En qui mettons-nous notre confiance (2/3)

“En qui mettons-nous notre confiance ?” : c’est le thème qui avait été retenu pour le WeCooD, le Week-end des Coordinateurs Diocésains, qui s’est déroulé au Centre Spiritain de Chevilly-Larue, en région parisienne, les 7 et 8 mars 2026.

Notre prédicateur était le Père Denis Broussat, accompagnateur spirituel de Frat’Pentecôte nationale. Prêtre du diocèse de Perpignan, il en a été l’exorciste durant 20 ans, avec environ 5.000 consultations, autant de personnes en détresse qu’il a accueillies, écoutées, et pour lesquelles il a discerné, enseigné, prié.

En première partie, et en préambule, il nous a parlé de la confiance mise en notre Dieu trinitaire.

Puis des notions de confiance, méfiance et défiance.

Ensuite des engrenages spirituels positifs et des engrenages spirituels négatifs.

Tout cela avant un enseignement sur les risques et les dangers de “mettre sa confiance dans les démons”. Cette première partie, déclinée en quatorze points; est à revoir ICI.

Dans cette seconde partie, il aborde la question de “mettre sa confiance en soi”, avec les risques et dangers spirituels.

Enfin, dans une troisième et dernière partie, à publier, il nous enseignera sur le thème “mettre sa confiance dans les autres”.

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2) Mettre sa confiance en soi :

quels sont les risques ?

2.1) Méfiance dans l’hypersensitivité

Résumé : L’hypersensitivité, lorsqu’elle n’est plus éclairée par l’intelligence, la volonté d’amour et le discernement spirituel, peut entraîner un engrenage de dépendance et d’influences malsaines, allant jusqu’à des pratiques occultes, ce qui exige dans l’Église un discernement prudent et une autorité spirituelle claire.

2.1.1) L’hypersensibilité est avant tout une disposition naturelle  inscrite dans l’ordre de la création. Elle fait partie des différences de tempérament et de sensibilité voulues par Dieu, sans constituer en elle-même un don surnaturel ni un charisme.

À ce titre, elle appartient au domaine des dons naturels, distincts des grâces surnaturelles qui procèdent d’une initiative divine. D’un point de vue théologique, il importe donc de maintenir une distinction claire entre nature, grâce et illusion spirituelle. Une disposition naturelle, même très développée, ne constitue ni une révélation, ni un charisme au sens strict, ni une médiation avec le monde spirituel. Il ne sert à rien de demander la libération d’une hypersensibilité.

2.1.2) Origine

        2.1.2.1) L’état de l’homme avant le péché originel

Selon la doctrine catholique, l’homme créé avant le péché originel bénéficiait de dons préternaturels :

  • l’intégrité (harmonie parfaite entre raison, affectivité et mémoire),

  • l’impassibilité (absence de désordre intérieur),

  • l’immortalité,

  • une connaissance infuse proportionnée à sa vocation.

Dans cet état, la sensibilité n’était pas exacerbée, mais parfaitement ordonnée à la raison, à la mémoire et à la volonté.

L’homme percevait le monde, autrui et Dieu avec justesse, sans confusion, sans excès, sans envahissement affectif : juste sensibilité pleinement intégrée.

        2.1.2.2) Les effets du péché originel

Après la chute, l’harmonie intérieure est rompue. La tradition parle de désordre des puissances de l’âme (concupiscence). La sensibilité peut alors devenir :

  • soit appauvrie et endurcie, chemin vers l’indifférence

  • soit au contraire excessive, instable ou envahissante.

L’hypersensibilité appartient à ce second cas : elle est le signe non d’un retour à l’état originel, mais d’une blessure ou d’un déséquilibre dans l’ordre des facultés, même si elle peut conserver une orientation positive vers le bien, le vrai et le beau.

2.1.3) La restauration chrétienne par la grâce

Pour la foi catholique, la restauration de l’homme ne passe pas par une exaltation des capacités naturelles, mais par la rédemption en Christ. La grâce ne rend pas l’homme « plus sensible », mais plus libre, plus unifié, davantage capable d’aimer selon la charité. Les saints sont-ils des personnes hypersensibles ?

Plusieurs saints ont manifesté une sensibilité humaine très vive, profondément purifiée, ordonnée et transfigurée par la grâce :

  • Sainte Thérèse de Lisieux : Très sensible affectivement, facilement blessée, elle souffrait profondément des tensions relationnelles. Mais elle a offert cette sensibilité à Dieu, la transformant en voie d’abandon et d’amour.

