Du 9 au 12 avril, la Frat’Nationale s’est réunie à Versailles, à la fois pour un temps de retraite, de prière et de réflexion, et pour un temps de partage d’informations et d’assemblée générale de GPRC, l’association support de Fraternité Pentecôte.
C’est Catherine Hogenhuis, brillante théologienne, charismatique remplie de l’Esprit-Saint, qui nous a enseignés autour du document du GAR. Merci à notre accompagnateur, le Père Denis Broussat, de nous en avoir rédigé un résumé ! F.L.
Le Groupe d’Accompagnement du Renouveau (GAR) a élaboré un document (Voir ICI) pour encadrer les prières d’intercession, de plus en plus pratiquées tant par des laïcs que par des ministres ordonnés. L’Église se donne pour mission non seulement de former à ces pratiques, mais aussi d’en assurer le discernement et l’authenticité ecclésiale.
Le contexte est celui d’une double nécessité : d’une part, reconnaître que les charismes s’inscrivent dans l’histoire de l’Église, en synergie avec son gouvernement et non en opposition à lui ; d’autre part, tirer les leçons des dérives passées — notamment les abus spirituels et sexuels dénoncés lors de la CIASE — pour établir des garde-fous durables.
Notre intervenante invite à un discernement serein, fondé sur l’enseignement de l’Église, qui dépasse le seul cadre du Renouveau pour concerner tous les charismes, y compris les charismes sacramentellement institués. Le document du GAR, encore en cours d’élaboration, se distingue par sa volonté de rester à l’écart des polémiques théologiques pour rappeler un principe fondamental : tout exercice des charismes requiert un cadre et un discernement, afin d’en préserver la fécondité sans les dévoyer.
L’enseignement reçu articule deux dimensions : ce que l’expérience charismatique révèle de Dieu, et comment vivre le discernement ecclésial sans le ressentir comme une contrainte stérilisante.
L’expérience positive des charismes : le Renouveau a permis à beaucoup de vivre une rencontre personnelle et vivante avec le Seigneur — une prière qui relève, guérit et libère — là où la pratique religieuse pouvait sembler auparavant routinière et sans saveur.
La question du discernement et de l’obéissance :
Accepter un cadre ecclésial pour l’exercice des charismes peut sembler menacer cette vitalité retrouvée. L’auteur s’appuie sur Bonhoeffer pour dissiper cette crainte en distinguant deux formes d’obéissance :
L’obéissance légaliste (« à bas coût ») : se conformer extérieurement aux règles pour avoir la paix, sans adhésion intérieure — stérile et sans fruit.
L’obéissance simple et confiante : répondre à l’appel du Christ en vérité, ce qui libère réellement et conduit à la communion avec Lui.
L’enjeu spirituel
L’exercice authentique des charismes requiert un dessaisissement de soi, à l’opposé de toute valorisation personnelle. L’Église, même dans ses exigences institutionnelles, n’est pas étrangère à l’Esprit — c’est le même Esprit qui anime la Parole, les sacrements et la vie communautaire. Les recommandations du GAR, élaborées synodalement, visent à préserver les charismes, non à les étouffer. Ce qui peut sembler crucifiant dans cette obéissance porte déjà en lui la promesse de la Résurrection.
- Le priant
Catherine introduit la notion de “priant” et explore la prière d’intercession, en particulier la prière des frères propre au Renouveau.
La prière chrétienne est d’abord une mise en présence avec Dieu, pouvant prendre diverses formes — louange, action de grâce, intercession. Parmi celles-ci, la prière d’intercession occupe une place centrale dans la vie ecclésiale, qu’elle soit personnelle ou communautaire, liturgique (messe, sacrements, liturgie des heures) ou para-liturgique comme la prière des frères.
La prière des frères se distingue par sa souplesse : elle peut s’exercer en lien étroit avec la liturgie ou en dehors, pour rejoindre les “périphéries” — y compris les personnes éloignées des sacrements. Edith Stein en exprime la logique profonde : par l’intercession, une âme accueillie par Dieu peut en attirer une autre vers Lui.
C’est précisément ce qui se produit dans le Renouveau : la prière des frères devient souvent le lieu d’une première rencontre personnelle avec le Seigneur pour des croyants qui n’en avaient pas encore fait l’expérience. Elle est exercée comme un ministère de compassion et de charité, prolongeant le désir de Dieu de se donner — non seulement dans les lieux consacrés, mais aussi sur les “parvis”, au cœur du monde.
L‘intervention expose les fondements théologiques de la prière des frères autour de deux piliers :
La prière de Jésus
Le Christ glorieux est l’unique intercesseur auprès du Père (He 7, 24-25). En nous donnant son Esprit et en faisant de nous ses frères, Il nous associe à sa propre intercession. La grande prière sacerdotale de Jean 17 en est le modèle : Jésus prie pour ses disciples, pour les garder du Mauvais et pour tous ceux qui croiront. Prier pour ses frères, c’est donc laisser le Seigneur prier en nous, dans une docilité à l’Esprit Saint, en restant centré non sur soi mais sur la relation à Dieu. La condition première est d’être soi-même établi dans la communion avec le Fils.
