Accompagnement spirituel – étape 2

L’Étape 2 est le grand dépouillement de l’accompagnateur. Dans l’enseignement de l’équipe Garin, elle représente le passage d’une écoute humaine et spontanée (qui veut consoler, réparer, expliquer) à une écoute spirituelle (qui laisse Dieu agir).

C’est l’étape que Violaine Aufauvre et Geneviève Constant qualifient souvent de « véritable conversion de l’intelligence ».

Prenons le temps de développer largement ce « chef-d’œuvre de l’effacement » qu’est le jeûne du conseil, en explorant ses mécanismes, ses pièges subtils et ses outils techniques.

« Moins je prends de place, plus l’Esprit Saint en dispose. »

Dans le contexte des groupes de prière de la Fraternité Pentecôte, la tentation de la “sur-réaction” est grande. Nous aimons prier immédiatement pour les gens, leur prophétiser des solutions, leur imposer les mains ou leur citer des versets bibliques d’encouragement.

Nous débordons souvent de générosité. Face à un frère qui souffre ou qui doute, notre premier réflexe est de vouloir le consoler, lui donner un verset biblique « remède », ou lui partager notre propre expérience. Pourtant, dans l’accompagnement selon l’école d’Étienne Garin, le conseil donné trop vite risque d’empêcher l’œuvre discrète de la grâce. Pratiquons une sainte abstinence.

Le plus beau cadeau que je puisse faire à quelqu’un n’est pas une réponse, mais une présence.

Une écoute habitée vaut souvent davantage qu’une réponse brillante.

1. L’anatomie du “Réflexe du Sauveur”

Pourquoi avons-nous une tendance presque physique à donner des conseils ? L’équipe Garin nous aidait à débusquer trois motivations cachées qu’il faut évangéliser :

  • L’angoisse du vide : Quand un frère pleure ou exprime un doute affreux sur Dieu, son silence nous fait peur. Pour calmer notre propre anxiété, nous parlons. Le conseil sert alors à meubler le silence.
  • L’orgueil inconscient : Donner une bonne réponse ou une solution spirituelle brillante flatte notre ego. On se sent utile, spirituel, « prophétique ».
  • La paresse d’écouter : Donner un conseil rapide (ex: « Tu devrais faire une neuvaine à Sainte Rita ») permet de clore un sujet complexe sans avoir à descendre dans la boue de la souffrance de l’autre.

 

2. Pourquoi le conseil est-il une fausse charité ?

Donner un conseil part d’une bonne intention, mais produit trois effets pervers majeurs :

  • Il crée de la dépendance (L’emprise) : Si vous donnez la solution, l’accompagné reviendra vers vous à la prochaine tempête au lieu de se tourner vers Dieu. Vous devenez son oracle.
  • Il déresponsabilise : Si le conseil réussit, vous êtes le sauveur ; s’il échoue, c’est votre faute. L’accompagné n’assume plus sa propre route devant le Seigneur.
  • Il passe à côté de l’unicité de l’âme : Ce qui a fonctionné pour vous dans votre vie de prière ne correspond pas forcément au chemin unique que Dieu veut tracer pour l’autre.

3. Les trois types de “Jeûne” de l’écoutant

Pratiquer le jeûne du conseil se décline sous trois formes concrètes durant l’entretien :

Type de Jeûne Ce qu’il faut supprimer Ce qu’il faut privilégier
Le jeûne de la solution « Tu devrais faire ceci… »,
« À ta place, je… »
Laisser l’accompagné chercher ses propres pas avec le Seigneur.
Le jeûne du témoignage « Ah moi, j’ai vécu la même chose en 1998… » Garder le projecteur braqué exclusivement sur l’histoire de l’accompagné.
Le jeûne de la curiosité Poser des questions sur les détails croustillants ou inutiles du récit. Poser des questions uniquement sur ce que la personne ressent et vit face aux faits.

Le jeûne du conseil connaît cependant quelques exceptions :

  • Danger pour la personne ;
  • Violence conjugale ;
  • Emprise sectaire ;
  • Risque suicidaire ;
  • Abus spirituels.

4. Les outils techniques de l’écoutant : Refléter et Relancer

Si l’on ne donne pas de conseils, le risque est de paraître froid ou muet. Pour l’éviter, l’accompagnateur utilise deux leviers majeurs :

A. La reformulation en profondeur (L’Écho)

Il ne s’agit pas de répéter comme un perroquet, mais de restituer la pépite ou le nœud du récit.

  • L’accompagné : « Je cours partout, entre le groupe de louange, la catéchèse et mes enfants, je n’en peux plus, j’ai l’impression que ma vie de prière est vide. »
  • L’accompagnateur (en écho) : « Si je t’entends bien, tu donnes beaucoup au Seigneur à l’extérieur, mais tu souffres d’un manque d’intimité avec Lui au dedans ? »
  • L’effet : L’accompagné se sent profondément compris et peut descendre d’un étage en lui-même.