  • Saint François d’Assise : D’une sensibilité extrême à la souffrance des pauvres, à la création, à la Passion du Christ. Sa compassion était intense, mais jamais désordonnée.

  • Sainte Catherine de Sienne : Sensibilité spirituelle et sensorielle très forte, mais soutenue par une intelligence théologique remarquable et une volonté ferme.

  • Saint Jean de la Croix :  Très attentif aux mouvements intérieurs, mais aussi extrêmement rigoureux : il met en garde contre l’attachement aux sensations spirituelles, même élevées.

La vie de ces saints montre précisément le dépassement de leur hypersensibilité, non son exaltation. La sainteté pacifie la sensibilité. On constate une maitrise intérieure croissante, une stabilité affective dans l’épreuve, une humilité profonde et une soumission de l’expérience intérieure au discernement de l’Eglise.

2.1.4) Manifestations

Cette hypersensibilité se manifeste par

  • une réceptivité émotionnelle amplifiée, intuitive ou sensorielle,

  • une perméabilité accrue à ressentir les ambiances, les états intérieurs d’autrui, l’harmonie ou les désordres du monde, la souffrance d’autrui

  • une vulnérabilité intérieure

La personne va être davantage réceptive à des personnes malsaines ou à des lieux malsains. Son ressenti sera source d’une fatigue permanente et entraîner des perturbations psychiques et/ou spirituelles (risque de manipulation, de dépendance, etc.).

La vie spirituelle de la personne se trouve alors gouvernée non par son intelligence (rayonnement de Jésus), sa volonté d’amour (rayonnement de l’Esprit-Saint) et sa mémoire (rayonnement de Dieu le Père) mais par son ressenti ou son ‘feeling’, ses intuitions ou les désirs de ses passions.

Elle peut devenir un terrain que la grâce éclaire et ordonne . Elle peut favoriser des vertus humaines importantes, telles que la compassion, l’attention à l’autre, la capacité d’écoute et de discernement.

Toutefois, en raison de la blessure du péché originel, elle peut aussi exposer la personne à une plus grande vulnérabilité intérieure : troubles affectifs, excès de l’imaginaire, confusion entre ressenti personnel et action de Dieu. Elle devient alors un lieu de confusion si elle est absolutisée ou détachée du discernement spirituel.

Ainsi comprise, l’hypersensibilité n’est ni un signe de sainteté ni une dérive en elle-même : elle est une donnée anthropologique qui appelle à être intégrée, purifiée et orientée, afin de servir la vérité, la liberté intérieure et la relation juste à Dieu.

À ce stade, elle ne relève pas du surnaturel, mais d’une sensibilité amplifiée, innée, parfois renforcée par l’expérience de vie.

L’hypersensibilité n’est ni à réprimer ni à sacraliser. Elle est appelée à être éduquée, purifiée et intégrée par la raison, la vie morale et la grâce des sacrements, afin de servir une relation authentique à Dieu et aux autres, dans la vérité et la liberté des enfants de Dieu.

2.1.5) Lorsque cette hypersensibilité est auto-développée par l’auto-entrainement, la pratique de l’attention, le travail énergétique ou certaines disciplines spirituelles avec ouverture des chakras; elle peut développer le magnétisme lui aussi naturel.

Le magnétisme correspondrait alors à une faculté amplifiée, d’influence ou d’harmonisation des flux vitaux, perçus comme circulant dans et entre les êtres. Cette étape marque le passage d’une simple réceptivité à une capacité amplifiée d’action, consciente ou semi-consciente.

2.1.6) En s’approfondissant encore, cette disposition devient hypersensitivité où l’individu ne se contente plus de ressentir, de capter des informations fines, non immédiatement accessibles aux sens ordinaires, mais de ressentir des intuitions très précises, de perceptions symboliques ou de situations et de personnes. Tout voyant est un hypersensitif.

À ce niveau, la frontière entre psychologie profonde, intuition et spiritualité devient plus floue. Face au risque de manipulation, voire d’abus spirituel, une prière de libération peut être nécessaire.

2.1.7) Poussée plus loin, cette hypersensitivité peut être interprétée, comme de la médiumnité.

La médiumnité suppose non seulement la réception de messages, d’images ou d’informations attribuées à des plans de conscience non ordinaires, mais elle implique une posture de canal, où l’individu se perçoit comme intermédiaire entre différents niveaux de réalité.

Un discernement sur ce qui est à « l’autre bout du canal » est nécessaire. Une prière de délivrance peut l’être également. 