La prière de l’Église
Dès les premiers siècles, l’Église a prolongé la prière du Christ à travers l’intercession communautaire et l’invocation des saints — célébrée notamment sur les tombeaux des martyrs. Les saints du ciel compatissent aux épreuves des fidèles et intercèdent pour eux, selon les charismes propres qui ont marqué leur vie. Invoquer Marie “refuge des pécheurs”, par exemple, c’est s’adresser à celle dont la grâce singulière lui confère une force d’intercession particulière.
En conclusion, exercer les charismes dans la prière d’intercession, c’est s’inscrire dans cette longue lignée ecclésiale et communionnelle, en rendant tangible, dès ici-bas, les prémices de la vie en Dieu.
Autre point traité : la posture intérieure du priant et les conditions nécessaires à un exercice authentique des charismes.
Le positionnement du priant
Le priant n’agit pas à la place de l’autre, mais avec lui, en respectant sa liberté. La grâce ne peut s’installer dans une âme qu’avec son libre consentement (Edith Stein). Le modèle est celui de Philippe avec l’eunuque ou de Jésus aux disciples d’Emmaüs : un compagnon de route, qui marche à côté.
Du point de vue de l’anthropologie chrétienne, deux niveaux sont à distinguer : le niveau psychique (émotions, impressions, imagination — susceptibles d’altérer le discernement) et le niveau spirituel (lieu de la liberté guidée par la grâce, où l’Esprit lui-même prie). Cette distinction est capitale : il ne faut pas confondre qualités naturelles et dons surnaturels — par exemple, l’empathie naturelle et la compassion surnaturelle sont deux réalités différentes.
Les dons de l’Esprit et l’humilité Les sept dons reçus à la confirmation sont accordés à tous les baptisés pour vivre une existence christiforme. Mais leur exercice ne commence pas par les dons les plus élevés : une tradition théologique invite à partir du don de crainte — reconnaissance de sa propre petitesse devant la Majesté divine — comme fondement indispensable. L’orgueil et la recherche de puissance (illustrés par la demande des fils de Zébédée) ne peuvent jamais conduire à un juste exercice des charismes.

Trois qualités sont essentielles pour exercer les charismes sans les dévoyer : l’obéissance, l’humilité et la charité. Ce sont les vertus de l’homme nouveau, appelé à se laisser transformer par la grâce plutôt qu’à s’en emparer.
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Le requérant
Du côté du “requérant” — celui qui vient demander la prière – : nécessité d’adapter la proposition en fonction de son profil et de son contexte.
Discerner à quel “cercle” appartient le requérant
Comme les foules qui entouraient Jésus, les personnes venant à la prière des frères ont des attentes très diverses. La prière des frères ne se propose pas de la même façon selon le contexte : prolongement de l’eucharistie en paroisse, groupe de prière, ou mission d’évangélisation touchant des non-croyants. Chaque cadre appelle une approche différente, même si dans tous les cas une dimension évangélisatrice demeure.
Attention aux publics fragiles.
Dans un contexte de foisonnement des nouvelles religiosités (gourous en ligne, soins alternatifs, pensée magique), certains requérants arrivent avec un vécu mêlé de superstition ou de religiosité syncrétique. Il est essentiel de les accueillir, les écouter et d’identifier leurs attentes réelles — notamment les désirs de protection ou de délivrance — sans s’en émouvoir, mais en sachant que tout désir appelle purification. Une attention particulière s’impose pour les jeunes et les mineurs.
La prière comme chemin de foi
La prière des frères n’agit pas mécaniquement. S’appuyant sur le document du GAR et le PDG (Protection, Délivrance, Guérison : Célébrations et prières, 2017, voir ICI), l’auteur rappelle qu’elle s’inscrit dans une logique catéchuménale : elle est une étape sur un itinéraire de foi, un espace de rencontre avec Dieu qui peut conduire — ou reconduire — vers l’Église. Pour les publics fragiles en particulier, elle doit être aussi une confession de foi, non une technique spirituelle.
Proposition d’un retour aux fondements de la grammaire de la prière, pour mieux accompagner le requérant.
La parole adressée et la Parole de Dieu
Prier pour un frère suppose d’invoquer le nom de Jésus et l’Esprit Saint, et d’aider le requérant à trouver ses propres mots pour s’adresser à Dieu. L’Écriture Sainte, inspirée par l’Esprit, constitue un socle objectif et puissant de la prière — plus fiable qu’une “parole de connaissance” personnelle, qui ne prend sa juste valeur qu’en dépendance de la Parole de Dieu.
