Une guérison intérieure et la grâce de la paix

Témoignage de guérison

Par C.M., de Metz

 

Je viens ici vous témoigner de la guérison intérieure dont j’ai été témoin chez ma mère.

 

Cela remonte en octobre 2019. Après plusieurs examens médicaux, les médecins découvrent chez elle un cancer des bronches très agressif, dont la tumeur obstrue complètement un poumon. Bien sûr, nous sommes tous sous le choc de l’annonce mais très vite elle nous dit : « je rentre en guerre et je vais me donner tous les moyens pour gagner. » Sa première décision est de ne rien cacher de sa maladie, et d’accepter les aides qui lui seront proposées, ce qui n’est pas du tout son tempérament. Elle est très engagée en Eglise et dans diverses associations, et elle décide de se mettre en pause de tout et de se mettre à l’écoute de ses besoins.

C’est pour elle l’occasion de découvrir, pour la première fois de sa vie, des bienfaits de prendre du temps pour soi et de laisser d’autres prendre soin d’elle. Je pense ici en particulier à sa famille proche, mon père, mes sœurs et ses petits-enfants. Je pense aussi à ses amis de la paroisse qui se sont engagés à prier pour elle, qui appelaient ou envoyaient des messages pour prendre des nouvelles, qui proposaient leur aide sur des choses très simples, à elle et à papa. Je pense aussi à ses frères et sœurs, en particulier avec l’une de ses sœurs avec qui elle n’était pas en très bons termes suite à des histoires familiales, et qui lui apporte régulièrement un repas, ou juste une attention avec infiniment de délicatesse, ce qui est très nouveau dans leur relation. Toutes ces lumières allumées autour d’elle sont alors autant de forces pour lutter.

Habitant à 900 kms de mes parents, c’est à distance, souvent par téléphone, que ma mère me raconte ce qu’elle vit comme une découverte d’une autre manière de vivre, acceptant d’être faible et l’objet de beaucoup d’attentions. Durant les vacances de Noël 2019, nous allons ensemble à la messe de la Sainte famille. Cela fait plusieurs semaines qu’elle n’ose plus y participer de peur d’attraper un simple rhume, ce qui sera très dangereux pour elle, et ce jour-là plusieurs personnes lui témoignent leur joie de la revoir, apaisée malgré la maladie. Une amie lui dit alors : « Tu sais, tu es dans mes prières tous les jours. » Et ma mère répond : « Je sais, je le sens. Il y a en moi depuis l’apparition de mon cancer une force chaude et paisible qui lutte contre le mal et me procure un sentiment de calme et de bien-être que je n’ai jamais connu. »

 

A 71 ans, la vie de ma mère a été jalonné de beaucoup de combats. Mise en pension à l’âge de 5 ans jusqu’à ses 18 ans, elle n’a que très peu de souvenirs d’enfance et c’est pour elle une blessure permanente. Et puis son mariage est aussi un combat, tout comme la situation financière très précaire de mon père agriculteur, très douloureuse à traverser pour ma mère travaillant en milieu bancaire. Leur relation de couple a toujours été compliquée et mon père m’a dit bien plus tard : « Il aura fallu un cancer pour que l’on puisse enfin se comprendre, apprendre à se parler et à s’aimer. » Pour la première fois de sa vie, ma mère apprend à lui faire confiance et mon père ose prendre des décisions sans avoir peur de sa réaction. Ils se découvrent autrement après 47 ans de mariage et cette joie rejaillit sur toute la famille.

Ma mère témoigne aussi des bienfaits de la prière ouvertement. Elle dit volontiers qu’elle reçoit la grâce de vivre les différents traitements sans ressentir d’effets secondaires. Mais elle accepte aussi de se montrer fragile, de dire non à des sollicitations, de se retirer pour se reposer, de nous solliciter pour prendre en charge une part de la vie de la maison. Tout ceci est très nouveau, pour elle comme pour nous, et cela apaise nos relations. Au printemps 2020, ils traversent le confinement en étant sereins, même si c’est difficile de ne pas pouvoir voir les petits enfants. Ils goutent le plaisir d’une relation enfin sereine et équilibrée. Au fil des mois, et contre toute attente, ma mère récupère toute sa capacité respiratoire, le cancer recule quasiment intégralement et mes parents planifient déjà de nouveaux projets pour la rentrée. Malheureusement le cancer revient brutalement mi-octobre et les métastases envahissent son foie et son cerveau en quelques jours. Elle meurt le 22 octobre 2020. Le choc est brutal pour nous comme pour tous ceux qui l’ont accompagné sur ce chemin. Mais tous nous disent que sa conversion intérieure a été impressionnante.

 

Plus d’un an après sa mort, il m’a semblé important de vous dire ceci : le cancer a emporté ma mère mais, durant cette guerre, Dieu a guéri son cœur et son âme. Nous en avons été témoin et nous savons que c’est en paix qu’elle est entrée dans sa nouvelle vie, une paix qu’elle a expérimentée pour la première fois de sa vie et qui irradie aussi tous ceux qui l’ont accompagné et qui continuent à l’aimer.

Pour ma mère, C.M.

 

 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*