2.1.8) Enfin, lorsque cette médiumnité s’accompagne d’un appel volontaire à des entités ou à des esprits extérieurs, on parle alors de sorcellerie.

Celle-ci se caractérise par l’intention d’agir sur le réel par l’intermédiaire de forces malsaines invoquées, extérieures à soi, et par des rituels ou des pratiques codifiées.

Cette étape marque un changement de nature : on ne développe plus seulement des capacités internes, mais on cherche à établir des alliances ou des échanges avec des forces perçues comme extérieures. Une prière d’exorcisme peut être nécessaire.

2.1.9) Dans un groupe de prière

La présence de personnes hypersensibles au sein de groupes de prière est délicate (ressenti, paroles…). Leurs paroles doivent toujours être discernées et confirmées par ceux qui ont un charisme d’autorité spirituelle.

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2.2) Défiance de la pensée magique

Résumé : La pensée magique, qui cherche à contrôler Dieu ou le réel par des rites, des objets ou des formules, s’oppose à la foi chrétienne authentique fondée sur une relation de confiance, de conversion et d’abandon à la liberté de Dieu plutôt que sur des recettes ou des garanties.

La pensée magique (ou mentalité magique) désigne une façon de penser où l’on attribue aux idées, aux mots, aux rituels ou aux intentions un pouvoir direct sur la réalité, sans lien de causalité rationnel ou scientifique.

En bref :

  • Croire que penser très fort à quelque chose peut le faire arriver.

  • Penser qu’un rituel, un objet ou un signe influencent notre vie.

  • Croire que la disposition des astres dirige notre destin.

  • Associer des événements par coïncidence plutôt que par cause réelle.

Exemples courants

  • « Si je porte ce bracelet, j’aurais de la chance. »

  • « J’ai attiré cet événement par mes pensées. »

  • « J’évite de dire ou de faire quelque chose ‘pour ne pas porter malheur ».

Or dans une perspective chrétienne,  la mentalité magique est généralement mise en garde, car elle peut entrer en tension avec la foi authentique.

Le christianisme distingue clairement :

  • La foi : confiance personnelle en Dieu-Trinité, libre et souverain.

  • La magie : tentative de contrôler le divin ou le réel par des formules, objets ou rituels.

Dans la pensée magique : « Si je fais ceci, alors Dieu doit faire cela. », « Si je prie, Dieu va me guérir »

Dans la foi chrétienne : « Je fais confiance à Dieu, même si sa réponse m’échappe. ». La Bible condamne explicitement les pratiques magiques :

  • « Qu’on ne trouve chez toi personne qui pratique la divination, la magie ou l’enchantement » (Deutéronome 18,10-12).

  • Actes 8 : Simon le magicien est réprimandé pour avoir voulu acheter le pouvoir de l’Esprit Saint.

Ces passages montrent que le pouvoir n’est jamais manipulable.

Risque de dérive dans la pratique chrétienne :

La mentalité magique peut apparaître même dans un cadre religieux :

  • Voir la prière comme une formule efficace et non un dialogue d’amour. Ex : « Seigneur écoute-nous, Seigneur exauce-nous »

  • Au sein d’un groupe de prière discerner ce qui est un charisme, toujours ponctuel et confirmé par une autre personne, de ce qui est une intuition ou le fruit d’une connaissance qui est permanente et non confirmable.

  • Croire que la souffrance ou le manque de guérison est toujours la conséquence d’un manque de foi ou d’une punition. « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu, pour qu’il m’arrive çà ? »

Les sacrements :

  • agissent par la grâce du Christ (ex opere operato) quel que soit le célébrant ou le « chargé de mission », une personne qui porte la communion par ex.

  • ne sont pas automatiques comme une formule magique,

  • supposent une disposition intérieure (repentance, ouverture, foi,).

Exemples :

2.2.1) Les objets religieux utilisés comme talismans

Dérive

  • Porter une médaille ou un scapulaire « pour être protégé quoi qu’il arrive ».

  • Faire bénir la voiture « pour éviter les accidents » ou telle statue protectrice.

Discernement
C’est un signe d’appartenance, un rappel de l’appel à la conversion et un rappel de la protection de Dieu. Mais il ne la garantit pas. La vraie protection passe par la confiance, la prudence et la vie chrétienne.

2.2.2) Le chapelet / une prière récitée comme formule qui oblige Dieu ou Marie

Dérive

  • « Si je récite 3 chapelets par jour, Dieu m’accordera ce que je demande. »

  • Chaines de prières avec menace si on ne la transmet pas.