B. La relance par question ouverte

La question ouverte est celle qui ne suggère pas la réponse.

  • Non ! Question fermée (conseil déguisé) : « Est-ce que tu as pensé à en parler à ton curé ? » (On cherche à orienter).
  • Oui ! Question ouverte : « Vers qui sens-tu que le Seigneur t’invite à te tourner pour t’aider ? » (On laisse la responsabilité à l’autre).
  • À bannir : « Est-ce que tu as pensé à prier le chapelet ? » (C’est un conseil déguisé en question).
  • À privilégier : Les questions commençant par « Qu’est-ce que… » ou « Comment… » :
    • « Comment s’est passée ta prière cette semaine ? »
    • « Qu’est-ce qui s’est levé en toi face à cette remarque ? »

***

🛠️ Entraînement élargi pour l’Étape 2 – « Le Laboratoire de l’Égouttage »

Exercice 1 : « La Chasse aux Conseils Déguisés » (En grand groupe – 15 min)

  • Consigne : Transformez ces affirmations directives ou ces questions fermées (entendues fréquemment) en véritables questions ouvertes d’accompagnement.
    1. « Tu devrais lire le livre de untel sur le pardon, ça t’aiderait. »

Plutôt► Devenue ouverte : « Qu’est-ce qui, selon toi, pourrait t’aider aujourd’hui sur ce chemin du pardon ? »

  1. « Est-ce que tu as pris du temps pour prier cette semaine ? »

Plutôt► Devenue ouverte : « Comment s’est tissée ta relation avec le Seigneur au cœur de tes journées cette semaine ? »

  1. « Ne pleure pas, Dieu t’aime et tout va s’arranger. »

Plutôt► Devenue ouverte (après un temps de silence) : « Prends le temps de laisser monter ces larmes… Qu’est-ce qu’elles expriment de plus profond en toi aujourd’hui ? »

Exercice 2 : Une mise en situation (à faire en trinôme – 15 min)

  • Consigne : Mesurer physiquement la difficulté du jeûne du conseil.

Les rôles : Un accompagné, un accompagnateur, un observateur (le gardien du jeûne).

  1. L’accompagné raconte une situation réelle ou fictive où il doit prendre une décision difficile (ex: accepter ou non un nouveau service dans l’Église, gérer un conflit de voisinage).
  2. L’accompagnateur l’écoute pendant 7 minutes. Il a l’interdiction totale de proposer une solution, de donner une consigne spirituelle ou de raconter sa propre vie. Il doit uniquement reformuler et poser des questions ouvertes.
  3. L’observateur note chaque fois que l’accompagnateur a glissé un conseil inconscient (ex: « Tu n’as pas essayé de lui en parler directement ? » qui est en fait le conseil : « Parle-lui directement »).
  • Le débriefing (5 min) : L’accompagnateur exprime sa frustration (ou sa paix) d’avoir dû garder ses solutions pour lui. L’accompagné exprime s’il s’est senti rejoint ou abandonné par cette absence de conseils.

Exercice 3 : « L’Écoute Chronométrée » (En binôme – 10 min)

  • Consigne : A raconte pendant 3 minutes continues sa plus grande joie ou son plus grand défi spirituel actuel. B l’écoute en le regardant, avec une posture bienveillante, sans dire un seul mot, sans faire de bruit (“hum, oui”), et sans hocher la tête frénétiquement. B doit uniquement écouter avec ses yeux et son cœur.
  • Débriefing : Mesurer à quel point notre corps social est programmé pour interrompre ou valider en permanence. Découvrir la puissance d’une écoute purement réceptive.

***

Ce que disent Violaine et Geneviève : « Ne volez pas la rencontre entre l’accompagné et l’Esprit Saint. Vos conseils sont humains, parfois intelligents ; mais la parole que l’accompagné découvrira lui-même dans le silence de votre écoute, elle, sera divine et le transformera pour toujours. »

La perle de Violaine et Geneviève : « Quand un accompagné repart de chez vous en disant : “Merci pour vos conseils”, alors que vous n’avez pas ouvert la bouche de tout l’entretien, vous avez posé un acte d’accompagnement parfait. Il a pris pour un conseil de votre part ce que l’Esprit Saint lui a murmuré dans l’espace de votre écoute. »

À suivre…

Une fois que l’accompagnateur sait faire silence et s’abstenir de tout conseil, il devient capable d’analyser ce qu’il entend. C’est ici que s’ouvre l’Étape 3, la cartographie de l’âme. Nous prendrons de la hauteur pour explorer les fondements de l’anthropologie chrétienne. : apprendre à discerner si ce que le frère exprime vient de ses muscles fatigués (le Corps), de ses blessures d’enfance (l’Âme), ou de la voix douce de la Grâce (l’Esprit).

Claude Turck-Soclet

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