Les Psaumes, école de prière
Le livre des Psaumes est présenté comme la grammaire fondamentale de la prière chrétienne. Jésus lui-même y a prié. Selon Paul Beauchamp, deux éléments suffisent à décrire toute prière : la louange et la supplication.
La louange est première et gratuite — elle met Dieu au centre, évoque ses bienfaits passés pour les actualiser au présent, et crée un élan communautaire. La supplication exprime la détresse du requérant, mais porte déjà en elle une promesse de louange : elle appelle à restaurer la communion là où elle a été brisée.
Ces deux mouvements ne s’excluent pas : les psaumes montrent que le suppliant, une fois exaucé, est conduit à louer le Seigneur.
Application à la prière des frères
Ce rythme — mise en présence du Seigneur, invocation de l’Esprit, louange et supplication — structure le temps de la prière d’intercession. Il ancre la prière des frères dans la grande tradition priante de l’Église, loin de toute improvisation ou de toute recherche d’effets.
Notre attention est attirée sur la nécessité d’inscrire la prière des frères dans la proposition globale de la foi, et non de la réduire à une recherche de miracles.
La responsabilité des priants
Le document du GAR rappelle que la prière des frères doit toujours être articulée avec les sacrements (réconciliation, onction des malades) et orientée vers un cheminement de foi plus large en Église. L’enjeu est d’éviter que la prière soit vécue comme une fin en soi, déconnectée de la vie sacramentelle et communautaire.
La guérison de l’infirme à Bethzatha (Jn 5)
Ce récit illustre concrètement le sens de la prière des frères. Jésus voit l’infirme invisible aux autres, interpelle sa liberté (“veux-tu guérir ?”), le guérit, puis l’oriente vers une vie droite. Ce mouvement — avant, pendant, après — figure exactement ce que doit être la prière des frères : un service de charité qui ne s’arrête pas au miracle, mais conduit vers une fidélité durable au Christ et un lien à la communauté.
La lecture baptismale du récit
Saint Jean rapporte ce miracle comme un enseignement sur le baptême : ce qui était accordé à un seul sous l’ancienne Alliance, le Christ le réalise désormais pour tous. Cela rappelle aux priants que le vrai miracle est le Christ mort et ressuscité, accessible à tous dans le baptême — et non la guérison physique seule.
Pour les requérants qui repartiraient sans avoir été guéris, comme pour les non-baptisés attirés par les signes, les priants ont la responsabilité de faire le lien entre l’expérience vécue et la proposition catéchuménale, afin d’orienter vers le Christ — et non vers de faux prophètes ou des gourous.
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Le discernement ecclésial dans l’exercice des charismes est traité selon trois axes.
La dimension théologique et sacramentelle
Les charismes ne sont pas des actes isolés : ils servent le Corps du Christ tout entier.
L’Église est mystère de communion. Or c’est dans l’articulation correcte de tous les charismes (charismes hiérarchiques et autres charismes – ordinaires et extraordinaires), que l’Église signifie qu’elle vit pleinement ce mystère et qu’elle s’édifie comme Corps du Christ. En suivant les recommandations qui nous sont faites dans le document du GAR, ce n’est pas tant pour nous soumettre à une autorité temporelle qu’au Christ lui-même, le Christ eschatologique, et ainsi hâter son retour en gloire.
Le document du GAR, s’appuyant sur le PDG, ouvre la possibilité de donner à la prière des frères la forme de véritables célébrations, inscrites dans le registre sacramentel. La prière des frères n’est pas concurrente des sacrements — elle les prolonge et y renvoie : sacrement de réconciliation après une guérison, sacrement des malades si la guérison n’advient pas, accompagnement diocésain pour les cas de délivrance. La grâce obtenue doit toujours être orientée vers un cheminement de foi, et jamais comprise de façon magique.
Le discernement des esprits
S’appuyant sur Mt 7 (“C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez”), l’auteur souligne la difficulté réelle : les charismes des faux prophètes ressemblent extérieurement à ceux des vrais disciples. Un charisme peut même commencer comme un don authentique de l’Esprit, puis être progressivement détourné au profit de la notoriété personnelle. La comparaison avec les pratiques des “leveurs de maux” étudiées en ethnologie illustre concrètement ce glissement : invocation du nom de Jésus, apparence chrétienne, mais logique de médiation personnelle, secrète et magique — incompatible avec le cadre ecclésial. Le critère de discernement proposé est la paix intérieure et la persévérance dans l’humilité, l’obéissance et la charité. L’autorité ministérielle a un rôle propre de discernement sur ces phénomènes.
Le jugement de l’Église
Se soumettre au jugement de l’Église n’est pas une contrainte extérieure mais une expression de la docilité à l’Esprit — à l’image de Marie qui, dès Cana, dit aux serviteurs : “Faites tout ce qu’Il vous dira.” Docilité à l’Esprit et docilité à l’Église vont de pair.

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