Discernement
Le chapelet / rosaire est une méditation de la vie du Christ avec Marie, pas un levier pour forcer la main de Dieu.

2.2.3) Les révélations privées, prises au pied de la lettre

Dérive

  • Faire siennes certaines révélations privées comme des garanties automatiques de salut.

  • Penser que pratiquer telle dévotion dispense de la conversion.

Discernement
Aucune révélation privée n’est obligatoire ni ne remplace l’Évangile et les sacrements. Même reconnue par l’Eglise.

2.2.4) La confession utilisée comme “reset”

Dérive

  • Se confesser régulièrement sans intention réelle de changer.

  • « Je fais ce que je veux, je me confesserai après. »

Discernement
Le sacrement requiert le repentir et le désir de conversion, pas seulement l’attente de l’absolution.

2.2.5) L’Eucharistie vue comme protection automatique

Dérive

  • Communier « pour aller mieux » sans foi vivante.

  • Croire que communier empêche forcément le malheur.

Discernement
L’Eucharistie est une communion, pas une assurance spirituelle.

2.2.6) La lecture des épreuves comme signes codés

Dérive

  • « Si ça va mal, c’est que Dieu me punit. »

  • Chercher des messages cachés dans chaque événement.

Discernement
La foi catholique appelle au discernement, pas à l’interprétation obsessionnelle.

2.2.7) Les prières contre le mal, vécues dans la peur

Dérive

  • Multiplier bénédictions et prières par peur constante du démon.

  • Voir le diable partout.

Discernement
Le chrétien vit dans la paix du Christ, pas dans la crainte permanente ni de Dieu ni du diable.

2.2.8). Le jeûne ou les sacrifices comme monnaie d’échange

Dérive

  • « Si je jeûne X jours, Dieu doit m’exaucer. »

  • Offrir des sacrifices pour obtenir un résultat précis.

Discernement
Le sacrifice est un acte d’amour et d’offrande, pas un contrat.

2.2.9) La dévotion populaire détachée de la charité

Dérive

  • Multiplier pèlerinages, neuvaines, processions sans souci du prochain.

  • Être très pieux mais dur, jugeant ou indifférent.

Discernement
La vraie piété conduit toujours à la charité concrète.

2.2.10) La recherche de “recettes spirituelles”

Dérive

  • Chercher « la prière qui marche » ou « la dévotion la plus puissante ».

Discernement
Il n’y a pas de recette : il y a une relation vivante avec le Christ.

2.2.11) L’Église rappelle que ces signes :

  • ne fonctionnent pas automatiquement,

  • n’agissent qu’en lien avec la foi, la grâce et la liberté de Dieu.

Le cœur de la foi chrétienne repose sur :

  • une relation, pas une technique de développement personnel,

  • une grâce, pas le mérite mécanique,

  • l’abandon confiant, pas le contrôle.

Jésus lui-même refuse la logique magique : « Tu ne mettras pas le Seigneur ton Dieu à l’épreuve » (Mt 4,7).

Une pratique est chrétienne quand elle :

  • appelle une conversion intérieure

  • conduit à l’humilité dans l’amour,

  • respecte la liberté de Dieu,

  • ouvre à l’amour du prochain et à la confiance en Dieu,

  • accepte le mystère et la croix.

Elle devient magique quand elle :

  • promet un résultat garanti,

  • évite la conversion intérieure,

  • remplace la confiance par la peur ou le calcul

  • remplace la grâce par la technique

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 2.3) Méfiance des troubles psychiques

Résumé : Certaines situations mêlent troubles psychiques et possible emprise spirituelle, ce qui exige un discernement prudent et humble, car la maladie mentale enferme dans l’obsession sans appel à la conversion, tandis que l’action spirituelle se manifeste différemment face à la prière et aux sacramentaux.

Plusieurs situations peuvent combiner état mental pathologique et emprise (sans qu’on sache distinguer toujours ce qui est premier).

Le danger n’est pas toujours de confondre une maladie mentale avec une emprise démoniaque mais que, dans sa malice, le démon peut très bien singer de graves troubles psychiques de telle manière que la personne se retrouve en hôpital psychiatrique, sous « camisole de force chimique », le plus longtemps possible.

