Par Claude Turck-Soclet – Coordinateur Régional Midi-Pyrénées
Pendant longtemps, lorsque je devais prendre une décision ou entreprendre un nouveau projet, je me posais surtout cette question :
« Qu’est-ce que je vais faire ? ». Ou encore : « Quelle est la meilleure solution ? »
Puis, peu à peu, une autre question est venue habiter ma prière :
« Et toi, Seigneur, qu’en penses-tu ? »
Cette simple question a profondément transformé ma manière de travailler, d’écrire et de discerner.
Elle ne m’apporte pas toujours une réponse immédiate. Mais elle me rappelle que je ne suis pas seul à porter ce que j’entreprends. Elle m’invite à écouter avant d’agir, à accueillir avant de décider.
Je mets le Seigneur dans le coup. Je lui présente la situation. Je cherche moins ce que je veux faire que ce qu’il m’invite à vivre.
Peu à peu, je passe de :
- « Que vais-je dire ? » à « Que veux-Tu dire à travers moi ? » ;
- la performance à la disponibilité ;
- mon projet personnel à un véritable dialogue avec Dieu.
En relisant les différents textes que j’ai écrits ces derniers mois, j’ai découvert qu’ils suivaient presque tous le même chemin.
Sans l’avoir cherché, ils obéissent à une dynamique très simple que l’on pourrait résumer par trois mots latins :
Ego – Sic – Nunc.
Ego : je raconte ce que j’ai vécu
Un témoignage commence toujours par une expérience personnelle.
Je ne parle pas à la place des autres.
Je ne développe pas une théorie.
Je raconte simplement ce que j’ai vécu.
Ainsi, dans Quand la respiration devient prière, tout commence par cette phrase :
« Dans mes années de judo, j’ai beaucoup pratiqué cette technique de respiration… »
Le point de départ n’est pas une idée, mais une expérience
.
Sic : je relis cette expérience avec le Seigneur
Vient ensuite le temps du discernement.
Que s’est-il passé ?
Qu’ai-je découvert ?
Qu’est-ce que le Seigneur m’a fait comprendre ?
Dans ce même témoignage, j’écris :
« Peu à peu, j’ai découvert qu’elle pouvait devenir une manière de me rendre plus disponible à Dieu… »
Je ne cherche pas à démontrer. Je cherche à relire ce que Dieu a fait dans ma vie.
Nunc : je partage où j’en suis aujourd’hui
Enfin, le témoignage devient vivant lorsqu’il rejoint le présent.
Aujourd’hui, cette respiration est devenue pour moi une prière d’offrande.
Je ne dis pas :
« Voilà ce que tous les chrétiens devraient faire. »
Je dis simplement :
« Voilà ce que le Seigneur m’a appris, et peut-être que cela pourra aider d’autres personnes. »
J’aime résumer cette attitude par une image :
Un témoin n’est pas un professeur qui démontre ; c’est un pèlerin qui raconte ce qu’il a vu en chemin.
Dans tous les projets qui m’habitent aujourd’hui — la Prière des Frères, l’Accompagnement Spirituel, la Respiration-Prière —
Je ne cherche pas à proposer une méthode : Je partage un chemin.
Je ne transmets pas une théorie : Je raconte une rencontre.
Je cherche à relire les événements à la lumière de l’Évangile.
Au fond, mes écrits ne sont pas des traités spirituels. Ils sont le récit d’un frère qui dit simplement :
« Voilà ce que le Seigneur m’a appris. »
Peut-être est-ce ainsi que procédait Jésus lui-même.
Il partait d’une graine de moutarde, d’un pêcheur, d’une lampe, d’un repas, d’une brebis…
Toujours une réalité très concrète. Et, à partir de cette expérience ordinaire, il ouvrait un chemin vers le Royaume.
Cette manière de témoigner rejoint également les paroles de saint Jean :
« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de Vie… nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1,1-3)
Mon témoignage intitulé L’Évangile selon mon pied droit illustre bien cette démarche.
Tout a commencé par un pied cassé.
C’est l’Ego.
Un événement banal, presque anecdotique. Puis est venue une autre question : « Seigneur, qu’es-tu en train de faire dans cette épreuve ? »
C’est le Sic.
Peu à peu, mon regard s’est déplacé. Je n’étais plus centré sur ce que je perdais, mais sur ce que Dieu faisait naître.
Enfin est venu le Nunc.
Aujourd’hui, je peux dire que je marche autrement. J’ai vécu une véritable conversion intérieure. Une phrase résume bien cette période :
« Le Seigneur m’a immobilisé le pied pour mieux faire courir ma plume. »
Pendant cette convalescence, de juillet à novembre 2025, sont nés :
- le travail sur le Binôme de Prière ;
- le projet de formation à l’Accompagnement Spirituel ;
- la réflexion sur la Respiration-Prière ;
- les recherches sur mon père, mort en Indochine ;
- le récit de ma vie demandé depuis longtemps par mes enfants ;
- et maintenant cette réflexion sur l’art du témoignage.
Le Seigneur n’a pas interrompu ma mission. Il l’a transformée. Aujourd’hui encore, cette question continue d’accompagner chacun de mes projets :
« Et toi, Seigneur, qu’en penses-tu ? »
Je découvre qu’elle produit de nombreux fruits. Elle ralentit mes réactions. Elle me décentre de moi-même. Elle ouvre un espace à l’Esprit Saint. Elle me rend plus libre vis-à-vis de ma propre volonté.
Elle m’apprend que Dieu n’est pas seulement Celui que l’on prie, mais Celui avec qui l’on chemine.
Elle m’aide à discerner, non dans le spectaculaire, mais dans une paix intérieure, une rencontre, une parole d’Évangile, un conseil reçu ou simplement le temps qui éclaire peu à peu une décision.
J’ai un profond désir d’être un témoin juste. Je n’écris pas pour parler de Dieu. J’écris pour raconter ce que Dieu accomplit dans une vie ordinaire.
Car, le plus souvent, Dieu agit discrètement. Aujourd’hui encore, avant d’écrire, avant de décider, avant de parler, une même question revient habiter ma prière :
« Et toi, Seigneur, qu’en penses-tu ? »
Je n’entends pas toujours une réponse. Mais je reçois presque toujours sa paix. Et cette paix suffit pour avancer.
Claude Turck-Soclet

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