour est plus grand que la loi. L’Esprit, qui souffle dans nos prières, est celui-là même qui renouvelle la face de la terre.

Prière pour une écoute prophétique

« Esprit Saint, source de toute Vérité et de toute Paix, nous Te demandons la grâce d’un regard nouveau. Détourne nos yeux de ce qui divise, et pose-les sur ce qui souffre et sur ce qui attend l’Espérance.

Quand nous parlerons de la cité et de ses défis, rappelle-nous que nous sommes citoyens du Ciel, envoyés non pas pour débattre, mais pour aimer. Souffle en nous cette question qui guérit : « Que vois-Tu dans cette personne, dans cette situation, que je ne vois pas encore ? »

Ouvre nos oreilles à la détresse derrière les revendications, et rends nos mains prêtes à poser ce geste de service, si minime soit-il, qui rendra tangible Ton amour pour les oubliés. Que notre groupe soit un laboratoire de communion, un ferment d’humanité pour notre temps. Amen. »

Claude Turck-Soclet

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*