Voici un moyen de discernement :

  • Les personnes qui font un délire, étant vraiment malades mentalement, n’arrivent pas à sortir de leur obsession : tout tourne autour du mal sans qu’elles puissent entendre l’appel à la conversion.
  • Elles peuvent réagir au moment de la prière, mais par contre il n’y a aucune réaction lors d’une prière de délivrance ou d’exorcisme faite à leur insu.
  • De plus, si on ne leur dit rien, elles ne réagissent pas aux sacramentaux.

Il faut donc, en cas de doute, faire preuve d’une certaine ruse pour ne pas induire tel ou tel type de réaction1.

La présence de personnes malades psychiquement dans un groupe de prière est difficile pour elle-même et pour les autres.

1 En cas de doute, pendant la prière, différentes « ruses » sont traditionnellement utilisées : alternance d’eau bénite et d’eau non bénite, alternance de la prière rituelle en latin et d’un passage de Virgile… Le seul critère vraiment contrôlable de l’action spécifique du démon est donc finalement la prière elle-même, soit par l’apparition de signes caractéristiques pendant la prière, soit par la différence entre l’état initial et l’état final de la personne.

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2.4) Méfiance face à des dispositions culturelles animistes

Résumé : Dans certaines cultures marquées par l’animisme, la pensée magique mêlée à la foi conduit à la peur et à la déresponsabilisation en remplaçant Dieu par des forces occultes, ce qui appelle une évangélisation patiente et respectueuse pour rétablir une foi chrétienne authentique fondée sur la confiance en Dieu.

Il y a des cultures traditionnelles marquées par l’animisme, par exemple où l’on voit les esprits à l’œuvre partout ; où l’on tend donc à minimiser les explications par les causes naturelles ou simplement humaines des évé­nements ; où la pensée magique est très imbriquée dans la foi religieuse chrétienne.

S’il arrive un mal­heur, on pense parfois à un manquement cultuel ou à une malveillance. La vision du monde sous-jacente est celle de forces impersonnelles, occultes, suprahumaines, enveloppant le cosmos et influen­çant le monde et notre vie ; il faut savoir se les conci­lier, les manipuler, les convoquer et les faire travailler en notre sens : soit en éloignant les forces mauvaises, soit en attirant les influences bénéfiques.

Une telle vision est incompatible avec celle de la foi et conduit à vivre dans la peur ainsi que la déres­ponsabilisation. Car la magie tend à remplacer Dieu par des créatures. Il faudra d’abord évangéliser pour contrecarrer l’influence de cette pensée et de ces pra­tiques qui font objectivement le jeu de l’Ennemi. Mais pour cela, on cherchera à prendre la personne là où elle en est, tout en lui tenant un langage vraiment chrétien.

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2.5) Méfiance face à nos « racines amères »

Résumé : Les « racines amères » désignent les blessures profondes de l’histoire personnelle, familiale ou collective qui, si elles ne sont pas guéries, continuent d’influencer la vie présente et troublent la paix intérieure.

« Recherchez la paix avec tous […] veillant à ce qu’aucune racine amère ne cause du trouble » (He 12, 14-15)

Métaphore évoquant un passé douloureux de nos racines (enfance, héritage familial, histoire collective, culture, identité) qui fait encore mal et nous influence :

• Les ancêtres : abandons, débauche, violence…

• Conception dans un contexte mortifère : IVG antérieure, viol, refus de la mère

• Vie intra-utérine dramatique

• Naissance difficile

• Petite enfance traumatisée : abandons, violences…

• Abus sexuels

• Atteintes psycho-affectives : conflits parentaux, manipulations

• deuils non assumés

Conséquences :

Des réactions plus éprouvantes car réactivées par des traumatismes antérieurs

Une difficulté accrue à pardonner

Prière de pardon / Prière de libération

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2.6) Défiance face à l’esclavage du moi : « nos passions et convoitises »

Résumé : Vivre selon le Christ implique de crucifier les passions désordonnées et de trouver un juste équilibre entre foi et raison, afin d’éviter les addictions, les dérives fanatiques, la violence et toutes les formes d’autodestruction qui aliènent la personne humaine.

« Ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises » Gal 5, 24

• Addictions : drogue, portables, alcool, violence, jeux d’argent et de hasard

• Fanatisme : ceux qui détiennent une seule vérité absolue, la leur, et qui rejettent celle des autres !

Trouver un bon équilibre entre la foi et la raison : quand la raison se croit toute puissante, oublieuse de la foi, c’est-à-dire lorsqu’elle trouve en elle-même son origine et sa fin, elle devient inéluctablement une puissance de destruction, comme on l’a vu dans les grands totalitarismes du XXème siècle.

Il en est de même pour la foi : lorsque celle-ci n’est plus tempérée par la raison, elle dérive et s’abîme souvent dans l’intégrisme, le fondamentalisme, le fanatisme voire le terrorisme.

• Désir de mort : dépressions, suicides, gothisme

• Alcoolisation répétée des jeunes : binge drinking ; drogues

• Atteintes du corps : tatouage, piercing, scarifications

• Ultraviolence et banalisation de la violence : harcèlement, happy slapping1 qui mènent à l’isolement et à l’égocentrisme.

1 Filmer l’agression physique d’une personne ou la panique d’une boite de nuit en feu à l’aide d’un portable !!!

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6.7) Méfiance face aux modifications de l’état de conscience

= ce qui s’oppose au sens du réel

Résumé : Le chrétien est appelé à la prudence face aux modifications volontaires ou altérées de l’état de conscience qui éloignent du sens du réel et demandent un discernement spirituel vigilant.

La méfiance face aux modifications de l’état de conscience renvoie à une prudence envers tout ce qui altère notre perception habituelle du réel.

Elles peuvent être

• Volontaires (médiumnité, hypnologie, transe, drogues, écriture automatique, chamanisme…)

• Altérés (extase, dédoublement de personnalité, suggestion mentale, vraies ou fausses révélations privées…).

Que signifie « modifications de l’état de conscience » ?

Ces états modifient :

  • La perception (temps, espace, sensations)

  • Le jugement

  • Le rapport à soi et aux autres

  • Le sentiment de réalité

« Ce qui s’oppose au sens du réel »

Le sens du réel désigne la capacité à :

  • Distinguer imagination et réalité

  • Juger avec lucidité

  • Garder un ancrage rationnel

  • Reconnaître les limites du possible

Ainsi, la méfiance apparaît lorsque :

  • La perception devient floue ou déformée

  • Le sujet perd ses repères

  • Les croyances prennent le pas sur l’esprit critique

  • L’illusion remplace l’expérience vérifiable

Pourquoi cette méfiance ?

Elle peut venir de :

  • La peur de perdre le contrôle

  • Le risque d’illusion ou de manipulation

  • Le danger psychologique ou physique

  • Une valorisation de la rationalité et de la stabilité mentale

La méfiance face aux modifications de l’état de conscience exprime une volonté de préserver :

  • La lucidité

  • Le jugement rationnel

  • L’ancrage dans la réalité

C’est une attitude qui privilégie la stabilité du « sens du réel » face à ce qui pourrait le troubler.

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6.8) Méfiance dans un serment intérieur et antérieur

Résumé : Les « jamais » et « toujours » peuvent structurer la personne, mais pour être sains ils doivent rester souples et, dans la foi chrétienne, être confiés à la grâce plutôt qu’à la seule volonté humaine.

Des phrases comme « jamais », « toujours » (« Jamais je ne ferai confiance », « Je suis toujours distrait ») prennent souvent la forme de serments intérieurs.

En psychologie, un serment intérieur engage l’image de soi comme personne fidèle à sa parole.

Lorsqu’il vient de l’intérieur, il peut renforcer la cohérence personnelle, la responsabilité et la stabilité. Mais s’il devient rigide, il peut produire culpabilité excessive, auto-condamnation et refus de ses limites.Un bon serment soutient le moi réel, pas un idéal fantasmé, et doit pouvoir être ajusté sans détruire l’estime de soi.

Dans la tradition chrétienne, la confiance première ne repose pas sur la volonté humaine, mais sur Dieu et sa grâce. La Bible invite à la sobriété des serments : « Que votre oui soit oui ».
Un engagement intérieur est juste s’il est vécu dans la prière,
l’humilité et l’abandon à la grâce. Saint Pierre promet de ne jamais renier Jésus… et échoue. Ce qui le sauve n’est pas sa fidélité parfaite, mais le regard miséricordieux du Christ.. Ainsi, le chrétien ne s’appuie pas sur un serment absolu, mais sur une relation vivante qui relève quand on tombe.

Psychologiquement, le serment peut structurer. Chrétiennement, il doit rester offert et non absolutisé.

Des chemins de guérison sont possibles :

  • se laisser regarder par le Christ
  • pardonner à l’autre,
  • couper les liens spirituels négatifs,
  • se pardonner à soi-même,
  • prier pour la libération du serment et la guérison de la mémoire.

Méfiance donc envers les « jamais », « toujours » : ils enferment plus qu’ils ne protègent.

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